Pour ce numéro, Tunza a demandé à cinq membres de populations autochtones de répondre à vos questions. Nous remercions donc Upaluk Poppel (Inuit, Groenland), Jennifer Koinante Kihoro (Laikipiak Masaï, Kenya), Niyara Gafarova (Tartare de Crimée, Ukraine), Francis Alfred (Tolo, Iles Salomon) et Ngwe Soe (Karenni, Myanmar).
 
     
   
On dit souvent que les autochtones savent mieux utiliser les ressources du monde avec modération. Comment est-ce possible alors que leur connaissance du monde est bien plus limitée ? Caroline Ang, Etats-Unis

Cette question est révélatrice d'un stéréotype concernant les peuples autochtones. Cela fait des siècles qu'ils luttent pacifiquement pour conserver leurs droits et leurs savoir-faire traditionnels. Quand ils ont perdu l'accès à leurs propres ressources, ils ont dû apprendre à survivre dans des environnements très hostiles en faisant preuve d'imagination pour utiliser au mieux ce qu'il leur restait. Cela n'a rien à voir avec une limitation de leurs connaissances. C'est lié aux difficultés que nous rencontrons, en tant que populations autochtones, pour accéder à l'éducation, à l'informatique, etc., à cause des politiques discriminatoires qui nous excluent des écoles et des universités. En général, les peuples autochtones ne gaspillent pas les ressources dans la mesure où ils possèdent des liens spirituels et culturels très forts avec leur environnement.

     
Les populations autochtones ont-elles des choses à nous apprendre ? Cristi Gerlach, Venezuela

Oui, beaucoup. Les autochtones possèdent des cultures très riches et très intéressantes, et la plupart des communautés continuent à parler leur langue et à préserver leurs dons de diseurs d'histoires, de musiciens et de danseurs traditionnels. Ils possèdent des connaissances traditionnelles sur la manière de coexister avec la nature, la terre et les ressources, et savent chasser le gibier et cueillir des herbes médicinales pour traiter les infections et d'autres maladies. De plus, ils savent comment régler pacifiquement certains conflits et sont généralement de bons négociateurs.

Que peut nous apprendre la médecine alternative pratiquée par les peuples autochtones ? Pourrait-elle nous aider à guérir nombre de nos maladies modernes ? João F. Scarpelini, Brésil

Oui, mais il est encore plus important de respecter les droits fonciers des peuples autochtones, sur les terres où ils cueillent les plantes médicinales, ainsi que leurs droits d'utilisation de ces plantes. Nous sommes à la merci de chercheurs qui pillent nos ressources génétiques et naturelles sans nous demander la permission. Convaincus de pouvoir trouver des remèdes en copiant la médecine autochtone, ils nous consultent pourtant rarement et partagent rarement avec nous les éventuels profits commerciaux liés à ces remèdes. Nous espérons que de nombreuses maladies modernes pourront être guéries grâce aux connaissances autochtones, mais pour ce faire, il faut améliorer la coopération et la communication avec les populations autochtones. Nos connaissances et nos ressources doivent être respectées et protégées.

Est-il possible de préserver une culture ancestrale face à l'influence croissante de modèles culturels plus dominants comme les modèles américain ou occidental ? Existe-t-il une culture autochtone qui ait réussi à rester intacte ? Maria Sterniczuk, Canada

Il sera assez difficile de conserver nos identités autochtones ancestrales, mais certains d'entre nous possèdent encore leurs propres territoires traditionnels ou sont en passe de les récupérer. De plus, nous savons que nous appartenons à des groupes autochtones et cela nous pousse à préserver notre culture et à pratiquer nos traditions. Comme toute autre culture, les cultures autochtones évoluent constamment, mais il nous semble que c'est à nous de décider de la direction et du calendrier de cette évolution.

Comment la dégradation environnementale - déboisement, désertification, perte de biodiversité - a-t-elle affecté la capacité des peuples autochtones à vivre de la terre ? Irina Gavriloaea, Roumanie
La dégradation environnementale traduit un manque de connaissance des modes de vie et de production des peuples autochtones. La terre et les ressources naturelles sont des sources vitales de connaissances qui représentent notre vie spirituelle et nous donnent l'espace nécessaire pour nos rites. Nous considérons la forêt comme faisant partie de notre mère Nature, et non comme un produit qui peut être vendu ou surexploité au nom du « développement » et à des fins lucratives. Les écosystèmes sont en train de s'appauvrir rapidement et pourtant, c'est d'eux que dépend notre survie physique et culturelle. Pour nous, le droit à la vie est intrinsèquement lié à l'accès à nos ressources et à leur contrôle. Il faut que les projets de développement soient fondés sur les principes de l'autodétermination et de l'autogestion des peuples autochtones.
Si tu as des questions sur l'environnement et le développement tu peux les poser aux spécialistes du PNUE en envoyant un e-mail à cpiinfo@unep.org. Nous essayerons de te répondre dans les prochains numéros.
 
           
 
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