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Conflits et COOPERATION |
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fait le bilan des progrès réalisés grâce au droit international en matière de résolution des conflits concernant les ressources en eau partagées. |
| Depuis longtemps déjà, les juristes internationaux jouent un rôle dans la résolution des conflits soulevés par le partage entre deux ou plusieurs Etats des fleuves, lacs et nappes souterraines. Forts de leurs compétences, ils élaborent des codes et principes applicables, rédigent des projets de traités et de codes, et font office de juge ou davocat dans les tribunaux internationaux. Certains commentateurs suggèrent que, à la lumière de lexpérience déjà acquise, il faut se demander si les principes de droit international élaborés actuellement sont efficaces en matière de protection de lenvironnement et dutilisation durable des cours deau internationaux, ou sils servent simplement à prolonger les conflits.
Les préoccupations liées à lenvironnement et au développement des cours deau internationaux sont relativement récentes au sein de la communauté internationale tout comme lest lintégration de ces aspects dans lobjectif assez flou du « développement durable ». Historiquement, lévolution du droit des cours deau, et les codes et traités émergeants, montrent que de nombreux Etats riverains acceptent un certain degré de surexploitation et de pollution, comme en témoigne leur souci détablir leur souveraineté sur ce quils considèrent comme « leurs » eaux. Ils sapproprient donc lusage des fleuves et des lacs quils bordent sans tenir compte des effets sur dautres riverains. Après la défaite de Napoléon en 1815, les Etats bordant le Rhin coopérèrent au Congrès de Vienne en créant une Commission du Rhin chargée dadministrer un régime de navigation libre. Ceci conduisit à la mise en place dune police fluviale, de limposition damendes et de tribunaux du Rhin chargés dappliquer la loi et de régler les différends. Les Etats danubiens adoptèrent la même approche en 1856. Ces premières dispositions ont fait place à des traités modernes, prenant en compte les concepts modernes de protection de lenvironnement et de développement durable.
Par la suite, le droit international sest surtout concentré sur lélaboration daccords concernant laccès et la répartition équitable des eaux transfrontières. Ceci a toujours présenté des problèmes. Malgré un but louable, les difficultés se sont trouvées exacerbées par la série de conférences des Nations Unies concernant et énonçant les principes de protection de lenvironnement humain et les problèmes de développement qui y sont liés. Il y eut tout dabord, en 1972, la Conférence de Stockholm sur lenvironnement humain et son Programme daction. Puis, en 1992, la Conférence de Rio sur lenvironnement et le développement et son Programme daction 21 abordèrent la nécessité de promouvoir la protection de lenvironnement et le développement dans le cadre du concept de « développement durable ». Enfin, en 2002, le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable (SMDD) insista davantage sur les objectifs de développement. Ces conférences se sont penchées sur de nombreuses questions, et elles ont élaboré des principes directeurs et des Programmes daction.
Il faudra, tôt ou tard, trouver les solutions permettant dobtenir une coopération internationale suffisante pour résoudre les problèmes transfrontières. On ne peut pas indéfiniment éviter davoir recours à des règles contraignantes. En 1997, la Convention des Nations Unies sur le droit relatif aux utilisations des cours deau internationaux à des fins autres que la navigation fut conclue. Son Article 5 établit les principes requis pour un bon usage une participation et une utilisation équitables et raisonnables. Ses principes sont forcément très généraux, mais ils fournissent la norme internationale qui servira détalon aux traités fluviaux passés et à venir.
La phrase laisse encore beaucoup de place à linterprétation, dans la mesure où lobligation est déjà affaiblie par la seule nécessité de « tenir compte » des intérêts dautres Etats, bien que conformément à un autre article, les Etats doivent uvrer ensemble pour déterminer la nature de cette « coopération ». Et même cette exigence se trouve limitée : ils « peuvent, sils le jugent nécessaire, envisager de créer des mécanismes ou commissions mixtes en vue de faciliter la coopération... compte tenu de lexpérience acquise à la faveur de la coopération... dans diverses régions. »
La curieuse solution trouvée dans le cadre de lAccord de coopération pour le développement durable du bassin fluvial du Mékong conclu entre le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam en 1995 fournit un rappel salutaire des difficultés à résoudre pour arbitrer les conflits liés à la gestion des cours deau partagés. Le problème fondamental de ce traité nest pas de savoir si les parties lappliqueront dans loptique du développement durable mais plutôt de savoir si elles respecteront pleinement les conditions de lAccord du Mékong. LArticle 29 témoigne bizarrement de leur volonté de coopérer, en ce quil propose de transférer le bureau permanent du Secrétariat du Mékong. Avant le traité, son siège avait été Bangkok pendant 40 ans. En 1998, les quatre parties conclurent un accord séparé concernant le siège, qui stipulait que celui-ci alternerait tous les cinq ans entre le Cambodge et le Laos. On peut se demander si cette rotation sera bénéfique au fonctionnement du Secrétariat. Il est probable quelle perturbera les projets permanents ; livres et documents devront être déménagés ; et les autorités dun Etat seront remplacées par celles de lautre Etat, avec en prime, un changement de langue officielle et probablement des perturbations administratives liées à la familiarisation du nouveau personnel avec les dossiers et pratiques de travail. Il est probable que cela retardera lachèvement de certains projets, dont la qualité souffrira sans doute de linexpérience du nouveau personnel. Le transfert au Cambodge a déjà présenté des difficultés pour les chercheurs universitaires. Par ailleurs, chaque rotation sera coûteuse et de nature à décourager les éventuels organismes de financement. Ce bref rappel de lhistorique de lélaboration dun droit international permettant de réglementer lusage des ressources en eau et de les adapter en fonction des objectifs de développement durable des Nations Unies montre que de grands progrès ont été accomplis depuis le 19e siècle mais quil reste encore beaucoup à faire. Dans de nombreux pays en développement, il est peu probable que se reproduise aujourdhui une approche aussi « dure » que laccord rhénan de 1815. La croissance de la population mondiale, son impact négatif sur la qualité de leau et sur la disponibilité des ressources en eau non polluée restent des problèmes à résoudre plus rapidement, espérons-le. Jusquà présent, le processus réglementaire sest caractérisé par les conflits mais aussi par la coopération. Patricia Birnie est coauteur de Birnie and Boyle, International Law and the Environment, Oxford University Press (2e édition). |
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