Renouvellement des
engagements

 
Paula J. Dobriansky présente la stratégie internationale mise en œuvre pour répondre aux besoins en eau du monde et les initiatives prises par les Etats-Unis dans ce domaine it

Laissez-moi vous décrire une situation trop courante dans le monde en développement. Dans une ruelle de banlieue d’une grande ville, se trouve une fosse à ciel ouvert. Le fond de la fosse laisse apparaître une petite canalisation d’eau, dont la pression est si faible qu’elle est incapable d’alimenter le proche robinet de surface. Les habitants du quartier descendent dans la fosse pour remplir leur seau à partir de l’eau qui goutte régulièrement de la conduite percée. Pour arriver à recueillir suffisamment d’eau pour toute la famille, il faut une patience infinie et rien ne garantit que l’eau soit salubre. Pour nombre de pauvres des zones périurbaines, ce genre d’approvisionnement clandestin est souvent la seule manière d’accéder à l’eau. Associés au manque d’assainissement, les réseaux insalubres d’adduction d’eau favorisent la diffusion de maladies d’origine hydrique dévastatrices et représentent un danger quotidien pour la santé des populations. C’est tout simplement inacceptable.

Une gestion efficace des ressources en eau est essentielle pour la croissance économique et la santé humaine. Les populations sont tributaires de l’eau, pour se désaltérer, pour cultiver des aliments, pour produire de l’énergie, pour se déplacer et pour protéger les écosystèmes. La mauvaise gestion des ressources en eau peut exacerber les effets des inondations et des sécheresses et aggraver les maladies. Et dans les cas où l’eau est partagée entre de nombreux utilisateurs, l’augmentation des tensions peut provoquer des conflits.

La communauté internationale a pris d’importantes mesures pour répondre aux besoins en eau du monde, en concentrant notamment son attention sur plus de 1,1 milliard de personnes qui n’ont pas accès à l’eau salubre et 2,4 milliards qui ne disposent pas d’assainissement approprié. Des travaux ont été entrepris pour élaborer une stratégie de réponse à ces défis et à d’autres défis mondiaux liés à l’eau. Lors du 2e Forum mondial de l’eau de La Haye et de la Conférence internationale sur l’eau douce de Bonn, un consensus fut atteint concernant l’importance de plusieurs thèmes liés à la gestion de l’eau. Je voudrais souligner cinq conclusions principales :

1. Au niveau des stratégies de développement et de réduction de la pauvreté, il faut que les gouvernements s’attachent avant tout à répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations en matière d’eau et d’assainissement.

2. Il faut que les gouvernements œuvrent ensemble pour gérer les ressources en eau communes.

3. Il faut gérer l’eau de manière intégrée, en optimisant son utilisation parmi les demandes concurrentes, tout en protégeant les écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins.

4. l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène sont inextricablement liés, et des mesures doivent être prises dans chacun de ces domaines pour limiter la menace posée par les maladies d’origine hydrique.

5. Il faudra que la communauté mondiale mobilise toutes les sources de financement, y compris le capital intérieur, pour répondre aux besoins en matière d’infrastructures liées à l’eau.


Les dirigeants mondiaux, réunis à Monterrey en 2002, ont fait un pas important en reconnaissant le rôle partagé qu’ont les pays développés et en développement face à ces problèmes. Pour les pays bailleurs de fonds, cela impliquait de renouveler l’engagement à fournir le genre d’aide au développement requise pour ouvrir des marchés. Pour les pays en développement, il fallait de nouveaux engagements vis-à- vis d’une bonne gestion, un investissement dans leurs propres populations et la création des conditions intérieures indispensables pour permettre une utilisation efficace de l’aide des bailleurs de fonds et l’emploi de toutes les ressources, notamment celles du secteur privé.

