|
à caractère mondial |
![]() |
|
Leif E. Christoffersen considère la mission du FEM, évalue la manière dont il sen acquitte et suggère des améliorations |
|
Dans les années qui précédèrent le Sommet « planète Terre » de Rio de 1992, une série de rapports et évaluations scientifiques soulignaient les dangers de lappauvrissement de la couche dozone, du changement climatique et des risques encourus par dimportants écosystèmes. Les menaces étaient de toute évidence denvergure mondiale. Pour y faire face, il fallait des remèdes et des ressources bien supérieurs aux capacités individuelles de chaque nation. De nouvelles conventions mondiales furent créées et le PNUE eut beaucoup dinfluence sur ces processus. La science était de plus en plus considérée comme le fondement vital sur lequel les décideurs allaient créer le Fonds pour lenvironnement mondial (FEM) en 1991.
Le FEM étant chargé dutiliser ses fonds propres pour mobiliser des fonds publics et privés et jouer un rôle de levier, il travaille en étroite collaboration avec des institutions multilatérales bien informées et expérimentées. Son dispositif institutionnel repose sur un partenariat tripartite principal réunissant le Programme des Nations Unies pour le développement, le PNUE et la Banque mondiale. Le Fonds multilatéral de 1990 qui soutenait le Protocole de Montréal sur les substances qui appauvrissent la couche dozone établit officiellement lidée nouvelle dun mécanisme financier lié aux conventions et destiné à favoriser les mesures de lutte contre les problèmes environnementaux mondiaux impliquant des coûts supplémentaires pour les pays en développement membres. Les conventions suivantes suivirent le même modèle. Le concept davantages environnementaux mondiaux nécessitant un financement totalement distinct de laide officielle au développement finit par être adopté au niveau international. A la même époque, laide au développement était en baisse, bien que le programme Action 21 ait fait naître lespoir que le développement durable stimulerait laide aux pays en développement, en les plaçant en bien meilleure position pour intégrer les enjeux environnementaux à leurs politiques et programmes de développement nationaux. Il nest donc pas surprenant que le concept du financement des avantages environnementaux mondiaux ait donné lieu à quelques tensions. Les pays membres, les organisations non-gouvernementales (ONG) et les institutions internationales de développement se trouvaient confrontés à de nombreuses demandes financières pour répondre à des besoins urgents, locaux et nationaux. Il était par conséquent très important détablir le contexte de développement dans lequel se placeraient les activités du FEM. Il nest pas toujours aisé de faire la distinction entre avantages mondiaux et nationaux, et les limites des uns et des autres sont discutables. Parallèlement aux avantages mondiaux, les activités du FEM peuvent engendrer des avantages locaux et nationaux directs. Une interprétation assez souple du concept davantages environnementaux mondiaux peut sembler intéressante au plan opérationnel, mais il ne faut pas quelle affaiblisse la mission première du FEM, qui doit être fondée sur de solides bases scientifiques. Il avait également été entendu que le FEM évoluerait dans un contexte de développement durable dans chaque pays, tout en mettant laccent sur les avantages environnementaux mondiaux. Souvent, cest lorsquon les associe aux plans et programmes nationaux en faveur du développement et de lenvironnement que les occasions opérationnelles de financement des avantages environnementaux sont le mieux explorées. Depuis dix ans, on cherche à privilégier cette approche axée sur le pays, mais il reste encore des progrès à faire.
De nombreux projets du portefeuille du FEM constituent de bons exemples des résultats positifs obtenus grâce à cette approche double. Les projets liés au changement climatique permettent à la fois de réduire les émissions de carbone qui augmentent le réchauffement mondial et de fournir des avantages locaux comme lamélioration de lefficacité énergétique et celle de la santé grâce à la diminution de la pollution aérienne. Les projets en faveur de la diversité biologique qui ciblent des objectifs mondiaux prioritaires procurent des revenus et des emplois supplémentaires générés par un nouveau tourisme et par lutilisation durable des plantes et autres ressources naturelles. De plus, les financements provenant dautres bailleurs de fonds associés aux projets du FEM sont porteurs davantages supplémentaires pour le développement et lenvironnement.
