Une priorité
mondiale

 
James D. Wolfensohn explique que la réduction de la pauvreté passe obligatoirement par l’atteinte de la durabilité environnementale

Les Objectifs de développement du millénaire sont nés d’accords et de résolutions pris durant les conférences organisées par les Nations Unies aux cours des dix dernières années.

Ils sont désormais considérés comme un cadre permettant de mesurer les progrès du développement, et le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à travailler avec nos pays partenaires pour atteindre ces Objectifs.

Les Objectifs peuvent uniquement être atteints si les pays choisissent un mode de développement durable, au plan environnemental et social. Cela implique de gérer le capital physique, humain, naturel et social qui sous-tend le développement de manières susceptibles de répondre aux besoins de la génération actuelle sans forclore nos options futures. La tâche est particulièrement délicate dans le cas du capital naturel, pour lequel les biens et services fournis par les systèmes écologiques au profit du développement humain continuent à être surexploités, dégradés et – notamment en ce qui concerne la diversité biologique – irrémédiablement perdus, dans des proportions qui inquiètent le monde entier.

On convient généralement qu’il est indispensable de renverser la dégradation environnementale pour réduire la pauvreté, dans la mesure où ce sont les pays pauvres – et en particulier les populations pauvres – qui sont les plus vulnérables face à la dégradation environnementale et manquent des moyens financiers, techniques et institutionnels de lutte. Voici quelques actions prioritaires :

  • Améliorer l’accès des populations pauvres à l’eau non polluée et à l’assainissement, et réduire la pollution intérieure et extérieure afin d’alléger le fardeau que constituent les maladies.

  • Mettre un terme à la dégradation du sol et des ressources en eau pour améliorer la productivité agricole.

  • Conserver les écosystèmes terrestres et aquatiques pour préserver les biens et services écologiques cruciaux.

  • Améliorer les conditions socio-économiques pour aider à contrer les impacts des catastrophes environnementales.


La protection de l’environnement
Pour relever ces défis – et pour bâtir la durabilité environnementale au niveau national – il faut commencer par disposer de politiques et programmes nationaux de croissance économique efficaces, qui améliorent les conditions de vie et l’environnement local. Toutefois, si ces politiques et programmes nationaux ne tiennent pas compte des répercussions néfastes au plan régional, ils risquent de constituer de graves menaces pour la santé des écosystèmes transfrontaliers qui assurent des services environnementaux cruciaux à des centaines de millions de pauvres. De plus, si nous n’agissons pas collectivement pour préserver les biens communs environnementaux mondiaux – climat, couche d’ozone, diversité de la vie, océans – nous minerons la durabilité du développement national et régional. Les preuves sont sans équivoque : à quelques exceptions près, les biens communs environnementaux régionaux et mondiaux sont en train de se détériorer.

Les services environnementaux constituent des biens communs régionaux et mondiaux. Seules une coopération et une action collective de la part des pays développés et en développement permettra de les protéger.

La nouvelle stratégie environnementale de la Banque mondiale, concernant la prise d’engagements durables, vise spécifiquement à aider nos pays partenaires à relever ces défis. Sur nombre de questions environnementales d’envergure mondiale, l’action de la Banque est liée aux objectifs d’accords internationaux. Le Groupe de la Banque mondiale travaille avec des pays partenaires pour les aider à surmonter les facteurs qui entravent leur capacité d’action en faveur de priorités environnementales mondiales, notamment la rareté des incitations économiques à préserver l’environnement mondial et la faiblesse des cadres politiques et institutionnels nationaux qui limitent souvent les incitations et l’envergure de mesures efficaces.

Biens publics
Ces incitations économiques limitées sont inhérentes au caractère de biens publics régionaux ou mondiaux des services environnementaux. Par conséquent, les décisions prises au niveau national concernant l’utilisation des ressources naturelles pour le développement économique national ne traduisent pas vraiment leurs impacts mondiaux – où dans le langage des économistes, « les externalités régionales et mondiales ne sont pas internalisées au niveau national ». Aujourd’hui, c’est surtout par l’intermédiaire de transferts internationaux de ressources que sont capturés les marchés inexistants pour le commerce de certains biens et services environnementaux mondiaux, les valeurs non commerciales mondiales. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le Fonds multilatéral aux fins d’application du Protocole de Montréal ont été créés pour appuyer et faciliter ces transferts. Les transferts de ressources obtenus à partir de ces mécanismes ont permis d’optimiser pour les pays d’accueil le rendement des investissements écophiles présentant des avantages mondiaux – en particulier services énergétiques, développement rural, gestion des écosystèmes terrestres et aquatiques, technologies de substitution des chlorofluorocarbones et autres substances menaçant la couche d’ozone.

