Dossier sur les POP et le PIC :
La première ligne de défense

 
Maria Celina de Azevedo Rodrigues décrit comment la Convention de Rotterdam, en assurant le consentement préalable en connaissance de cause, réglementera le commerce des substances extrêmement dangereuses

Chaque année, des milliers de personnes sont tuées ou gravement empoisonnées par des pesticides toxiques et d’autres produits chimiques dangereux – c’est un des coûts de notre économie moderne industrialisée. Nombre de ces substances artificielles se retrouvent dans l’environnement naturel, où elles empoisonnent les plantes et les animaux et nos ressources en eau potable.

Parallèlement, des stocks inutiles et obsolètes de pesticides et de produits chimiques toxiques s’accumulent dans presque tous les pays en développement du monde. Ces produits comprennent notamment les polluants organiques persistants (POP), des produits chimiques hautement toxiques qui persistent dans l’environnement pendant très longtemps, effectuant des milliers de kilomètres à partir de leur point de libération et s’accumulant dans les tissus adipeux des animaux et des personnes dans les coins les plus reculés de la Terre.

C’est dans les années 1980 que les gouvernements ont commencé à collaborer dans ce domaine en établissant la procédure du consentement préalable en connaissance de cause. Connue sous le nom de PIC, cette procédure volontaire a été supervisée par le PNUE et par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elle demande à ce que les exportateurs de certaines substances dangereuses obtiennent le consentement préalable en connaissance de cause de l’importateur avant de procéder aux échanges prévus.

En 1992, au Sommet « planète Terre » de Rio, les gouvernements reconnurent qu’il était nécessaire d’augmenter le niveau de protection en transformant le PIC en instrument légal. En mars 1998, après deux années de négociations, les gouvernements finalisèrent le texte de la Convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause (PIC) pour certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l’objet du commerce international. La Convention fut adoptée et ouverte à la signature lors de la Conférence diplomatique de Rotterdam en septembre 1998. Fin 2001, elle avait déjà été signée par 73 Etats et par la Communauté européenne.

La Convention de Rotterdam représente un pas crucial vers un monde dans lequel tous les citoyens et l’environnement sont protégés des dangers potentiels du commerce de pesticides et produits chimiques extrêmement dangereux. Elle renforce la capacité des pays importateurs à décider quels sont les produits chimiques qu’ils acceptent de recevoir et à exclure ceux qu’ils ne peuvent pas gérer sans danger. Elle assure également que les pays exportateurs respecteront ces décisions. Ce mécanisme pratique et intelligent sauvera des vies et protégera l’environnement des effets pervers des pesticides et produits chimiques toxiques. Il mettra en place une première ligne de défense contre de futures tragédies en empêchant les importations non désirées des produits chimiques dangereux, notamment dans les pays en développement. En étendant à tous les pays la capacité à se protéger contre les risques des substances toxiques, il rendra la situation plus équitable et améliorera les normes mondiales de protection de la santé humaine et de l’environnement. En bref, la Convention permettra au monde de surveiller et de contrôler le commerce des substances très dangereuses.

La Convention de Rotterdam favorise également la coopération internationale en demandant aux gouvernements des pays développés de fournir une aide technique aux pays en développement et aux économies en transition. Ainsi, les Parties possédant des programmes plus avancés de réglementation des produits chimiques peuvent aider les autres à mettre en place l’infrastructure et la capacité nécessaires pour gérer les produits chimiques tout au long de leur cycle de vie.
Des milliers de personnes sont tuées ou gravement empoisonnées par des pesticides toxiques et d’autres produits chimiques dangereux
La Convention couvre les pesticides et les produits chimiques industriels qui ont été interdits ou strictement réglementés pour des raisons environnementales ou de santé par les gouvernements participants. Les formules de pesticides extrêmement dangereux présentant des risques dans les conditions dans lesquelles elles sont utilisées dans les pays en développement ou en transition peuvent également être incluses.

Lors de son adoption, la Convention concernait 27 produits chimiques couverts par la procédure PIC volontaire. Il est probable que des centaines d’autres seront réglementés dans les années suivant l’entrée en vigueur de la Convention. Un Comité d’étude des produits chimiques sera constitué pour faire des recommandations à fondement scientifique à la Conférence des Parties, qui décidera alors des nouveaux produits chimiques à ajouter à la liste.

La Convention entrera en vigueur dès que 50 pays l’auront ratifiée. A l’heure actuelle, 17 gouvernements l’ont ratifiée et beaucoup d’autres sont en passe de le faire. j’espère vraiment que les gouvernements accéléreront le processus de ratification de façon à ce que cette très importante Convention entre en vigueur avant le Sommet mondial sur le développement durable qui se tiendra à Johannesburg.

De cette manière, la Convention de Rotterdam – travaillant la main dans la main avec la Convention de Stockholm sur les POP et la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination – permettra de protéger la santé humaine et l’environnement des méfaits des produits et dérivés toxiques de notre société industrielle


Maria Celina de Azevedo Rodrigues est Ambassadrice du Brésil et Présidente du Comité intergouvernemental de négociation de la Convention de Rotterdam.

Le Secrétariat de la Convention de Rotterdam est assuré conjointement par le PNUE et la FAO. Pour tout complément d’information, veuillez visiter www.pic.int.

Photo : PNUE/Topham



Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Portes ouvertes | Progrès et possibilités | Passer la vitesse supérieure | Réaliser une vision | La sonnette d’alarme | La sécurité dans un monde de plus en plus petit | 2001 Le Prix Sasakawa pour l’environnement du PNUE | Concours | Bonne intendance mondiale | Les perturbateurs des messages vitaux | Omnipresents et dangereux | Une stratégie pour l’avenir | Vaincre les POP | La première ligne de défense | Redistribuer les responsabilités

Articles complémentaires:
Dans le numéro Hazardous Waste 1999
AAAS Atlas of Population and Environment:
Population, waste and chemicals