Lors du Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, les pays convinrent d’un cadre pour le développement durable qui repose sur les principes de Monterrey. Il mettait l’accent sur l’application d’une stratégie de l’eau fondée sur les travaux réalisés à La Haye et à Bonn. Les résultats du Sommet étaient ancrés dans l’idée que la durabilité exige que les gouvernements prennent la responsabilité de leur propre développement. Les partenariats entre parties prenantes furent identifiés comme étant les principaux instruments de réalisation de ce nouvel ordre du jour. Les initiatives mondiales peuvent désormais s’appuyer sur les objectifs d’accès à l’eau et à l’assainissement qui naquirent du Sommet. Le Plan d’application de Johannesburg réaffirma l’objectif de la Déclaration du millénaire consistant à « diminuer de moitié d’ici à 2015 la proportion de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable ou les moyens de l’acheter » et ajouta un objectif complémentaire pour améliorer l’accès à l’assainissement. Les résultats du Sommet aidèrent le monde à aller au-delà d’une simple définition du problème de l’eau pour se concentrer sur les solutions potentielles.

A Johannesburg, les Etats-Unis annoncèrent plusieurs partenariats et initiatives liés à l’eau. Notre programme « De l’eau pour les pauvres » comporte diverses activités organisées sur trois ans. Doté de 970 millions de dollars, il concerne trois domaines principaux : l’eau potable et l’assainissement, la gestion des bassins versants et l’optimisation de l’utilisation de l’eau. En travaillant en partenariat avec des organisations non gouvernementales et le secteur privé, nous visons à améliorer la gestion durable des ressources en eau douce dans les pays en développement et à mettre en œuvre le Plan d’application de Johannesburg. Lors du Sommet mondial sur le développement durable, les Etats- Unis lancèrent également le partenariat « De l’eau blanche à l’eau bleue », qui préconise d’intégrer la gestion des bassins versants et écosystèmes marins au bénéfice du développement durable. Notre partenariat inclut les nations des Caraïbes au sens large. Ensemble, nous sommes en train d’élaborer de nouvelles approches dans des domaines comme les eaux usées et l’assainissement, les pratiques agricoles durables, le tourisme et le transport maritime.

Lors du Sommet, le secrétaire d’Etat américain Powell et le ministre japonais des Affaires étrangères Kawaguchi annoncèrent l’initiative « De l’eau propre pour les populations ». Dans le cadre de cette initiative, les Etats-Unis et le Japon lanceront un certain nombre de projets communs destinés à favoriser l’accès à l’eau salubre dans le monde en développement. Depuis cette déclaration en septembre 2002, les Etats-Unis et le Japon ont participé ensemble à des visites de projets dans des sites clefs et échangé leurs idées par l’intermédiaire de représentants techniques. Durant le 3e Forum mondial de l’eau à Kyoto, Osaka, et Shiga au Japon, nous avons, en compagnie d’autres pays, fait état des progrès réalisés dans le cadre de nos initiatives issues du Sommet mondial sur le développement durable, les experts échangeant leurs idées sur de nouveaux domaines d’action.

Récemment, nous avons énormément réfléchi à la possibilité d’optimiser nos initiatives issues du Sommet en redoublant d’efforts et en créant de nouveaux partenariats. Il sera absolument crucial d’améliorer l’accès à l’eau dans le monde en développement – notamment en forant des puits, en organisant la collecte de l’eau de pluie et en améliorant les réseaux existants de distribution d’eau. Il sera tout aussi essentiel d’assurer la qualité de l’eau fournie actuellement et à l’avenir. Enfin, au fur et à mesure que la demande d’infrastructures augmentera, il faudra trouver les ressources financières. Il est crucial de veiller à la durabilité des solutions adoptées. Il faut que les nations en développement et leurs partenaires identifient des mécanismes qui, une fois enclenchés, fonctionneront et se développeront de manière autonome, en fournissant les ressources et services nécessaires.