Le concept davantages environnementaux mondiaux nest cependant pas facile à traduire en pratique. Deux évaluations du FEM ont déjà appelé à une clarification du terme « avantages environnementaux mondiaux » et à des conseils pratiques dans ce domaine, en particulier pour les domaines dintervention comme la diversité biologique et les eaux internationales. Lévaluation externe la plus récente (OPS2) concluait que le FEM devait sy intéresser en priorité. Le nouveau domaine dintervention de la dégradation des terres augmente encore lurgence. Le rôle de la science dans les conventions mondiales a été souligné par les organismes scientifiques et techniques distincts établis pour conseiller leur Conférence des Parties. Dès le départ, les modalités institutionnelles du FEM prévoyaient la création dun Groupe consultatif pour la science et la technologie, (STAP) distinct. Cest le PNUE qui est principalement responsable de réunir et de gérer le STAP, qui est composé de scientifiques (15 actuellement) de haut calibre international (voir larticle de Julia Carabias). Le STAP a eu quelques difficultés à se trouver un rôle efficace dans le cadre du fonctionnement du FEM. Aujourdhui, il porte une attention considérable à lexamen de nouveaux programmes et à létude des critères liés à la planification et à lapprobation de projets. LOPS2 a noté des progrès tout en suggérant des moyens de rendre lutilisation des compétences scientifiques et techniques plus complète et plus systématique.
Il faudra toujours que le FEM soit capable de définir le concept davantages environnementaux mondiaux en termes pratiques et susceptibles dêtre compris facilement par le public intéressé. Les compétences scientifiques peuvent contribuer de manière précieuse à mesurer, évaluer et vérifier dans quelle mesure les avantages mondiaux ont été atteints à la clôture dun projet ou si la vérification des principaux impacts est susceptible dêtre plus longue, ou encore si le projet terminé progresse dans une direction qui tend à indiquer que les avantages mondiaux seront atteints dans un avenir prévisible. Lintérêt à long terme de toutes les parties du FEM est dassurer une bonne compréhension de ses programmes et procédures. Il a fait des progrès louables en assurant toute liberté daccès aux documents concernant le Conseil et les projets : toute la documentation concernant le Conseil et les politiques et programmes, et les rapports dévaluation peuvent être consultés sur Internet. Mais il lui reste encore à améliorer lefficacité avec laquelle ces informations sont disséminées. Lessence dune stratégie de communication et dinformation efficace consiste à relayer la mission principale du FEM obtenir des résultats comportant des avantages environnementaux mondiaux tout en expliquant les avantages locaux et nationaux connexes accompagnant la plupart des projets. En ce sens, la science et la communication se rejoignent. Si de solides évaluations scientifiques faisaient partie des rapports de clôture de projet et des évaluations des résultats après projet, la crédibilité du FEM se trouverait renforcée. Helen Sjøberg, une universitaire suédoise, a remarqué que cest lassociation des critères politiques et scientifiques qui définit la mission du FEM et lui confère son caractère particulier. Les deux domaines conserveront leur importance dans la mise en application et lévaluation de ses activités et résultats. Il faut que les considérations politiques soient contrebalancées par des considérations scientifiques et techniques. Il est impératif de veiller à ce que les considérations politiques ne prennent pas le pas sur la science.
Le FEM constitue un mécanisme financier nouveau, unique en son genre, permettant aux pays et aux peuples de sunir autour dobjectifs mondiaux communs visant à obtenir des avantages environnementaux mondiaux tangibles. En produisant des résultats aux impacts tangibles et à crédibilité générale, le FEM pourrait devenir un modèle pour léventuelle expansion de cette approche à dautres domaines de grande envergure internationale
Leif E. Christoffersen est « Senior Fellow », Noragric, lUniversité agricole norvégienne et chef de projet de la Seconde évaluation des performances densemble (OPS2) du Fonds pour lenvironnement mondial, 2001. PHOTO : Frans Hadiman/PNUE/Topham |
|
|