EDITORIAL
Klaus Toepfer
Secrétaire général adjoint
des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE

Pour l’extraordinaire Sheila Watt- Cloutier, des termes aussi obscurs que polychlorobiphényls, heptachlore et toxaphène ne figurent pas uniquement dans les pages d’un dictionnaire scientifique. Ce sont des démons modernes qui menacent non seulement la santé mais aussi le fondement de la société arctique et des populations que Mme Watt-Cloutier représente.

Fabriqués et utilisés à des centaines, voire à des milliers de kilomètres, ils se déversent dans l’Arctique, apportés par les vents, tombant du ciel et contaminant la chaîne alimentaire en s’accumulant dans les tissus adipeux des animaux dont se nourrissent les populations polaires.

Santé et survie
Mme Watt-Cloutier, vice-présidente de la Conférence circumpolaire inuit, m'a souvent rappelé que « A cause du régime alimentaire traditionnel de leur pays, les enfants absorbent nombre de ces polluants organiques persistants (POP) par l’intermédiaire du placenta et du lait maternel. c’est à la fois un problème de santé publique et de survie de notre culture. Si nous ne pouvons plus manger nos aliments traditionnels, il est inévitable que notre mode de vie disparaisse ».

Ces produits chimiques persistants menacent également la faune. Les études effectuées dans le Svalbard par l’Institut polaire norvégien, par exemple, ont mis en évidence un nombre significatif d’oursons polaires dont le sexe a été modifié – un phénomène attribué à ce groupe de produits chimiques.

Heureusement, le monde a entendu les avertissements de militants comme Mme Watt-Cloutier et il a été impressionné par l’éloquence de celle-ci. l’élaboration et la signature de la Convention de Stockholm sur les POP, qui concerne déjà 12 de ces produits, sont une victoire tant pour les personnes comme elle que pour le PNUE.

Un pas en avant
Pour que la Convention entre en vigueur, il faut que 50 pays la ratifient. j’en appelle aux gouvernements pour qu’ils prennent cette décision si importante pour les peuples et la faune de l’Arctique et de l’ensemble du monde.

Nous savons que de nombreuses substances produites par les industries pharmaceutiques, pétrochimiques et connexes ont amélioré notre qualité de vie et qu’elles ont une place justifiée dans le monde moderne, en agriculture comme en médecine. Le PNUE n’est pas contre les produits chimiques.

Mais il nous faut être sages, pondérés et prudents. Il nous faut bien peser les avantages socio-économiques des divers produits chimiques et les risques qu’ils posent à la santé et à l’environnement – et réaliser que certaines alternatives proposées ont peut-être aussi des conséquences.

L’avenir de l’agriculture fait l’objet d’un débat animé et permanent. Certains préconisent la transition à une production biologique libre de produits chimiques. d’autres sociétés et scientifiques sont convaincus que les cultures modifiées génétiquement pourraient fortement réduire les quantités de pesticides et herbicides utilisées.

Là encore, nous devons user de prudence et accorder la même importance aux besoins des pays en développement qu’à ceux du monde développé.

En association avec le Fonds pour l’environnement mondial, le PNUE a lancé un programme de 38 millions de dollars, baptisé le Projet mondial de biosécurité. Il permettra de renforcer les capacités de jusqu’à 100 nations en développement et les aidera à se doter des compétences juridiques et scientifiques nécessaires pour évaluer les cultures génétiquement modifiées et pour décider si celles-ci sont utiles ou non à leur pays.

Les normes de santé et de sécurité concernant les produits chimiques dans les régions plus riches du globe doivent également devenir monnaie courante dans les pays plus pauvres. Nous sommes ravis de travailler avec des partenaires comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture sur une nouvelle initiative. Un de ses objectifs est de réduire les stocks de produits chimiques interdits, réglementés et obsolètes, dont beaucoup sont conservés dans des fûts percés et dangereux et représentent de véritables risques pour la santé des populations locales et des ressources en eau de continents comme l’Afrique.

Le plomb de l’essence est un autre exemple du système à deux vitesses en vigueur dans le monde. Dans la quasi totalité des pays développés, le plomb a été éliminé suite aux études ayant mis en évidence son impact sur l’intellect des enfants. Il reste cependant omniprésent dans de nombreux pays en développement.

Initiatives nouvelles
Je me félicite que notre Conseil d’administration, réuni à Nairobi au Kenya en février dernier, ait convenu que le PNUE devrait prendre la tête de nouvelles initiatives visant à éliminer le plomb dans l’essence ainsi qu’à évaluer les impacts mondiaux du mercure sur la santé et sur l’environnement. Nous espérons passer en revue les progrès accomplis dans ces domaines et dans d’autres liés aux produits chimiques, lors de notre Forum ministériel mondial sur l’environnement, qui aura lieu à Cartagena, en Colombie


Photo : B. Wahihia/PNUE


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Portes ouvertes | Progrès et possibilités | Passer la vitesse supérieure | Réaliser une vision | La sonnette d’alarme | La sécurité dans un monde de plus en plus petit | 2001 Le Prix Sasakawa pour l’environnement du PNUE | Concours | Bonne intendance mondiale | Les perturbateurs des messages vitaux | Omnipresents et dangereux | Une stratégie pour l’avenir | Vaincre les POP | La première ligne de défense | Redistribuer les responsabilités

Articles complémentaires:
Dans le numéro Chemicals 1997
AAAS Atlas of Population and Environment:
Population, waste and chemicals