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LENERGIE végétale |
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appelle à une nouvelle révolution verte pour lutter contre le réchauffement mondial et réduire linstabilité à travers le monde |
| Face au terrorisme international, aux troubles du Moyen-Orient, à la montée des menaces nucléaires et à dautres crises, il est facile de perdre de vue les enjeux à long terme. Nous le faisons à nos risques et périls. Un de ces enjeux, parmi les plus difficiles, sera de répondre aux besoins mondiaux en matière dalimentation et dénergie au cours du présent siècle. Il ne sagit pas seulement dempêcher les famines et de sauver lenvironnement : la paix et la sécurité mondiales sont en jeu. Nous savons par expérience que les peuples se combattent pour des questions daccès aux ressources, et que la pauvreté et la famine favorisent la montée du fanatisme et du terrorisme. Si nous parvenons à la sécurité alimentaire, nous minimiserons les facteurs qui contribuent à linstabilité mondiale et à la prolifération des armes de destruction massive.
La population mondiale, qui compte 6 milliards de personnes aujourdhui, devrait passer à 9 milliards dici au milieu du siècle, et la demande en matière daliments abordables augmentera donc dans des proportions bien supérieures à celles des niveaux de production actuels. Dans les nations connaissant un développement rapide, les populations auront les moyens daméliorer fortement leur niveau de vie et daugmenter leur consommation calorique. Cela signifie inévitablement quelles mangeront plus de viande. La demande en matière de céréales fourragères augmentera donc parallèlement à la demande pour les produits alimentaires de base émanant dune population mondiale toujours plus nombreuse.
Le problème est rendu encore plus complexe par une dynamique que lOccident doit sefforcer de mieux comprendre : les pays en développement utilisent souvent des terres arables pour agrandir leurs villes et loger leur population toujours plus importante. Au fur et à mesure que les terres fertiles disparaissent, les populations détruisent leurs sources de bois et même leurs forêts ombrophiles pour faire place à de nouvelles terres arables leur permettant de salimenter. Les conséquences environnementales à long terme risquent de se révéler désastreuses pour lensemble du globe.
Pouvons-nous vraiment augmenter à ce point la production ? Par le passé, cela sest fait. Les progrès réalisés dans lusage des engrais et de leau, et lamélioration des machines et des techniques de travail du sol, nous ont permis de tripler les rendements depuis 1935 à lépoque, mon père produisait de 2,8 à 3 tonnes par hectare. Une bonne partie de lagriculture américaine a enregistré des hausses similaires. Bien entendu, il nest pas garanti que nous puissions atteindre à nouveau de tels résultats. Compte tenu de lurgence quil y a à augmenter la production alimentaire pour répondre à la demande mondiale, il nous faut investir davantage dans la recherche scientifique et consacrer cet argent aux projets susceptibles davoir un impact national et mondial majeur. Pour les Etats-Unis, cela impliquera de modifier considérablement la manière dont nous organisons et finançons lagronomie. La recherche fondamentale apportera les innovations nécessaires pour nourrir la planète. Les Etats-Unis peuvent prendre la tête dune révolution de la productivité. Et notre aptitude à accroître la production alimentaire risque de jouer un rôle humanitaire décisif dans la survie de milliards de personnes et dans la santé de notre planète. La durabilité de nos ressources combustibles, chimiques et matérielles est directement liée à cet enjeu dalimentation mondiale. Je considère que lagriculture et, dune manière plus générale les plantes, représentent non seulement une source de produits alimentaires mais également de combustibles, dénergie et de matériaux essentiels pour la société actuelle. Les scientifiques ont mis au point des biotechnologies levures, enzymes et bactéries modifiées génétiquement capables de décomposer les plantes, arbres, herbes et résidus agricoles (la « biomasse »), principalement sous forme de sucres complexes. A partir de cette étape intermédiaire, nous pouvons produire toute une gamme de produits dorigine biologique, comme les aliments pour animaux, les produits chimiques et surtout, les combustibles. Si nous parvenons à produire à partir de la biomasse un pourcentage important de produits aujourdhui dérivés du pétrole, les grandes économies industrielles amélioreront leur sécurité stratégique en réduisant leur dépendance vis-à-vis du pétrole du Moyen-Orient. Tous les pays, riches ou pauvres, pourront limiter les fonds quils consacrent aux importations de pétrole, réduire considérablement leurs émissions de gaz à effet de serre et renforcer leurs propres communautés rurales tout en participant à lémergence dune nouvelle industrie dorigine biologique représentant annuellement des centaines de milliards de dollars à léchelle mondiale. Les combustibles dorigine biologique comme léthanol ont de toute évidence le potentiel dêtre durables, bon marché et très performants, ils sont compatibles avec les systèmes de transport actuels et futurs, et fournissent des émissions nettes de gaz à effet de serre pratiquement nulles. Limpact du bioéthanol sur les émissions de gaz à effet de serre est un point particulièrement important puisque le secteur des transports sappuie presque exclusivement sur les combustibles fossiles et quil est responsable dun tiers du total des émissions de gaz à effet de serre. Le passage aux combustibles dorigine biologique constitue une approche à long terme du problème du réchauffement mondial qui ne nécessite pas de changement au niveau de lautomobile et qui nimplique pas de coûts accrus pour les employeurs et les consommateurs américains.
Mais avant que nous puissions tirer ces bénéfices de la ressource biomasse durable, il faut faire baisser le coût de la nouvelle technologie. Là encore, la recherche offre le seul moyen systématique de créer des innovations et améliorations techniques capables datténuer les coûts de traitement de la biomasse. Compte tenu de la vision à court terme du secteur privé, et comme nombre des avantages de la transformation de la biomasse sont dans lintérêt général, les gouvernements et les institutions multilatérales devraient caracoler en tête de cette importante initiative et investir dans la promesse dune nouvelle révolution verte. Entre le moment où, enfant, je travaillais dans lexploitation familiale, et celui où jai commencé à siéger au Sénat des Etats-Unis jai toujours fait partie du Comité sur lagriculture, jai assisté à de formidables changements dans lagriculture américaine et mondiale. Malgré les énormes défis de lavenir, lagriculture na jamais été aussi passionnante, ni aussi riche en opportunités. Les pessimistes diront que lhumanité sest enlisée irréversiblement. Moi, jai foi en lingéniosité humaine illimitée. Nous manquerions vraiment de vision si nous ne profitions pas des progrès scientifiques intervenus dans lagriculture et dans la conversion de la biomasse. Si nous en profitons, nous rendrons la vie des générations futures bien moins dangereuse et bien plus prospère. Si nous nen profitons pas, ces générations nous reprocheront davoir manqué une remarquable occasion. Richard G. Lugar , un sénateur américain de lIndiana, est président du Comité des relations étrangères du Sénat et membre et ancien président du Comité pour lagriculture du Sénat. |
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