EDITORIAL
Klaus Toepfer
Secrétaire général adjoint
des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE

On peut être tenté de faire preuve de cynisme envers la machine politique mondiale et la manière dont elle semble s’écouter parler – sans prêter l’oreille aux besoins des peuples, de la planète et de ceux qui, vivant dans le dénuement le plus complet, ont besoin de prospérité.

Je vois pourtant pointer un rayon d’espoir, qui traduit une tendance que de nombreux dirigeants du Nord et du Sud semblent prêts à favoriser.

L’année dernière à Doha, au Qatar, il fut convenu que les questions environnementales seraient discutées lors des prochaines négociations de l’Organisation mondiale du commerce. Il reste bien sûr des difficultés et des divergences d’opinion, mais c’est un nouveau départ, un pas vers un monde plus équilibré, axé sur la croissance et la prospérité et sur le respect de la planète et de tous les peuples qu’elle abrite.

Il y a quelques mois, à Monterrey, au Mexique, les nations ont convenu d’une hausse considérable de l’aide au développement, renversant la tendance à la baisse qui avait porté l’aide à 0,22 % de la richesse nationale des pays riches. Ce renversement de tendance n’est pas suffisant, mais c’est un changement positif.

J’en veux également pour preuve le Plan d’action pour l’Afrique, qui vient d’avoir l’aval du Sommet du G8, et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Les pays africains ont accepté de mettre de l’ordre dans leurs affaires de façon à ce que nations riches et nations pauvres puissent œuvrer ensemble en toute confiance pour panser les terribles plaies socio-économiques et environnementales du continent et libérer son potentiel pour surmonter la pauvreté.

Avec ses partenaires et amis des Nations Unies, le PNUE s’emploiera inlassablement à assurer la réussite du Sommet mondial sur le développement durable – à en faire un sommet d’actions susceptibles de concrétiser les promesses de Rio.

Nous avons dressé une liste d’actions souhaitables et réalisables dans des domaines aussi divers que la pollution marine, la participation de la société civile et la sensibilisation publique.

Nous allons faire pression sur les pays riches pour qu’ils transforment les promesses faites à Doha, à Monterrey, au Canada et ailleurs en financements permettant de réaliser ces actions. Nous les inciterons aussi à changer leurs modes de consommation et de production non durables.

Nous voulons que le Fonds pour l’environnement mondial, qui a tant fait pour la conservation et pour l’avancement du développement durable, soit correctement réapprovisionné cette année.

Avec le concours de l’UNESCO, nous nous efforcerons que soit mise à l’ordre du jour international la question de la diversité culturelle – en rapport avec la diversité biologique à laquelle elle est étroitement liée.

En l’absence de diversité culturelle, en l’absence d’ancre dans notre passé, nous serions confrontés à un avenir plus pauvre, en termes psychologiques, spirituels, économiques et humains. Nous risquerions de perdre de notre résistance, la capacité naturelle de notre espèce à survivre et à s’adapter face au changement. C’est pour cette raison qu’il nous faut développer une mondialisation à visage humain similaire à celle préconisée par Kofi Annan, le Secrétaire général.

Sans diversité, nous serions comme une forêt plantée d’une seule essence et fortement vulnérable aux ravageurs, aux vents et autres changements extrêmes.

Les conséquences d’un échec de Johannesburg sont impensables. Si nous ne trouvons pas de nouvelle voie pour la planète Terre, nous risquons un nouveau rideau de fer, divisant non pas l’Est et l’Ouest, mais les riches et les pauvres – avec toutes les ramifications que cela comporte en termes d’instabilité socio-économique, de tensions accrues, de jalousies et de haines entre pays et au sein des pays.

Nous venons à peine d’entrer dans un nouveau siècle. Malgré toutes les complexités et les difficultés des choix à faire, je reste optimiste quant à l’avenir des océans, des fleuves, des forêts, de l’atmosphère, de la faune et des êtres humains du monde.

La déclaration de Malmö de l’an 2000 résume parfaitement la situation :
« A l’aube de ce nouveau siècle, nous avons à notre disposition les ressources humaines et matérielles permettant de réaliser un développement durable, non pas en tant que concept abstrait mais en tant que réalité concrète. Les avancées sans précédent des technologies en matière de production et d’information, l’apparition d’une jeune génération ayant un sentiment clair de l’optimisme, de la solidarité et des valeurs, de femmes toujours plus sensibilisées et jouant un rôle actif dans la société – tous ces éléments montrent l’apparition d’une nouvelle prise de conscience. d’ici 2015, nous pouvons faire reculer la pauvreté de moitié sans dégrader l’environnement, nous pouvons assurer la sécurité environnementale grâce à une alerte rapide, nous pouvons mieux intégrer les politiques économiques, nous pouvons mieux coordonner les instruments juridiques et nous pouvons aussi avoir une vision d’un monde sans taudis. Nous nous engageons à faire en sorte que cette vision commune devienne réalité. »


PHOTOGRAPH: B. Wahihia/UNEP


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | l’espoir a l’ordre du jour | Changeons de paradigme | Une seule Terre | Au delà des crochets | African renaissance| Une occasion à ne pas manquer | En bref: GEO-3 | Une opinion qui compte | Pour une nouvelle dynamique | Mesure de la non-durabilité | Empruntons la voie de l’énergie durable | Former pour transformer | Les grandes entreprises doivent rendre des comptes | Les entreprises au rapport | Lettre aux délégués | Il nous faut un rêve | Les deux faces d’une même pièce : avant et après Johannesburg


 

Articles complémentaires:
Malmö Ministerial Declaration (The Environment Millennium) 2001
Klaus Toepfer: Perspectives pour le Sommet: A l’approche de Johannesburg (La montagne et L’écotourisme) 2002
Mohammed Valli Moosa: Realiser une vision (Les substances chimiques) 2002
Juan Mayr Maldonado: Portes ouvertes (Les substances chimiques) 2000

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