Former
pour transformer

 
Richard Wiewiorka et Roy A. Herberger
présentent une nouvelle stratégie de formation des responsables d’entreprises, dont le but est de rendre leurs activités plus viables

Nous pouvons aujourd’hui affirmer que l’humanité surexploite la capacité de régénération de la Terre. Une étude consacrée à l’incidence humaine sur la biosphère, publiée dans l’édition de juillet de la revue Annals of the Academy of Science, s’en est fait l’écho. Une équipe dont les membres sont originaires de villes aussi éloignées géographiquement que San Francisco et Cambridge a découvert qu’à la fin de 1999, l’humanité utilisait 120 % de la capacité de la Terre à remplacer les ressources qui en sont extraites chaque année, mettant ainsi en danger sa survie même. Pour que les systèmes d’entretien de la vie retrouvent leur équilibre, nous devons rapidement modifier la façon dont nous travaillons, vivons et gagnons de l’argent.

L’écart entre riches et pauvres accroît encore la pression exercée sur ces systèmes. On ne saurait refuser aux populations défavorisées la chance d’améliorer leur existence, et il n’est guère probable que ce sera le cas. Mais pour y parvenir, elles doivent pouvoir jouer des attributs positifs du secteur privé, c’est-à-dire réaliser des profits à l’aide de sociétés internationales. qu’elles investissent leurs propres fonds ou travaillent sous contrat pour des gouvernements ou des organisations internationales, ce sont les sociétés privées qui stimulent le développement économique. Elles ont accès aux capitaux, aux technologies et aux compétences propres à développer l’emploi et à accumuler la richesse. A long terme, ce sont elles qui feront pencher la balance en faveur d’une vie meilleure pour les pauvres et d’un monde viable pour chacun d’entre nous.

Le Dr Emil Salim, Président du Comité préparatoire du Sommet mondial sur le développement durable, a prononcé cette mise en garde : « Si nous continuons d’agir comme par le passé, nous sombrerons corps et biens. » Selon nous, les entreprises ne sont plus en mesure d’observer le statu quo. John Elkington, dans The Chrysalis Economy, montre bien que le monde des affaires, à l’échelle mondiale, est en cours de transformation et que le capitalisme non viable cède la place à un modèle fondamentalement différent de création de richesse. Cette transformation est l’œuvre de forces internationales incontrôlables par quelque pays, quelque société ou quelque régime international que ce soit. Gib Hedstrom et Michael Isenber, auteurs d’un article dans l’International Journal of Corporate Sustainability, évoquent la rareté des ressources essentielles, l’exigence de transparence des sociétés, le pouvoir des pauvres – qui représentent des marchés et font entendre leur voix – et celui de l’ensemble des populations du monde – force de changement déterminée et de plus en plus organisée grâce à l’Internet.

Face à une communauté de 50 000 ONG – qui seront présentes en nombre au Sommet de Johannesburg – les dirigeants d’entreprises ne se demandent plus si leurs institutions peuvent évoluer vers un modèle viable, mais avec quelle rapidité elles pourront le faire. Nitin Desai, Secrétaire général du Sommet, attend de ce dernier qu’il « imprime une dynamique propice à l’adoption de mesures concrètes qui représentent un changement radical » et met chacun au défi de « penser à grande échelle ». Voilà pourquoi nous avons constitué le Partnership for Sustainable Business (PSB)/Partenariat pour des entreprises viables, qui repose sur une stratégie de formation et de constitution de collectivités d’entreprises. Celles-ci pourront ainsi se transformer de façon à rééquilibrer les relations entre l’humanité et les systèmes d’entretien de la vie.

La constitution de ce partenariat a été annoncée dans le courant de l’été par Lord Holme of Cheltenham, Président de l’Industrial Services Group, LLC, (ISG), qui apporte au secteur privé des solutions en matière de conservation des ressources et de réduction des risques qui concilient durabilité et profit. Le PSB est constitué de l’ISG, de Thunderbird (The American Graduate School of International Management), de LEAD USA (programme américain de LEAD International) et du groupe Innovest Strategic Value Advisors. La formation dispensée sera axée sur les résultats et sur la constitution de communautés d’entreprises intersectorielles.

Le PSB sera alimenté par les ressources conjointes de ses membres et servira de modèle pour les communautés qu’il a l’intention de bâtir. Les chevilles ouvrières du programme de formation seront Thunderbird et LEAD USA. Thunderbird, classé numéro un dans son domaine par le Wall Street Journal et US News and World Report, s’inspirera de ses programmes d’enseignement « Best of the Best » à l’intention des responsables d’entreprise pour concevoir, commercialiser et assurer une formation en matière de développement économique durable et de gestion des entreprises au plus haut niveau.

LEAD USA assurera la liaison avec les ONG et avec les programmes et les anciens élèves de LEAD International, afin de bâtir des collectivités intersectorielles de dirigeants d’entreprise et de partenaires au sein d’organismes environnementaux et sur le plan local, mais aussi de donner tout son sens au respect des droits fondamentaux. Pour sa part, l’ISG apportera sa compétence en matière de gestion des processus industriels visant à accroître la viabilité, son réseau de contacts au sein des entreprises spécialisées dans l’extraction des ressources, et son expérience pratique de l’établissement de relations avec des organisations à but non lucratif. Innovest – société spécialisée dans les questions de financement dans le domaine de l’environnement et dans les perspectives d’investissement, qui jouit d’une solide réputation internationale – participera à la formation des dirigeants d’entreprises à l’évaluation de la viabilité des investissements.