Pour répondre au besoin crucial de financement, les Etats-Unis ont appliqué avec succès leur programme de crédit au développement du DCA (Development Credit Authority) dans plusieurs pays. Le DCA est un organisme américain de financement du développement international qui mobilise les capitaux locaux pour financer des initiatives de développement durable. En utilisant une approche de partage des risques avec des partenaires non souverains, le DCA incite les institutions financières à prêter des fonds à des projets viables qui ne seraient pas forcément financés sur certains marchés mal desservis à travers le monde.

Les Etats-Unis ont également élaboré et utilisé avec succès le Fonds d’Etat renouvelable, un mécanisme financier qui pourrait se révéler extrêmement utile dans le monde en développement. Ce fonds constitue une manière efficace de mobiliser les capitaux intérieurs au profit du développement des infrastructures, en faisant appel à toute une variété de mécanismes comme l’endettement réparti, les prêts directs, le rehaussement du crédit et le partage des risques avec les sociétés locales de crédit. Un fonds renouvelable constitue un support durable et à long terme pour les investissements dans les infrastructures. Lorsqu’il fonctionne correctement, ce fonds peut durer indéfiniment – et offrir des opportunités permanentes aux investisseurs et un soutien aux emprunteurs, tout en développant les marchés locaux des capitaux.

Il apparaît également que les interventions au niveau des ménages sont un moyen efficace d’assurer les besoins fondamentaux en eau. Il existe plusieurs produits rentables pour désinfecter l’eau après que celle-ci a été recueillie pour la consommation familiale. Il peut s’agir de solutions diluées à base de chlore et d’autres désinfectants, ou de filtres qui peuvent être fabriqués localement. Lorsque l’on crée une demande pour des produits disponibles et efficaces, et que l’on associe cette demande à des programmes d’éducation et d’hygiène, les expériences sur le terrain montrent qu’il est possible d’obtenir en peu de temps une réduction d’au moins 50 % des maladies d’origine hydrique chez les populations ciblées. Une fois la demande pour ces produits bien établie, le marché se développe et devient autonome. En Zambie et à Madagascar, les 600 000 dollars fournis par les bailleurs de fonds ont favorisé la création d’un marché des produits désinfectants qui touche plus de 2 millions de personnes. Bien qu’il s’agisse d’une solution à court terme, elle jette les bases d’une infrastructure rémunérée à l’acte. Les communautés découvrent les bienfaits de l’eau propre et des vies sont sauvées.

Ce ne sont que quelques-unes des idées et actions sur le terrain permettant de relever le défi mondial de l’eau que les Etats-Unis sont en train d’étudier et de mettre en œuvre avec leurs partenaires. Nous nous employons activement à aider les millions de personnes qui souffrent de maladies d’origine hydrique et les centaines de millions pour qui la collecte de l’eau est une lutte quotidienne. Aucun être humain ne devrait être obligé de descendre dans un trou boueux ou de faire 6 kilomètres à pied pour aller chercher l’eau indispensable à sa survie, et personne ne devrait mourir suite à l’absorption d’eau insalubre. A l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, les Américains se joignent à la communauté mondiale et renouvellent leur engagement à concrétiser ce souhait


Dr. Paula J. Dobriansky est la Sous-secrétaire d’Etat aux Affaires mondiales, Etats-Unis d’Amérique.

Photo : Tom Stoddart/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Message pour la Journée mondiale de l’environnement | L’eau, c’est la vie | Le siècle de l’eau | Retour aux sources | Renouvellement des engagements | Villes sans eau | Limiter la pollution | Personnalités de premier plan | En bref | Un nouvel ordre du jour | Et pas une goutte à boire | Des ponts sur l’eau | Publications et produits | Parcours d’obstacles | La dérive de la diversité biologique | Halte au gaspillage | L’eau : la priorité des pauvres | Puissance atomique

 
Articles complémentaires:
Dans le numéro Water, 1996
Dans le numéro Freshwater, 1998


AAAS Atlas of Population and Environment:
Freshwater
Freshwater wetlands
Mangroves and estuaries