Ce genre d’investissement peut présenter un double avantage contribuant à la durabilité environnementale à long terme – une réduction des émissions de gaz carbonique, par exemple, procure également des avantages locaux immédiats comme l’amélioration de la qualité de l’air.

L’importance des partenariats
En compagnie du Programme des Nations Unies pour le développement et du PNUE, le Groupe de la Banque mondiale a fait office d’organisme de mise en application pour le FEM et le Fonds multilatéral. Nous continuons à vouloir travailler efficacement dans le cadre de ces mécanismes de financement et sommes extrêmement favorables à une expansion du financement du FEM lui permettant d’assumer ses responsabilités toujours plus nombreuses. Nous souhaitons voir progresser notre rôle et notre impact : grâce à ces partenariats, nous pouvons faciliter la mobilisation de fonds publics pour la gestion mondiale de l’environnement, accélérer le transfert des technologies écophiles vers nos partenaires des pays en développement et jouer un rôle dans la promotion de l’environnement mondial en tant qu’opportunité commerciale – notamment par l’intermédiaire de la Corporation internationale des finances du Groupe de la Banque mondiale.

Grâce à son partenariat avec le FEM et le Fonds multilatéral, le Groupe de la Banque mondiale réalise de plus en plus que les besoins environnementaux mondiaux doivent être considérés comme une extension des questions environnementales locales, nationales et régionales qui sous-tendent le développement durable. Grâce à ces alliances, nous avons adopté de nouveaux mécanismes financiers à base de subventions réduites, obtenu une participation efficace des parties prenantes et favorisé des partenariats d’importance stratégique pour la gestion environnementale mondiale.

Mécanismes commerciaux
Notre effort commun de promotion des biens publics au profit de l’environnement mondial comporte un grand défi : participer à l’élaboration de mécanismes commerciaux permettant de gérer les externalités à long terme comme les émissions de carbone, par exemple, où il existe de nombreuses possibilités de solutions bénéfiques à tous, tant aux pays industriels qu’à ceux en développement.

Avec l’élaboration et la gestion du Fonds prototype pour le carbone (PCF), le Groupe de la Banque mondiale effectue un premier pas dans cette direction. Au nombre des participants au PCF (doté de 180 millions de dollars), on compte 17 grandes sociétés et six gouvernements. Le PCF s’attache à démontrer la faisabilité de réductions crédibles des gaz à effet de serre dans le cadre du Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto et à favoriser la mise en place d’un marché mondial sur lequel s’effectueraient les négociations. Il a déjà négocié des accords d’achat de réductions des émissions dans plus d’une douzaine de projets et pays.

Nous sommes actuellement en train de concevoir et de commercialiser deux nouveaux fonds spécialisés : le CDCF (Community Development Carbon Fund) et le BioCF (BioCarbon Fund).

Le CDCF est destiné à canaliser le capital privé du Mécanisme de développement propre consacré aux petits projets vers les pays les plus petits et les plus pauvres. Le BioCF, lui, développera des prototypes pour la création d’un patrimoine de carbone qui soit acceptable d’un point de vue environnemental et social, en créant des puits de carbone dans la foresterie durable, dans l’agriculture et grâce à la gestion et aux efforts renouvelés de conservation de la diversité biologique, conformes aux objectifs des conventions sur la diversité biologique et sur la désertification. Les efforts faits par la Banque mondiale en vue de créer et vendre des améliorations certifiées de la diversité biologique, associés à ses biens utilisant le carbone dans son initiative PCF et dans le cadre du BioCF, témoignent de l’opportunité existant pour la création d’un marché indépendant pour la diversité biologique.

En résumé, la Banque s’est engagée, en œ:uvrant en partenariat avec d’autres organisations, à soutenir les priorités figurant dans le Plan d’action du Sommet mondial sur le développement durable


James D. Wolfensohn est le Président de la Banque mondiale.

PHOTO : Inphum Vanee/PNUE/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Des opportunités inégalées | Une priorité mondiale | Des partenariats pour le changement | Les nouveaux enjeux | De belles réussites mais il reste encore beaucoup à faire | Message à l’intention de la Seconde Assemblée du Fonds pour l’environnement mondial | L’avenir de l’environnement africain | Une énergie critique | Diagnostic de la santé de la planète | Comment regagner le terrain perdu | Le tango se danse à deux | La connaissance au service de l’action | Des avantages à caractère mondial | Des polluants impopulaires | Message à l’intention de la Seconde Assemblée du FEM

Articles complémentaires:
Special supplement to coincide with the Global
Environment Facility Assembly
(Fresh Water) 1998
James Wolfensohn: Collaboration makes a difference (Fresh Water) 1998
Dans le numéro Sommet mondial sur le développement durable, 2002
Alcira Kreimer and Margaret Arnold: The poor suffer most (Disasters) 2001

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