|
Une vague DESPOIR |
|
de la houle va bientôt être mis à profit. |
| On a dit que les vagues constituaient la source dénergie renouvelable la plus prometteuse pour les pays maritimes. Non seulement elle ne nuit pas à lenvironnement mais elle est inépuisable il y aura toujours des vagues. De surcroît, elle reçoit invariablement laval du public, qui entretient des relations affectives avec la mer.
Cette ressource potentielle ouvre donc de vastes horizons. On estime en général quon pourrait en tirer quelque 2 000 gigawatts (GW) le double selon lUNESCO. Cela posé, nous devons déterminer quelle quantité nous pouvons accumuler, puis livrer aux consommateurs, pour un rapport qualité-prix satisfaisant. On cherche à tirer de lénergie de la mer depuis la Révolution française : à cette époque, le premier brevet a été déposé à Paris par un père et son fils répondant au nom de Girard. Ils avaient observé que « la masse énorme dun navire, quaucune autre force nest capable de soulever, répond aux moindres mouvements des vagues ». Mais jusquà vers le milieu des années 1970, il a été impossible de transformer ces mouvements en énergie utile, faute des connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre ce quest une vague, comment elle se déplace et comment sapproprier sa puissance. Limmensité de la tâche, tout comme le montant des capitaux nécessaires pour la mener à bien, tenaient littéralement en respect ceux qui rêvaient de sy atteler. Pour produire de lénergie hydroélectrique, on puise dans un courant dont la direction est toujours la même. Mais si, depuis une plage, il semble que les vagues avancent en rangs bien ordonnés, il est impossible dinstaller une roue hydraulique dans la mer, de la laisser tourner et dattendre quelle produise de lélectricité. Lorsque le vent souffle sur un champ de maïs, a observé Léonard de Vinci, on a limpression de voir des vagues onduler à travers le champ alors quen réalité, la pointe des tiges remue à peine. Il en va de même des vagues de la mer, dont on peut comparer le mouvement à celui dune corde à sauter. Lorsque lune des extrémités est actionnée, une « vague » parcourt la corde pour rejoindre lautre extrémité, mais la corde elle-même ne se déplace pas vers lavant. Les vagues avancent selon un mouvement insaisissable, ascendant, puis descendant. Leur hauteur est le principal indicateur de leur puissance. Ainsi, plus la mer est agitée, plus on peut en tirer dénergie... mais plus cette énergie est difficile à recueillir. Cest pourquoi les ingénieurs spécialisés doivent concevoir une centrale marémotrice qui absorbe la puissance des vagues les plus redoutables sans faire naufrage. Deux de ces centrales, en Ecosse et en Norvège, ont déjà été englouties. Le Japonais Yoshio Masuda a inventé la « colonne deau oscillante », sorte de cheminée dressée sur le sol sous-marin qui aspire les vagues par une ouverture située près de sa base. La hauteur de la colonne deau à lintérieur de la cheminée varie en fonction du mouvement des vagues. Lorsque le niveau de leau monte, lair est expulsé vers le haut et passe à travers une turbine qui tourne sur elle-même et actionne le générateur. Lorsque le niveau de leau redescend, lair est de nouveau aspiré depuis lextérieur pour remplir le vide créé à lintérieur de la cheminée, et le turbo-générateur est de nouveau activé. Le Professeur Alan Wells, de la Queens University de Belfast, a notablement perfectionné cette invention en concevant une turbine qui tourne toujours dans le même sens, que lair soit expulsé vers lextérieur ou aspiré à lintérieur de la cheminée. En 1985, la Norvège a mis en service une centrale marémotrice non loin de Bergen. Elle combine une colonne deau oscillante qui fait face aux vagues et une sorte de gouttière à embouchure conique, invention norvégienne. Les vagues remontent une pente en béton jusquà 3 mètres au-dessus du niveau de la mer, puis sengouffrent dans un réservoir. Leau retourne ensuite dans la mer en passant à travers une turbine qui actionne un générateur. Mais cest le Professeur Stephen Salter, de luniversité dEdimbourg, qui a eu lidée la plus brillante. Laspect séduisant du « Canard de Salter », ainsi qua été baptisée son invention, a rendu populaire lidée dexploiter le potentiel de lénergie de la houle. Ce « canard » est un cône à lintérieur duquel a été mis en place un matériel électronique sophistiqué. Il est bâti autour dune « colonne vertébrale » et se déplace de haut en bas au gré des vagues, actionnant ainsi un générateur. Mais Salter ne permettra pas linstallation de ce système en mer avant dêtre certain quil est parfaitement au point. Des initiatives visant à générer de lénergie de la houle à petite échelle de 100 kilowatts (kW) à 2 mégawatts (MW) ont reçu le feu vert dans plus dune dizaine de pays. Pendant 11 ans, lEcosse a fait fonctionner une colonne deau oscillante expérimentale de 75 kW sur la côte de lîle dIslay : elle vient dêtre remplacée par un modèle de 500 kW, baptisé Limpet, accroché aux rochers sur lesquels se fracassent des vagues en provenance de lAtlantique, au terme dun parcours de quelque 5 000 kilomètres. Le même groupe de chercheurs prévoit de mettre en service au large des côtes un dispositif de 2 MW baptisé Osprey. Il existe encore un autre modèle écossais, le Pelamis, série de cylindres reliés par des joints articulés et de moteurs hydrauliques qui actionnent des générateurs.
Les problèmes techniques sont surmontés les uns après les autres, mais les seules applications pratiques mises en uvre lont été à petite échelle. Or, dans lidéal, il faudrait mettre en service des centrales marémotrices dune puissance de 2 000 MW qui puisent de lénergie dans les grands fonds. Le principal obstacle est bien sûr dordre financier. Lénergie de la houle na pas été conçue pour nous faire réaliser des économies mais pour sauver le monde. Les premiers chercheurs se plaisaient à dire, non sans optimisme, que lénergie était gratuite parce que les dieux nous avaient fourni les vagues. Dautres ont choisi lautre extrême en utilisant des taux descompte élevés, qui ont frappé injustement lénergie de la houle : il sagit en effet dune technologie à forte intensité de capital, et le plus gros des dépenses intervient durant la construction. Un moyen simple de régler le problème du coût est donc de modifier le taux descompte appliqué à ce type dénergie. Les grands fournisseurs dénergies traditionnelles se gardent bien de pousser à la roue. Naturellement, ils accueillent mal cette rivale potentielle pour leurs marchés. Gouvernements et sociétés mettent donc en avant les méthodes conventionnelles détablissement des coûts. Aux dires dun inventeur néerlandais de premier plan : « Lingénierie financière est autrement plus complexe que les études techniques. Dans notre équipe, nous appelons ça de lingénierie affective. » Mais, pour la première fois depuis trente ans, la situation promet de se débloquer et lhorizon séclaircit. Sous peu, les réseaux électriques de nombreux pays seront alimentés par les vagues. David Ross est lauteur de Energy from the Waves (Pergamon, 1979), Power from the Waves (Oxford University Press, 1995) et Scuppering the Waves (Open University Network for Alternative Technology, 2001). |
|