Les défis
énergétiques

 
Jim Adam

Pour la communauté mondiale, le plus grand défi consiste aujourd’hui à assurer l’accès à l’énergie commerciale aux 2 milliards de personnes qui en sont encore privés. Les femmes et les enfants des pays en développement consacrent souvent leur journée à ramasser du bois ou des déjections animales pour alimenter des feux de cuisson ou des fourneaux rudimentaires : ces pratiques nuisent à l’environnement et elles sont nocives pour la santé des familles.

Les chaudières très anciennes qui alimentent le chauffage central domestique dans la plupart des villes des pays d’Europe de l’Est et de l’ancienne Union soviétique constituent un autre défi. Elles sont inefficaces et polluantes, et l’absence de compteurs favorise l’inefficacité et le gaspillage.

Ces deux problèmes exigent un investissement d’envergure mondiale. En finançant des solutions énergétiques dans les pays concernés, on obtiendrait des améliorations de l’environnement local immédiates et considérables et l’efficacité énergétique augmenterait – ce qui réduirait dans le même temps les émissions de gaz à effet de serre. Malheureusement, les politiques énergétiques et environnementales ont tendance à concentrer les investissements directs dans les pays industriels alors qu’ils auraient un impact bien supérieur sur l’environnement – et la condition humaine en générale – dans les pays en développement et dans les économies en transition.

La politique énergétique doit changer de direction. Après avoir étudié les besoins, le Conseil mondial de l’énergie considère que nombre des recommandations qu’il a faites permettraient de favoriser l’investissement dans les pays qui en ont le plus besoin.

Le risque politique lié au financement d’importants projets énergétiques doit être envisagé par les pays cherchant à attirer les investissements extérieurs et par l’ensemble de la communauté mondiale. Il faut que les pays créent un climat favorable aux investissements, fondé sur le principe de l’Etat de droit et reconnaissant le droit à la propriété privée. La communauté mondiale peut contribuer à concevoir de nouveaux programmes d’assurance des risques politiques susceptibles de récompenser les pays capables de créer le genre de climat requis.

Il faut que les coûts de l’énergie soient fixés de façon à couvrir les frais et assurer le paiement. Trop nombreux sont les pays dans lesquels des subventions générales à l’énergie profitent davantage à ceux qui auraient les moyens de s’en passer et ne sont pas suffisantes pour les pauvres. Les subventions favorisent le gaspillage et l’inefficacité ; elles grèvent les budgets et utilisent des fonds qui pourraient être mieux déployés ailleurs ou servir à réduire les emprunts.

Il faut revoir les programmes énergétiques de manière à ce qu’ils ciblent précisément les pauvres et leur fournissent l’énergie nécessaire à leur subsistance, la majorité de la population assumant le coût global nécessaire pour assurer la viabilité de l’industrie énergétique.

La communauté mondiale devrait favoriser les partenariats de financement liés aux objectifs environnementaux – des systèmes d’échange des émissions qui permettraient aux pays et aux sociétés de transférer les investissements faits pour limiter la pollution et les mesures de réduction des gaz à effet de serre des économies industrielles à celles en développement et en transition, où l’on peut obtenir des résultats bien plus intéressants avec les mêmes fonds.

Enfin, les pauvres devraient avoir accès à une énergie abordable, ce qui faciliterait l’élimination des subventions. Là encore, il ne faut pas réduire l’aide apportée aux pauvres mais mieux la cibler


Jim Adam es Président du Conseil mondial de l’énergie.

Photo : Ong Hooi Giin/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Sécurité et durabilité | Le multilatéralisme au service du développement durable | Une réponse aux besoins croissants | Zéro litre aux 100 | Partage équitable des décisions | Pétrole et montée des eaux | Les défis énergétiques | En bref : l’énergie | Concours | Mettre les populations au courant | Rapport spécial sur la Chine : Réduire les émissions de carbone | Le vent du changement | Le pouvoir de choisir | L’aube d’une nouvelle énergie | Une vague d’espoir | Produire plus avec moins

 

Articles complémentaires:
Dans le numéro Climate and Action December 1998
Dans le numéro Climate change December 1997

l’Atlas of population and environment de l’AAAS:
Air pollution
Climate change