EDITORIAL
Klaus Toepfer
Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE

Il peut paraître curieux de chanter les louanges d’un minuscule morceau de caoutchouc, de la taille d’une pièce de monnaie et qu’on trouve dans les robinets des salles de bains et cuisines du monde entier. Pourtant, l’humble joint de caoutchouc fait partie des dispositifs de basse technologie qui jouent un grand rôle dans la réduction du gaspillage de l’eau, la ressource naturelle la plus fondamentale dont toute vie dépend.

Un robinet qui fuit, qui goutte chaque seconde, peut paraître bien anodin, mais il gaspille plus de 4 litres d’eau par jour. Sur un mois, une fuite conséquente peut vous faire gaspiller jusqu’à 10 500 litres d’eau.

Changer un joint de robinet fait partie des nombreuses mesures que nous pouvons prendre pour conserver l’eau pour le bien des populations et des espèces sauvages. Quelques mesures simples et bien pensées dans nos foyers, communautés, lieux de travail, industries et villes pourraient faire une différence considérable.

Le Centre international de technologie environnementale du PNUE, à Osaka au Japon, est en train d’élaborer une base de données de conseils, technologies et politiques permettant d’économiser l’eau, provenant du monde développé et en développement, et notamment des petits Etats insulaires.

Les chasses d’eau à double débit – 5 ou 10 litres selon la capacité requise – peuvent permettre d’économiser jusqu’à 15 litres d’eau par jour. Elles sont peut-être réservées aux pays les plus développés, mais on peut à moindre frais économiser environ 4 litres d’eau en plaçant tout simplement une brique, une bouteille de lait remplie de galets ou tout autre « dispositif économisateur » dans la citerne d’un modèle de chasse classique.

Dans un pays comme les Etats-Unis, les douches représentent quelque 20 % des quantités d’eau utilisées à l’intérieur des logements. On a calculé que l’installation d’une pomme de douche à faible débit permettait à une famille de quatre personnes d’économiser 80 000 litres d’eau par an.

D’une pierre deux coups
Lorsqu’on lave sa voiture au tuyau, il suffit de fermer le robinet entre deux rinçages pour économiser jusqu’à 600 litres d’eau, et si on effectue le lavage sur la pelouse plutôt que dans l’allée, on fait d’une pierre deux coups en arrosant en même temps.

Certaines îles du Pacifique et des Caraïbes – comme Kiribati, Nauru, Sainte-Lucie et les Bahamas – possèdent des systèmes d’adduction d’eau double : l’eau potable est amenée par un tuyau tandis qu’un autre approvisionne les toilettes en eau salée.

Dans le monde développé comme dans celui en développement, on ne recueille pas suffisamment les eaux de pluie dont le potentiel est pourtant considérable. Le stade de sumo Ryogoku Kokugikan de la ville de Sumida au Japon utilise les eaux de pluie qui s’écoulent de son toit de 8 400 mètres carrés pour alimenter les chasses d’eau des toilettes et la climatisation.

En Chine, 17 provinces ont installé entre 5 et 6 millions de citernes de recueil des eaux de pluie, qui permettent d’approvisionner quelque 15 millions de personnes en eau potable et de fournir un complément d’irrigation à plus d’un million d’hectares de terres agricoles. Et dans certains foyers du Nigéria, des arbres feuillus recueillent l’eau de pluie qui s’écoule alors dans un pot par le biais d’une gouttière en bambou.

Il faut que l’agriculture fasse de réels efforts de conservation. Elle utilise actuellement jusqu’à 70 % des quantités d’eau douce et en gaspille une bonne partie. Les technologies d’arrosage au goutte-à-goutte utilisant des tuyaux souterrains sont simples et peu coûteuses, et elles permettent de réduire considérablement les pertes résultant notamment de l’évaporation. Les chercheurs indiens font état d’économies d’eau de l’ordre de 60 %.

La base de données cite également le cas d’études effectuées dans certains pays (y compris des pays en développement) qui, ayant mis en place un système de compteurs et de détection des fuites, ont réussi à réduire les immenses pertes imputables aux réseaux d’adduction d’eau. Suite à l’introduction de compteurs, la consommation d’eau diminua de 43 % à Honiara, dans les îles Salomon. A Malte, les pertes imputables aux tuyaux passèrent de 55 à 25 % grâce à la mise en place d’un programme de détection.

Au Chili, la législation encouragea la mise en place d’un marché de l’eau fondé sur des droits transférables et négociables. Depuis, en cas de sécheresse, les cultivateurs délaissent les cultures gourmandes en eau comme le maïs et les oléagineux au profit de cultures plus rentables et nécessitant moins d’eau comme les fruits et légumes.

Nombre de ces moyens pratiques ne sont possibles que si l’on donne à l’eau une valeur. Cette valeur peut être économique mais elle peut aussi être culturelle. Depuis la nuit des temps – et souvent dans le cadre des enseignements des grandes religions et croyances du monde – l’eau est vénérée et considérée comme la source de toute vie.

Cette année, le slogan de la Journée mondiale de l’environnement est « l’eau : Deux milliards de personnes en meurent d’envie ! » Il appartient aux 4 milliards d’humains qui ont la chance de ne pas connaître ce problème de réitérer le respect qu’ils portent à l’eau en accordant à chaque goutte la valeur qu’elle mérite



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Photo : UNEP


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Message pour la Journée mondiale de l’environnement | L’eau, c’est la vie | Le siècle de l’eau | Retour aux sources | Renouvellement des engagements | Villes sans eau | Limiter la pollution | Personnalités de premier plan | En bref | Un nouvel ordre du jour | Et pas une goutte à boire | Des ponts sur l’eau | Publications et produits | Parcours d’obstacles | La dérive de la diversité biologique | Halte au gaspillage | L’eau : la priorité des pauvres | Puissance atomique

 

Articles complémentaires:
Dans le numéro Water, 1996
Dans le numéro Freshwater, 1998
Claire Short: Lutter à la source
(La pauvreté, la santé et l’environnement) 2001


AAAS Atlas of Population and Environment:
Freshwater
Freshwater wetlands
Mangroves and estuaries