Au cours des prochains mois, le PSB mettra en place son premier programme de formation complet, dont bénéficiera initialement une entreprise spécialisée dans l’extraction de ressources à l’échelle mondiale. La stratégie est simple : montrer aux sociétés le potentiel commercial que recèle le passage de pratiques industrielles non viables à la création de richesse sur une base durable, apprendre aux gestionnaires comment utiliser les outils nécessaires pour tirer parti de ces nouvelles possibilités, et les mettre en contact avec des collectivités et des partenaires susceptibles de les aider à mettre en place des projets avantageux sur tous les plans. Cette « transformation par la formation et la mise en commun des efforts » repose sur une stratégie de collaboration adaptée aux besoins actuels de la planète et aux exigences de ses défenseurs, et utilise des instruments que les entreprises acceptent et comprennent – formation, partenariat et création de nouvelles possibilités. Shell, Unilever, Aveda ou encore Toyota connaissent la valeur de cette stratégie et utilisent déjà ces instruments de gestion viable. Le PSB a l’intention de les mettre à la disposition de toute institution dont les activités ont une envergure et une incidence mondiales.

Thunderbird a constitué une équipe constituée de Mary Teagarden, Professeur de gestion globale, Jennifer Spiess, Directrice des services de conception et d’appui en matière d’enseignement, et Stacy Ehrlick, spécialiste de la formation professionnelle en ligne. LEAD USA gérera l’apport des dirigeants d’ISG, d’Innovest et des ONG. Ensemble, ils mettront au point et assureront un programme de formation au développement durable, aux droits fondamentaux et aux relations au sein des partenariats. Sur la base des relations établies au cours de la formation, ils constitueront un réseau de réseaux pour le développement durable, avec l’aide des 30 000 anciens élèves de Thunderbird, des Amis de LEAD, présents partout dans le monde, et des réseaux d’ONG et de partenaires locaux.

Le projet pilote qui débutera à l’automne assurera une formation en tête-à-tête ou en ligne, spécifiquement adaptée aux besoins des dirigeants, des gestionnaires et des superviseurs de chacune des sociétés participantes. Les commentaires en retour seront pris en compte lors de la conception et de la mise en pratique du programme destiné à l’ensemble des sociétés qui se consacrent à l’extraction de ressources et, peu de temps après, à l’ensemble des sociétés actives à l’échelle internationale.

Le PSB sera en phase avec les exigences de « l’innovation rapide » et en mesure de fournir à ses clients de nouveaux produits axés sur la formation et la constitution de communautés intersectorielles dans les trois mois suivant la signature d’un contrat. Grâce aux modules d’enseignement de Thunderbird, à son personnel enseignant de haut niveau et à ses capacités exceptionnelles en matière de formation en ligne et de vidéoconférences, il sera possible d’adapter rapidement les programmes aux besoins de sociétés ou d’industries spécifiques. Les divers réseaux constitués par LEAD USA avec les ONG qui se consacrent à l’environnement, aux droits de l’homme et à la durabilité seront sources de nouvelles possibilités, pour les entreprises qui collaboreront au sein de ces communautés, de préserver la capacité de régénération de la planète tout en réalisant des profits et en donnant satisfaction à leurs actionnaires.

d’aucuns affirment que les entreprises ne peuvent pas changer, que profits et durabilité sont incompatibles. Mais le monde des affaires regorge d’exemples qui prouvent le contraire. Nombre de sociétés sont à la pointe du progrès en la matière et se sont transformées de façon à créer de la richesse dans le respect des principes de la durabilité. Le PSB tirera profit de son réseau de partenaires collaborateurs et de sa stratégie de formation et de constitution de communautés pour accélérer la transformation de sociétés, mais aussi d’industries entières. Ensemble, nous pourrons rééquilibrer les relations entre l’humanité et sa planète nourricière 


Richard Wiewiorka est le Vice-président de ISG, LLC, et le Président de LEAD USA; Dr. Roy A. Herberger Jr. estle Président de Thunderbird, The American Graduate School of International Management.

Photo : Surgey Subotin/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | l’espoir a l’ordre du jour | Changeons de paradigme | Une seule Terre | Au delà des crochets | African renaissance| Une occasion à ne pas manquer | En bref: GEO-3 | Une opinion qui compte | Pour une nouvelle dynamique | Mesure de la non-durabilité | Empruntons la voie de l’énergie durable | Former pour transformer | Les grandes entreprises doivent rendre des comptes | Les entreprises au rapport | Lettre aux délégués | Il nous faut un rêve | Les deux faces d’une même pièce : avant et après Johannesburg


Articles complémentaires:
Dans le numéro Disasters, 2000
Dans le numéro L’energie et l’environnement, 2001
Dans le numéro Hazardous wastes, 1999
Dans le numéro Chemicals, 1997
Dans le numéro La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Wendy Brewer Lama: Disneyland ou diversité?
(La montagne et L’écotourisme) 2002

AAAS Atlas of Population and Environment:
Population and Land Use

AAAS Atlas of Population and Environment:
Population and natural resources