Plateforme pour la
montagne de Bichkek



Lettre du Président de la République de Kirghizistan

Cher Lecteur,

J’aimerais attirer votre attention sur la Plateforme pour la montagne de Bichkek, le document final du Sommet mondial de la montagne de Bichkek. C’éminents personnages politiques, des experts indépendants et des personnes de renommée mondiale ont participé à l’élaboration et à la rédaction de ce document tout au long de l’année.

Il me semble qu’il constitue un bon mécanisme de partenariat international et qu’il servira à promouvoir le développement durable dans les régions montagneuses au 21ème siècle. Il nous permettra à tous de concrétiser les idées et réflexions qui nous rassemblent et qui ont été présentées lors de divers forums régionaux et internationaux, et notamment au Sommet de Bichkek.

La Plateforme s’est inspirée des précieux exemples et de la longue expérience disponibles au sein de la communauté internationale et fournis par ceux qui s’intéressent depuis quelques années au développement durable des montagnes. La Plateforme exprime des concepts et recommandations portant sur le développement durable de la communauté mondiale en général et des régions montagneuses en particulier.

Je suis certain qu’il s’agira d’un document crucial, ouvrant la voie à des initiatives permanentes et unissant tous ceux qui partagent la même vision de la politique à suivre en matière de montagnes.

Cordialement

A. Akaev
Président de la République de Kirghizistan




Plateforme pour la montagne


1. Objectifs

La Plateforme pour la montagne de Bichkek est l’aboutissement du Sommet mondial de la montagne, qui fut le point d’orgue de l’Année internationale de la montagne 2002. L’objectif de la Plateforme est de poursuivre les initiatives existantes et de redoubler d’effort au terme de l’Année, en mobilisant des ressources, en donnant des orientations et des conseils, et en favorisant les synergies. En particulier, elle fournira aux parties prenantes et autres parties intéressées un cadre leur permettant de contribuer au développement durable dans les régions montagneuses du monde. Elle leur permettra d’agir ensemble, du niveau local au niveau mondial, afin d’améliorer les moyens d’existence des populations montagnardes, de protéger les écosystèmes et de mieux utiliser les ressources des montagnes. De plus, la Plateforme devrait contribuer au débat au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies et à la réalisation des Objectifs de développement du millénaire.


2. Généralités

La Plateforme pour la montagne de Bichkek s’appuie sur la précieuse expérience fournie par les documents sur le développement durable des montagnes, notamment le Chapitre 13, « Gestion des écosystèmes fragiles : Développement durable des montagnes » du Programme Action 21 de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, organisée à Rio de Janeiro en 1992. Le processus qui suivit trouva son apogée dans l’Année internationale de la montagne, décidée à l’initiative du Gouvernement de la République de Kirghizistan. Les objectifs de l’Année sont de « promouvoir la conservation et le développement durable des régions montagneuses, en assurant le bien-être des communautés montagnardes et des terres basses ». En préparation de l’Année et au cours de celle-ci, de nombreuses réunions ont eu lieu portant sur les divers aspects du développement durable des montagnes, et les résolutions et déclarations adoptées ont également été utiles à la Plateforme. Une série d’exposés thématiques préparés par des spécialistes internationaux pour le Sommet mondial de la montagne de Bichkek et développés grâce à des consultations électroniques, ont également contribué à la Plateforme. De plus, celle-ci tient compte des recommandations du paragraphe 40 du Programme d’action du Sommet mondial sur le développement durable organisé à Johannesburg en août 2002.


3. Les enjeux

Les montagnes couvrent 24 % de la superficie terrestre de la planète et elles abritent 12 % des êtres humains. Les montagnes fournissent des ressources vitales pour les populations montagnardes comme pour ceux des terres basses, notamment l’eau douce indispensable à la moitié au moins de l’humanité, et des réserves cruciales de diversité biologique, de denrées, de forêts et de minéraux. Elles possèdent une grande richesse culturelle et sont des lieux de loisirs physiques et spirituels pour les habitants de notre planète toujours plus urbanisée.

Les communautés montagnardes sont confrontées à des défis majeurs. Environ la moitié des montagnards du monde, soit 700 millions de personnes, sont touchés par des pénuries alimentaires et par une malnutrition chronique. Les populations montagnardes, en particulier les groupes les plus démunis comme les femmes et les enfants, souffrent encore davantage des conflits ainsi que de la distribution inégale des biens.

Les décisions politiques influant sur l’utilisation des ressources montagnardes sont généralement prises dans des centres décisionnels situés loin des communautés montagnardes, qui sont souvent marginalisées politiquement et qui reçoivent des compensations insuffisantes pour les ressources, services et produits de la montagne. Les écosystèmes de montagne sont extrêmement divers, mais ils sont fragiles à cause de la pente, de l’altitude et du relief accidenté. Nombre de ces écosystèmes sont en train de se dégrader, les agriculteurs étant obligés d’utiliser des méthodes agricoles non durables, et l’aménagement étant souvent mal adapté.

