Les deux faces d’une même pièce :
avant et après Johannesburg

 
Jaime Matas Palau

Il est rare qu’on puisse dire d’un événement historique qu’il constitue une charnière. Ce sera le cas du Sommet de Johannesburg. De son succès, en effet, dépendra l’avenir du processus international en faveur du développement durable, engagé voici dix ans à Rio, qui recevra en cette occasion une impulsion déterminante ou sera condamné à la léthargie. En tant que dirigeants internationaux, il nous incombe d’assurer ce succès. L’Union européenne est fermement décidée à y parvenir et elle est prête à jouer un rôle essentiel dans le cadre des efforts consentis à l’échelle mondiale en faveur d’un développement équilibré et durable à tous les niveaux, pour assurer un meilleur avenir à tous les peuples – un idéal que nous devrions tous reprendre à notre compte, au Nord comme au Sud, sur la base de responsabilités communes mais différenciées.

Au Sommet de Rio, la communauté internationale s’est engagée à adopter un nouveau modèle de développement qui combinerait harmonieusement des objectifs économiques, sociaux et environnementaux, de manière à assurer notre propre bien-être et celui des générations futures. Rio a jeté les bases de ce nouveau modèle et des promesses très ambitieuses ont été faites en cette occasion. Bien que de nombreuses initiatives concrètes aient été mises en oeuvre depuis, les progrès ont été lents. Et les pressions exercées sur l’environnement et les ressources naturelles n’ont cessé de s’aggraver ; en termes absolus, la pauvreté a augmenté ; nous ne sommes pas parvenus à renoncer à des modes de production et de consommation non viables, qui font que la croissance économique entraîne une dégradation de l’environnement ; nous n’avons pas non plus cherché à faire de la mondialisation un atout pour le développement durable.

La résolution de ces problèmes constitue une priorité pour l’Union européenne, qui se rendra à Johannesburg avec un plan d’action très clair en faveur du changement. En premier lieu, il est essentiel que nous reconnaissions les liens entre la pauvreté extrême et la dégradation environnementale, ainsi que l’incidence négative de modes de production et de consommation non viables sur la pauvreté et sur l’environnement. Nous sommes bien conscients du fait que pour régler des problèmes d’ordre mondial, il sera nécessaire que la communauté internationale – c’est-à-dire le Nord et le Sud –, les gouvernements, la société civile, ainsi que les entreprises et les organisations internationales prennent des mesures de portée mondiale. Selon l’UE, Johannesburg doit aboutir à un accord global qui reflète la participation de tous les acteurs du développement, incorpore leurs points de vue et leur apport respectifs, faute de quoi il ne sera pas possible de le mettre en oeuvre. Nous ne pourrons faire du développement durable une réalité que si nous relevons les défis politiques inhérents aux changements radicaux requis pour l’application de ce nouveau modèle.

Johannesburg est un événement historique et nous devons tous prendre conscience de ce que nous essayons d’accomplir et de ce que l’on attend de nous. L’heure n’est plus à la renégociation des engagements pris à Rio, mais à l’adoption de mesures propres à combler l’écart entre la rhétorique et les faits, avec l’aide d’instruments adaptés, afin que ces engagements se traduisent par des résultats tangibles. L’UE envisage Johannesburg comme l’occasion unique pour la communauté internationale de réaffirmer et de renforcer son adhésion à la Déclaration de Rio, au programme Action 21 et aux Objectifs de développement de l’ONU pour le Millénaire, ainsi qu’aux engagements pris lors des diverses conférences internationales de l’ONU depuis 1992. Une fois que nous aurons clairement déterminé qu’il s’agit là de notre base de départ, nous devrons nous concentrer sur l’action et sur la mise en place d’un nombre restreint d’initiatives, qui soient bien délimitées. Le défi consistera pour nous à négocier et à adopter un plan d’action doté d’objectifs ambitieux, qu’il soit possible de mettre en oeuvre au moyen d’une collaboration efficace entre nous tous. A cette fin, nous devrons définir des mécanismes clairs et concrets, ainsi qu’un calendrier détaillé. Les cinq domaines prioritaires définis par le Secrétaire général de l’ONU doivent à cet égard nous servir de guides.

Selon l’UE, le Sommet mondial sur le développement durable fait partie intégrante du processus qui vise à l’adoption d’un accord global qui reprenne les termes du Programme pour le développement de Doha et s’appuie sur les conclusions de la Conférence internationale sur le financement du développement de Monterrey et du « Sommet mondial de l’alimentation : cinq ans après ». Johannesburg est une occasion exceptionnelle de nouer ce partenariat mondial, qui nous permettrait d’oeuvrer pour la paix, la prospérité et la sécurité pour tous, sur la base d’une bonne gouvernance. Une telle gouvernance est une condition sine qua non du développement durable et doit reposer sur les piliers politiques de la démocratie : la primauté du droit; la défense des droits de l’homme; l’égalité entre les sexes; la lutte contre la corruption et le terrorisme; le respect et la promotion de la diversité culturelle et du dialogue entre les cultures. Il est essentiel pour l’UE que les résultats obtenus à Johannesburg soient cohérents. Sa déclaration de politique, son plan d’action et les accords qui y seront volontairement souscrits devront se renforcer mutuellement et contenir des engagements fermes et équilibrés au nom des trois dimensions du développement durable. Tous les pays devront se reconnaître en eux, comme l’ensemble des institutions internationales, de la société civile et du secteur des entreprises.

Bien que nous ayons effectué des progrès notables à Bali en ce qui concerne la négociation du plan d’action et qu’un consensus général se soit dessiné à propos des problèmes à régler, il n’a pas été possible de parvenir à un accord sur certaines questions essentielles. Il est indispensable que nous surmontions nos divergences de vues quant à la nature des engagements que la communauté internationale se doit de prendre. C’est à cette condition que le Sommet sera un succès. Comme l’a dit le Secrétaire général de l’ONU, Johannesburg est une deuxième chance pour notre Terre, une deuxième chance de concrétiser les promesses faites et les engagements pris à Rio. Nous devons avoir conscience de nos responsabilités, car nous ne pouvons nous permettre de ne pas saisir cette chance 


Jaime Matas Palau est le Ministre de l’environnement de l’Espagne.

Photo : Nauyen Hung/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | l’espoir a l’ordre du jour | Changeons de paradigme | Une seule Terre | Au delà des crochets | African renaissance| Une occasion à ne pas manquer | En bref: GEO-3 | Une opinion qui compte | Pour une nouvelle dynamique | Mesure de la non-durabilité | Empruntons la voie de l’énergie durable | Former pour transformer | Les grandes entreprises doivent rendre des comptes | Les entreprises au rapport | Lettre aux délégués | Il nous faut un rêve | Les deux faces d’une même pièce : avant et après Johannesburg


Articles complémentaires:
Dans le numéro Production and Consumption, 1996
Dans le numéro La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Dans le numéro Beyond 2000, 2000

AAAS Atlas of Population and Environment:
Population and consumption trends