Petrole et
montee des eaux

 
Cheikh Hamdan Bin Zayed Al Nahyan
considère que les producteurs pétroliers du Moyen-Orient doivent aux générations futures de s’attaquer aux causes du réchauffement mondial.

Le compromis sur le changement climatique signé à Marrakech en novembre dernier était le bienvenu. Il faut espérer qu’il sera suivi de mesures rapides et tangibles permettant de lutter contre les causes du réchauffement mondial. A chaque fois qu’une conférence débouche sur une impasse, la réticence des participants à faire la moindre concession permet à la menace que constitue la hausse des températures de continuer à progresser.

Dans son introduction du rapport de 1987 de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Gro Harlem Brundtland écrivait : « Si nous ne réussissons pas à faire comprendre aux parents et aux dirigeants actuels combien il est urgent d’agir, nous risquons de miner le droit fondamental de nos enfants à jouir d’un environnement sain et propice à l’épanouissement.  »

Une région menacée
Au Moyen-Orient, nous devons nous montrer particulièrement attentifs à ces avertissements. Comme de nombreux pays de la région sont situés à basse altitude et qu’ils manquent d’eau, nous sommes menacés par la hausse du niveau des mers et par la désertification. En début d’année, le Groupe intergouvernemental d’experts pour l’étude du changement climatique a conclu que d’ici à la fin du siècle, les niveaux des mers risquaient d’augmenter dans des proportions pouvant aller jusqu’à 88 centimètres. Cette hausse provoquerait l’inondation des zones côtières des Emirats arabes unis (EAU), du delta du Nil très peuplé en Egypte et des régions inférieures du bassin fluvial du Tigre et de l’Euphrate en Iraq.

Bien qu’ayant la chance de posséder les richesses provenant de leurs réserves de pétrole et de gaz, les EAU restent un pays « en développement  ». Nous sommes conscients du fait qu’au moment où nous finançons notre ambitieux programme de développement, nous avons des responsabilités envers notre propre environnement et envers celui de la planète.

La production pétrolière s’est toujours accompagnée de menaces environnementales. Depuis quelques années, nous avons fait des progrès considérables pour atténuer ces dangers. Nous sommes notamment parvenus à réduire considérablement les torchages de nos champs pétroliers à terre et en mer. En 1995, quelque 7 millions de mètres cubes de gaz étaient brûlés quotidiennement à Abu Dhabi. Aujourd’hui, ce chiffre n’est plus que de 1,5 million – soit une réduction de 78 % en cinq ans à peine. Et notre objectif reste le niveau zéro.

Nous souhaitons également tirer parti du potentiel que représentent les sources d’énergie renouvelable comme l’énergie solaire. Les résultats des recherches visant à capter l’énergie solaire non polluante grâce à une nouvelle génération de panneaux solaires sont encourageants. Nous serons bientôt à même de construire des immeubles dotés de panneaux photovoltaïques capables d’assurer la majeure partie de leurs propres besoins énergétiques.

Les grands champs pétroliers sur terre et en mer des EAU sont désormais obligés d’effectuer des études de base et des évaluations des impacts, et de mettre en place des programmes de suivi permanent efficaces.

Tous les projets proposés par le secteur pétrolier d’Abu Dhabi, de même que ceux des divers services gouvernementaux, doivent être approuvés par notre Agence de recherche environnementale et de développement de la nature dont je suis le Président adjoint. Pour chaque projet, nous examinons les résultats des études de base et des évaluations d’impact environnemental, et nous tenons compte, le cas échéant, des questions archéologiques et paléontologiques.

Ainsi, un certain nombre de grands projets pétroliers ont été obligés de modifier leur conception technique afin de limiter les impacts sur l’environnement – en forant des puits groupés à partir d’un trou unique, par exemple, et en faisant davantage usage des méthodes de forage directionnel et horizontal. Nous sommes gagnants sur toute la ligne dans la mesure où le secteur pétrolier des EAU est désormais à la pointe de la technologie de forage.

Un environnement fragile
Depuis toujours notre peuple sait que sa survie dans notre fragile environnement désertique passe par la coexistance avec la nature et par le développement d’une utilisation durable des ressources dont nous disposons. Si cela n’avait pas été le cas, nos ancêtres seraient morts de faim. Nous reconnaissons qu’aujourd’hui, nous avons une obligation mondiale envers les générations futures et nous sommes bien décidés à jouer un rôle dans l’avènement du développement durable indispensable.



Le Cheikh Hamdan bin Zayed Al Nahyan est Ministre d’Etat chargé des affaires étrangères des Emirats arabes unis et Président adjoint de l’Agence de recherche environnementale et de développement de la nature d’Abu Dhabi (ERWDA).

Photo : Agustin Sagasti/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Sécurité et durabilité | Le multilatéralisme au service du développement durable | Une réponse aux besoins croissants | Zéro litre aux 100 | Partage équitable des décisions | Pétrole et montée des eaux | Les défis énergétiques | En bref : l’énergie | Concours | Mettre les populations au courant | Rapport spécial sur la Chine : Réduire les émissions de carbone | Le vent du changement | Le pouvoir de choisir | L’aube d’une nouvelle énergie | Une vague d’espoir | Produire plus avec moins

 

Articles complémentaires:
Dans le numéro Climate and Action December 1998
Dans le numéro Climate change December 1997
Gerhard Berz: Insuring against catastrophe (Disasters) January 2001
Pier Vellinga: Flip-flop to catastrophe (Disasters) January 2001

l’Atlas of population and environment de l’AAAS:
Energy
Climate change
Air pollution