Le changement climatique, les risques naturels et d’autres forces menacent également le complexe tissu de vie soutenu par les montagnes. Les conséquences de la pauvreté et de la dégradation environnementale ne touchent pas seulement les communautés montagnardes : guerre, terrorisme, mouvements de réfugiés, migrations, perte de potentiel humain, sécheresse, famine et un nombre croissant de glissements de terrain, coulées de boue, inondations dévastatrices et autres catastrophes naturelles frappent à la fois les basses et les hautes terres. De plus, la fonte rapide des glaciers de montagne et la dégradation des bassins versants sont en train de limiter la disponibilité de l’eau, source de vie, et de multiplier les occasions de conflits concernant les réserves d’eau.


4. Déclaration

Nous, les participants au Sommet mondial de la montagne, événement culminant mondial de l’Année internationale de la montagne, déclarons notre engagement à long terme et notre détermination à atteindre les buts du développement durable dans les zones montagneuses. Nous nous engageons à protéger les écosystèmes des montagnes de la terre, à atténuer la pauvreté et l’insécurité alimentaire dans les zones montagneuses, à promouvoir la paix et l’équité économique et à apporter un soutien aux générations actuelles et futures de montagnards - femmes et hommes, filles et garçons - afin de créer les conditions leur permettant de réaliser leurs propres objectifs et aspirations.


5. Principes directeurs

Nous soutenons les approches participatives, pluri-parties prenantes, pluridisciplinaires, éco-régionales, décentralisées et à long terme qui respectent les principes de la subsidiarité, de la diversité humaine, des droits humains, de l’égalité des sexes et de l’environnement. Nous accordons de la valeur et tirons parti des informations et des connaissances scientifiques et indigènes.


6. Cadre d’action

Nous appelons les Nations Unies et leurs organisations, Etats, organisations internationales et non gouvernementales, entreprises, organisations populaires, scientifiques et particuliers à investir ensemble leurs ressources dans les régions montagneuses. Nous appelons aussi les institutions financières, notamment le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), à poursuivre et à améliorer leur soutien. Pour atteindre nos buts, il faudra que nous travaillions tous ensemble, en partenariat. Nous considérons ce cadre comme une orientation pour les décennies à venir, et sommes conscients que les détails en seront élaborés par des partenaires.


6.1. Actions au niveau international

Résolution ONU : Nous suggérons que le Groupe de réflexion de l’Année internationale de la montagne des Nations Unies élabore une résolution ONU sur le développement durable dans les régions montagneuses. La résolution pourrait fournir une orientation pour les Nations Unies et leurs organismes, leur permettant d’élaborer des politiques et programmes conformes aux objectifs et principes de la Plateforme, et favoriser ainsi une coopération accrue et une optimisation des actions dans les régions montagneuses du monde entier. De plus, nous encourageons le Groupe de réflexion à souligner les liens vitaux existant entre les montagnes et les ressources en eau douce, notamment dans le contexte de l’Année internationale de l’eau douce 2003, et à envisager la mise en place d’une Journée mondiale de la montagne.

Partenariat international : Nous soutenons le Partenariat international pour le développement durable dans les régions montagneuses, autre résultat du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg d’août 2002. Nous nous félicitons que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ait proposé d’accueillir le Secrétariat du Partenariat et de mettre à son service le Groupe de travail inter-agences sur les montagnes. Nous demandons au PNUE de s’assurer de la bonne gestion environnementale dans les régions montagneuses, en particulier dans les pays en développement, en renforçant la mise en réseau et les évaluations environnementales, en facilitant les accords régionaux et en encourageant la coopération entre les secteurs public et privé. Nous comptons sur la participation continue et croissante du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), de l’Université des Nations Unies (UNU), d’autres organisations des Nations Unies, des banques de développement multilatéral et d’autres organisations internationales et Etats.

La structure et les modalités de fonctionnement seront élaborées de manière plus détaillée afin d’assurer l’efficacité du Partenariat. Nous invitons les organisations et les pays intéressés à se joindre au Partenariat et à assurer sa durabilité financière.

Nous nous félicitons de la proposition faite de créer, dans le contexte du Partenariat, un Réseau international de régions et d’Etats montagneux en développement, et nous soutenons la mise en place d’un groupe de travail chargé de son élaboration.

Développement des capacités : Nous sommes convaincus que le développement des capacités à tous les niveaux est essentiel pour améliorer les compétences des parties prenantes montagnardes et la connaissance des processus, problèmes, besoins, opportunités et biens des montagnes. Ceci nécessite la participation de tous les secteurs de l’éducation, des organisations non gouvernementales, des gouvernements, des décideurs et des organisations internationales.

Science et technologie : Nous invitons la communauté scientifique et ses organismes de financement, aux niveaux international et national, à promouvoir des partenariats et programmes internationaux de recherche, de suivi et d’alerte rapide soutenant le développement durable dans les régions montagneuses. Nous insistons sur le fait que les initiatives doivent se concentrer sur les aspects tant biophysiques que politiques, socio-économiques et culturels, et qu’elles doivent adopter des approches disciplinaires, interdisciplinaires et transdisciplinaires, contribuant ainsi à une connaissance intégrée des problèmes et des opportunités en matière de développement durable des montagnes.


