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SOYONS A LA HAUTEUR du problème |
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retrace le déclin de la diversité biologique et culturelle des montagnes et appelle à des mesures urgentes. |
| Qua donc de si particulier la diversité biologique des montagnes ? Cela dépend de la personne à qui lon pose cette question. Ce sont les botanistes qui se montreront sans doute les plus véhéments puisque de très nombreux centres de diversité végétale sont situés en montagne. Ils souligneront lexceptionnelle richesse en espèces des forêts des montagnes tropicales, la variété de plantes sauvages qui émaillent les pâturages alpins en été et au printemps, et les remarquables adaptations des espèces de rocailles à leur dur environnement. Les zoologistes vous parleront des niveaux inhabituellement élevés de spéciation et dendémisme parmi la faune montagnarde notamment les insectes et les oiseaux, qui sont les plus étudiés. Les environnementalistes, eux, souligneront les nombreuses espèces « phares » originaires des montagnes, du panda géant au léopard des neiges, en passant par les gorilles de montagne et les ours à lunettes. Les scientifiques alimentaires et les agriculteurs de montagne mettront laccent sur le nombre disproportionné de cultures qui sont originaires des hautes terres. Les anthropologues loueront la diversité des cultures humaines des régions montagneuses, dont les langues, les dieux, les traditions et lexpression artistique semblent varier dune vallée à lautre. Enfin, tous saccorderont à dire que les écosystèmes de montagne sont les précieux dépositaires de la diversité génétique, des espèces, des écosystèmes et des cultures humaines.
Les écologistes nous indiquent que la forte diversité biologique des écosystèmes de montagne résulte de la simple variété des microenvironnements sur ce terrain abrupt et varié des habitats qui exigent de nouvelles adaptations et favorisent lévolution de nouvelles espèces et variétés. Ils signalent également les bouleversements naturels fréquents qui peuvent soudain précipiter au fond dun abîme larbre le mieux enraciné ou un gracieux chamois. Autre facteur important, lisolement géographique des espèces montagnardes qui (à quelques exceptions près) mélangent rarement leurs gènes à ceux des animaux de la vallée voisine ce qui explique dailleurs que tant de plantes de montagne soient autogames. Les communautés humaines suivent le même modèle, divisées par les barrières physiques en petits groupes ethniques sétant adaptés différemment culturellement à la vie en milieu hostile. La littérature populaire fait souvent référence « aux fragiles écosystèmes montagnards ». Cela peut paraître un oxymore quand on considère la résistance et la robustesse de la faune et de la flore montagnardes, qui semblent capables de résister à tout ce que la nature leur impose. Mais en montagne, les conditions hostiles et variables sont une constante, aussi fiable que les conditions contraires labsence de changement le sont au plus profond des mers. Les espèces montagnardes sont habituées aux chutes de pierres, aux avalanches, aux extrêmes dintensité lumineuse, de températures et dhumidité et même à lactivité volcanique. Avec le temps, elles finissent par sadapter, tirant parti de ladversité. Malheureusement, la vulnérabilité croissante des écosystèmes de montagne est la conséquence dun changement trop brusque et trop sévère pour permettre une telle adaptation. Ce changement est imposé directement et indirectement par les activités humaines.
Après des millénaires dadaptations humaines plus ou moins réussies aux conditions montagneuses, nous assistons aujourdhui à un changement dune rapidité sans précédent. Selon lOrganisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture, les forêts tropicales de montagne sont en train de disparaître plus vite que celles de tout autre biome, même les basses terres des forêts tropicales humides. La pollution aérienne provenant de centres urbains très éloignés provoque la mort de forêts des Montagnes Géantes dEurope centrale ou des Adirondack aux Etats-Unis. Lindustrie minière met au point des méthodes toujours plus efficaces denlèvement des cimes montagneuses et la culture lucrative et intense des stupéfiants remplace lagriculture traditionnelle et la foresterie dans les hautes terres, de lAsie centrale à lAmérique du Sud. Enfin, la plupart des grands conflits armés du monde se déroulent dans les régions montagneuses, avec des effets dévastateurs prévisibles.
Les impacts sur la diversité culturelle sont tout aussi profonds. Les recherches et la technologie conçues pour les basses terres ont été appliquées aux environnements montagnards, sans tenir compte des pratiques durables si patiemment mises au point par leurs communautés. Linfluence de la société pousse les montagnards au consumérisme et à une économie monétaire auxquels ils sont souvent mal préparés, érodant leurs valeurs culturelles et spirituelles en même temps que leurs ressources naturelles autrefois abondantes. Une menace encore plus insidieuse et plus dangereuse se profile à lhorizon. Limpact du réchauffement mondial sur les écosystèmes de montagne sera encore plus fort que sur les autres écosystèmes, déplaçant les zones de végétation, faisant fondre les glaciers et modifiant la pluviométrie. Tandis que les écosystèmes se déplacent en altitude, les habitats appropriés seront comprimés dans des espaces encore plus réduits. Les populations danimaux et de plantes se trouveront coincés et isolés. La concurrence accrue pour lespace et la nourriture peut provoquer un déclin des populations jusquen dessous du seuil de viabilité, la perte de la diversité génétique minant leur capacité à sadapter à de nouvelles conditions. La perte de la diversité biologique montagnarde et des modèles éprouvés dutilisation durable des ressources biologiques mis au point par les peuples montagnards nous affectera tous. Lhumanité est tributaire des ressources naturelles des montagnes de leurs forêts, champs et pâturages, et surtout de leau quelles apportent à nos rivières, à nos lacs et à nos nappes souterraines. Nous avons besoin des matériaux médicinaux dérivés de la flore montagnarde et de la diversité génétique despèces rares ou uniques, des pommes de terre des Andes au café des hautes terres éthiopiennes. Nous avons besoin des parents sauvages de nos cultures de masse des espèces primitives de maïs qui poussent sur la Sierra de Manantlán au Mexique aux espèces sauvages de blé et darbres fruitiers originaires du Caucase. LAnnée internationale de la montagne arrive à point nommé. Les ressources montagnardes font lobjet de pressions politiques et économiques extérieures croissantes le premier sacrifice étant souvent celui de la diversité biologique. La communauté environnementale, guidée par les partenaires de lOrdre du jour des montagnes, doit très rapidement prendre conscience des menaces qui pèsent sur les écosystèmes et cultures de montagne de la Terre avant que les pertes se fassent encore plus importantes. Nous invitons toutes les parties prenantes à profiter au maximum du vaste réseau de scientifiques de la nature et de sociologues qui composent la famille de lUnion mondiale pour la nature (UICN), et notamment de sa Division de coordination de la politique en matière de diversité biologique, de sa Commission de survie des espèces et de sa Commission mondiale des aires protégées (CMAP). Le programme sur le thème de la montagne de la CMAP ouvre la voie. Il uvre darrache-pied sous la houlette de Larry Hamilton pour renforcer la gestion des 500 zones de montagne protégées dont la diversité biologique est encore relativement intacte. Si nous voulons préserver le reste de notre patrimoine montagnard et assurer les moyens dexistence des milliards de personnes qui dépendent directement ou indirectement des ressources des montagnes, il faut faire appel à toute lexpertise que nous possédons en matière décosystèmes de montagne. Yolanda Kakabadse, ancienne ministre de lEnvironnement de lEquateur, est Présidente de lUICN lUnion mondiale pour la nature. |
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