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Thabo Mbeki appelle les dirigeants mondiaux à exploiter les succès enregistrés lors des sommets précédents |
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Il y a dix ans, la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement, le Sommet « planète Terre » de Rio, a réuni les nations du monde entier. Le cours de lhistoire en a été changé. Tous ont déclaré à lunisson : « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature. »
Aux premières lignes du programme Action 21, les nations du monde ont affirmé que : « lhumanité se trouve à un moment crucial de son histoire. Nous assistons actuellement à la perpétuation des disparités entre les nations et à lintérieur des nations, à une aggravation de la pauvreté, de la faim, de létat de santé et de lanalphabétisme, et à la détérioration continue des écosystèmes dont nous sommes tributaires pour notre bien-être. Mais si nous intégrons les questions denvironnement et de développement et si nous accordons une plus grande attention à ces questions, nous pourrons satisfaire les besoins fondamentaux, améliorer le niveau de vie pour tous, mieux protéger et mieux gérer les écosystèmes et assurer un avenir plus sûr et plus prospère. Aucun pays ne saurait réaliser tout cela à lui seul, mais la tâche est possible si nous uvrons tous ensemble dans le cadre dun partenariat mondial pour le développement durable. » Un consensus mondial sest fait jour, selon lequel le développement durable repose sur trois principes interdépendants : la protection de la Terre, le développement social et la prospérité économique. Action 21 à ouvert de nouveaux horizons. Pour toujours, il se dressera tel un phare indiquant la direction du développement durable. Cest un monument érigé à la gloire de notre civilisation. Il est tout autant dactualité aujourdhui quil y a dix ans. Au moment où le Sommet mondial sur le développement durable le « Sommet de Johannesburg » sapprête à prendre le relais, lénormité de nos responsabilités face au défi auquel nous sommes confrontés devient tangible. Nous lacceptons au nom des victimes du développement non durable, des habitants de la planète en proie à linquiétude, de nos enfants et des générations futures, qui sont les vrais propriétaires de la Terre. La Conférence de Stockholm (1972) a été un événement fondateur qui a engendré celle de Rio et maintenant celle de Johannesburg. Elle a en effet incité la communauté internationale à prendre conscience, comme jamais auparavant dans son histoire, de lincidence négative des activités humaines sur la Terre. Souvenons-nous de la Déclaration de Stockholm sur lenvironnement : « lhomme est à la fois une créature de son environnement et celui qui le façonne, ce qui lui permet de subsister physiquement et lui donne la possibilité de croître sur les plans intellectuel, moral, social et spirituel. Au cours de la longue et tortueuse évolution de la race humaine sur cette planète, lhomme a franchi une nouvelle étape, grâce à laccélération rapide des progrès de la science et des technologies, lorsquil a acquis le pouvoir de transformer son environnement dinnombrables façons et sur une échelle sans précédent. Le caractère naturel de cet environnement, mais aussi les modifications qui lui ont été apportées par les activités humaines, en sont les deux versants, tout aussi essentiels lun que lautre en ce quils assurent à lhomme le bien-être et lui permettent dexercer ses droits fondamentaux, à commencer par le droit à la vie. » Trente ans après Stockholm, le nombre de poissons dans les mers a diminué, cependant que les émissions de gaz carbonique, la désertification, lérosion des sols et le nombre des espèces disparues à jamais allaient croissant. Cest notre modèle de développement lui-même qui est remis en cause quotidiennement par lécosystème terrestre dont sont tributaires toutes les formes de vie et dactivité économique. Cest pourquoi il est impératif de freiner notre consommation et notre production. Si les Chinois consommaient la même quantité de pétrole brut que les habitants des Etats-Unis, la Chine aurait besoin de 80 millions de barils de pétrole par jour, soit davantage que la production mondiale (74 millions de barils par jour). De même, si la quantité de papier consommée chaque année en Chine, à savoir 35 kilos par personne, atteignait le niveau enregistré aux Etats-Unis, soit 342 kilos, la Chine aurait besoin de plus de papier que le monde nen produit aujourdhui. Depuis le Sommet de Rio, le monde a connu une croissance économique sans précédent. Rien quen lan 2000, elle a dépassé la croissance économique enregistrée au cours de lensemble du 19e siècle. Pourtant, des hommes continuent à mourir de faim ; des bébés naissent, grandissent et meurent sans avoir appris à lire ou à écrire ; nombre de nos congénères nont pas accès à de leau salubre. Le gouffre qui sépare les riches et pauvres sélargit au moment même où nous parlons. Le Sommet de Johannesburg doit nous permettre de nous acquitter plus avant de lengagement que nous avons pris lors du Sommet du millénaire, à savoir éliminer la pauvreté. Il doit être axé sur la mise en uvre et sur laction. Ses résultats doivent être tangibles pour celle qui doit parcourir plusieurs kilomètres pour aller chercher de leau potable, comme pour celle qui passe plusieurs heures à rassembler du bois de feu. Mais ils doivent aussi avoir une incidence sur ceux dont les habitudes de consommation mettent en péril la survie même de la Terre. En 1992, lorsque les dirigeants de la planète se sont réunis à Rio, mon pays était encore soumis au régime de lapartheid. Je navais pas le droit de vote. Nous navions pour tout horizon que lincertitude et les conflits. Mais lesprit humain a triomphé. LAfrique du Sud est désormais une démocratie dans laquelle nous vivons en harmonie et luttons pour supprimer lhéritage de plus de 300 ans de colonialisme et dapartheid. Depuis la victoire de 1994, 7 millions de personnes ont accédé à de leau salubre, plus dun million de nouveaux logements à lintention des pauvres ont été construits et lélectricité a été installée dans plus de 2 millions dautres ; enfin, chaque enfant a sa place à lécole. Et lAfrique du Sud accueille le Sommet mondial sur le développement durable. A lépoque de Rio, tout cela nétait quun rêve. Nous le savons tous, les hommes peuvent changer et il est possible de changer la vie des plus démunis. Nous devons aussi croire quil est possible pour nous de vivre en harmonie avec la nature. Un partenariat mondial pour le développement durable et lélimination de la pauvreté est à portée de main. Une solidarité humaine authentique est à la fois possible et nécessaire. Au nom de la population de Johannesburg et de tous les Sud-Africains, jinvite les dirigeants du monde entier et les représentants de groupes issus de tous horizons à se joindre à nous pour concrétiser cette espérance. Déterminons un programme propre à changer la vie des gens, à protéger la planète et à bâtir la prospérité. La société humaine dispose des moyens nécessaires pour réaliser ces objectifs. Personne ne peut raisonnablement affirmer que la communauté mondiale des nations est trop pauvre pour faire échec à la pauvreté mondiale. Personne ne peut raisonnablement affirmer que nous devons détruire lenvironnement au nom dun impératif humain. Ensemble, nous devons donner tout son sens à la promesse solennelle que nous avons faite à Rio il y a dix ans : « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature. » Tous ensemble, dans laction, répétons les mots du poète africain Ben Okri :
Brisons ce cycle
De Stockholm à Johannesburg en passant par Rio de Janeiro, continuons à forger une nouvelle joie pour notre époque Thabo Mbeki est Président de la République dAfrique du Sud. Photo : Pablo Alfredo De Luca/UNEP/Topham |
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