6.2. Actions au niveau régional
(supranational)

Point de vue régional : Nous sommes convaincus que les régions montagneuses transfrontalières possèdent des caractéristiques et potentiels de développement environnementaux, sociaux, politiques, culturels et économiques bien spécifiques, et qu’elles exigent donc des approches et ressources spécifiques.

Coopération régionale : Nous demandons instamment que le développement et la conservation dans les régions montagneuses transfrontalières et entre les parties prenantes en amont et en aval soient coordonnés entre tous les partenaires concernés ou intéressés.

Accords régionaux : Nous soutenons les instruments officiels - chartes, conventions et politiques intégrées - aptes à favoriser la coopération internationale entre Etats partageant des zones montagneuses.

6.3. Actions au niveau national

Gestion publique : Nous appelons les gouvernements à appliquer le principe de la subsidiarité, en délégant les décisions politiques au niveau le plus bas possible de prise de décision, du niveau national aux responsabilités sous nationales, locales, d’entreprise et privées.

Plaidoyer politique : Nous invitons les gouvernements à élaborer des législations, politiques et procédures en faveur de leurs zones montagneuses, en particulier celles qui sont marginalisées en termes de développement socio-économique, et d’en tenir compte lorsqu’ils fixent leurs priorités nationales. Nous invitons également les partis politiques et les gouvernements à participer aux initiatives internationales, à condition que celles-ci soient acceptées au niveau local.

Données spécifiques aux montagnes : Nous reconnaissons que le manque de données environnementales et socio-économiques désagrégées freine la reconnaissance et l’analyse spécifique des questions portant sur les moyens d’existence des montagnards. Nous incitons les gouvernements à produire, publier et utiliser les données spécifiques aux montagnes en vue d’améliorer les politiques en faveur du développement durable des montagnes, notamment en ce qui concerne les économies des terres basses dominantes.

Investissement et mécanismes compensatoires : Nous sommes convaincus que les disparités économiques entre les montagnes et les zones environnantes peuvent être atténuées grâce à des investissements et d’autres moyens. Nous encourageons les gouvernements à introduire des mécanismes compensatoires pour les biens et services fournis par les communautés, entreprises ou paysages naturels ou culturels montagnards, grâce à des négociations entre populations touchées et bénéficiaires.

Accès à la montagne : Nous reconnaissons que la nature physique des régions montagneuses freine l’accès à bien des égards. Nous appelons notamment les gouvernements à mettre les technologies de l’information et des communications au service des montagnards.


6.4. Actions au niveau local

Intendance locale : Nous soutenons la propriété des ressources et la gestion publique locales et la liberté individuelle, l’autodétermination culturelle et les croyances traditionnelles, qui sont au cœ:ur du développement durable des zones montagneuses, notamment là où l’influence économique des forces extérieures est puissante.

Développement local : Nous demandons instamment à toutes les parties prenantes de s’assurer que les moyens d’existence locaux s’améliorent, que l’esprit d’entreprise fleurisse et que la protection environnementale et l’utilisation durable des ressources naturelles soient garanties. Les partenaires extérieurs devront s’appuyer sur des initiatives locales lorsqu’on leur demandera de le faire



Objectifs De Developpement Du Millenaire


Eliminer la pauvreté extrême et la faim : le but déclaré est, avant 2015, de réduire de moitié la proportion de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour, par rapport aux chiffres de 1990 - et de faire passer le pourcentage de personnes possédant des revenus faibles ou moyens de 29 % à 14,5 %. Si ce résultat est atteint, le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême tombera à 890 millions (ou même à 750 millions si la croissance se poursuit).

Assurer l’éducation élémentaire pour tous.

Promouvoir l’égalité des sexes et responsabiliser les femmes.

Réduire la mortalité infantile.

Améliorer la santé maternelle.

Lutter contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies.

Assurer la durabilité environnementale.

Bâtir un partenariat mondial pour le développement



Photo : Jerry Kostrzewa/UNEP/Topham



Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | A la lumière de nouvelles approches | Un développement à visage humain | Commerce – facteur de transformation | Gagnez sur toute la ligne | Les gens | Des promesses à tenir | Aussi précieux que l’or | Etendre le cercle | En bref : La mondialisation, la pauvreté, le commerce et l’environnement | L’action au niveau local | La coopération fait des adeptes | Publications et produits | Sortons du goulot d’étranglement | Investir dans l’environnement | Plateforme pour la montagne de Bichkek | L’argent, ça ne se respire pas | Un jour, nous réussirons | Un commerce équitable ? Bonne question !

 
Articles complémentaires:
Dans le numéro La montagne et L’écotourisme, 2002


AAAS Atlas of Population and Environment:
About the AAAS Atlas of Population and Environment
Population and ecosystems: Mountains
Case study: The Northern Andes
Case study: The Eastern Himalayas