Avant, je me levais chaque jour à 3 heures du matin pour aller chercher de l’eau à la rivière, à 5 kilomètres de chez moi. Au mieux, j’étais de retour à 10h00, et j’étais donc souvent en retard à mon travail. Mon directeur n’appréciait pas. Je me rendais toujours seule à la rivière pour que mes enfants puissent aller à l’école. Parfois, il leur restait suffisamment d’eau pour se laver et pour préparer le petit déjeuner. Parfois, il n’en restait pas. Ils arrivaient souvent à l’école en retard, le ventre vide, parce que je n’étais pas là.

Dans mon village, les femmes sont censées chercher de l’eau chaque matin pour leur mari. Quand il n’y avait pas d’eau, des querelles éclataient – comme c’était le cas dans notre foyer quand l’eau manquait.

Les femmes passaient pratiquement la journée à chercher de l’eau. Quand elles se rendaient à la rivière dans la pénombre du petit matin, il arrivait qu’elles soient mordues par des serpents ou qu’elles tombent d’épuisement – se blessant et cassant dans leur chute leurs pots à eau et calebasses. Les petites filles étant elles aussi censées chercher l’eau, elles n’étaient pas nombreuses à fréquenter l’école. Dans bien des communautés défavorisées, on trouve seulement une femme qui a été scolarisée pour 30 hommes. Les enseignantes sont rares – j’étais la seule de mon école.


PHOTOS: WATERAID
Illustration de Felicity Batten, Royaume-Uni

 

C’est durant la longue saison sèche, de novembre à mars, que le manque d’eau se faisait le plus cruellement sentir. Les femmes se querellaient, se battaient ou se blessaient mutuellement et, dans la folle ruée vers l’eau, elles cassaient les conteneurs et calebasses de leurs compagnes. L’eau était si rare, que nous étions obligées de nous contenter d’eau sale, ce qui posait de gros problèmes de santé. Nous ne disposions d’aucun système d’assainissement. Nous étions à la merci des diarrhées, de la dysenterie, des infestations des vers de Guinée et du choléra, qui se révélaient souvent mortels à cause de l’absence de services de santé. Mes enfants et ceux de mes voisins étaient fortement sous-alimentés.

En 1994, j’ai entendu parler des travaux entrepris au Ghana par l’œuvre caritative WaterAid. J’ai rapidement organisé notre communauté et j’ai demandé l’aide de cette organisation. A l’issue de plusieurs réunions, notre projet a été accepté et les deux premiers puits ont été creusés à la main. La population a fourni la main-d’œuvre et une partie du financement, et c’est elle qui a acheté les deux pompes manuelles. WaterAid a fourni la main-d’œuvre qualifiée et l’équipement nécessaire, et Rural Aid, son partenaire, a assuré le suivi du projet, apportant son concours et tubant les puits.

C’est notre communauté qui entretient et gère les pompes manuelles en utilisant les fonds versés chaque mois par la population pour payer les réparations.

Le premier jour après l’installation des pompes manuelles, je me suis réveillée à 6 heures du matin. Il était trop tard pour aller chercher de l’eau à la rivière et je me suis mise à sangloter. Puis, j’ai réalisé que mes enfants, tout excités, étaient déjà réveillés. Ils avaient rempli les pots d’eau propre et étaient en train de préparer le petit déjeuner.

Quel bonheur d’avoir de l’eau à proximité de la maison, 24h/24 – de l’eau salubre, ne présentant pas de risque de maladie d’origine hydrique ! Et depuis
que nous disposons de toilettes, je suis vraiment heureuse.

Maintenant, l’harmonie règne dans notre village. Les bagarres, les querelles, les morsures de serpents, la fatigue et les maladies d’origine hydrique appartiennent au passé. Les hommes et les enfants vont chercher l’eau dont ils ont besoin et le nombre d’élèves de notre école a considérablement augmenté, tant chez les filles que chez les garçons. Notre équipe pédagogique est au complet : depuis que le village dispose d’eau, les enseignants acceptent volontiers un poste dans notre école.

 

Mes enfants et moi arrivons parfois à l’école dès 7 heures du matin. J’ai le temps d’organiser des groupes d’élèves pour des activités extrascolaires comme les clubs de sciences, de théâtre ou de sport, et les campagnes de nettoyage. Je participe à la formation des enseignants, je donne des leçons aux femmes de ma communauté et j’éduque également la population à l’importance qu’il y a à disposer de toilettes.

Grâce à WaterAid, la qualité de vie de chacun, et des femmes en particulier, s’est fortement améliorée. Désormais, elles ont le temps de s’occuper de leur famille et de gagner de l’argent en pratiquant le tissage ou la culture. Autrefois, elles étaient considérées comme stupides – aujourd’hui, elles sont l’égal des hommes. Elles participent aux prises de décision et peuvent même prendre les devants – chose impensable autrefois. J’ai été élue pour représenter ma communauté à l’Assemblée du district.

Les débats et les prises de décisions se trouvent renforcés, et les communautés ont eu envie de participer à la gestion de leurs ressources locales et environnementales. Ceci a favorisé l’industrie et amélioré les conditions de vie et la santé.

La vie sans eau était abominable. Je n’avais pas une minute à moi et j’étais toujours déprimée, craignant constamment de manquer d’eau. Je ne me croyais pas capable de quoi que ce soit. Aujourd’hui, je suis surprise de tout ce que je sais faire – et je suis très heureuse.

           
 
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  Liens Relatifs:
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AAAS: Freshwater AAAS: Freshwater wetlands AAAS Mangroves and Estuaries

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