En bref :
La crise mondiale de l’eau



La Terre, riche de formes de vie diverses et abondantes et de 6 milliards d’humains, se trouve confrontée à une grave crise de l’eau. Tout indique que celle-ci est en train de s’aggraver et qu’elle continuera à le faire si des mesures correctives ne sont pas prises.

La crise concerne la gestion des ressources et elle est provoquée par les manières dont nous utilisons l’eau. Mais la véritable tragédie est l’impact de cette crise sur la vie quotidienne des populations pauvres, qui souffrent de maladies liées à l’eau, vivent dans des environnements dégradés et souvent dangereux, et qui luttent pour éduquer leurs enfants, gagner leur vie et se nourrir.

L’environnement naturel subit également cette crise. Il ploie sous les montagnes de déchets déversés de manière quotidienne et subit abus et exploitations qui ne tiennent guère compte, semble-t-il, des futures conséquences et des futures générations.

En vérité, ce sont les problèmes d’attitude et de comportement qui sont au cœur de la crise. Nous connaissons la plupart des problèmes (mais pas tous) et sommes généralement capables de les localiser. Nous possédons les connaissances et compétences nous permettant de commencer à les résoudre. Nous avons élaboré d’excellents concepts, comme ceux d’équité et de durabilité. Pourtant, l’inertie de nos dirigeants et une population mondiale qui n’est pas pleinement consciente de l’ampleur du problème (et dans bien des cas dans l’incapacité d’agir pour y remédier) font que nous ne prenons pas les mesures correctives nécessaires à temps et ne mettons pas en pratique nos concepts.

Pour l’humanité, la pauvreté d’une part importante de la population mondiale est à la fois un symptôme et une cause de la crise de l’eau. En améliorant l’accès des pauvres à une eau mieux gérée, on peut fortement contribuer à éliminer la pauvreté. Une meilleure gestion de l’eau nous permettra d’aborder le problème de la pénurie croissante d’eau dans de nombreuses régions du monde en développement.

La résolution de la crise de l’eau et de ses multiples facettes n’est qu’un des défis auxquels l’humanité est confrontée à l’aube de ce troisième millénaire, et c’est dans ce contexte que ce problème doit être envisagé. Nous devons l’inscrire dans un scénario global de résolution des problèmes et des conflits. Pourtant, de toutes les crises sociales et naturelles auxquelles nous devons faire face, c’est de celle-ci que dépend notre survie et celle de notre planète Terre.

Extrait du premier Rapport mondial sur la mise en valeur de l’eau dans le monde, réalisé conjointement par 23 organismes des Nations Unies dont le PNUE.



Retraits d’eau : tendances mondiales, 1900-2000
Au cours du siècle dernier, les retraits d’eau ont été multipliés par six. On estime que l’humanité s’approprie désormais 54 % des eaux de ruissellement accessibles et qu’elle pourrait en utiliser 70 % d’ici à 2025.

Ressources en eau douce renouvelables
Les quantités d’eau douce du monde restent relativement stables mais l’inégalité de la répartition et l’augmentation de la demande aggravent progressivement les pénuries. Actuellement, quelque 40 % de la population mondiale vivent dans des régions connaissant un stress hydrique allant de modéré à fort.

D’ici à 2025, ce chiffre devrait passer à deux tiers, soit 5,5 milliards de personnes.


Nombre de personnes vivant dans une région connaissant un grave stress hydrique (millions)
Le rapport GEO 3 du PNUE fournit différents scénarios des pénuries d’eau. Le scénario « Priorité aux marchés » se fonde sur les attentes prévalant actuellement dans les pays développés, et le stress hydrique grave augmente dans presque toutes les régions du monde. Selon le scénario « Priorité à la durabilité » – une nouvelle philosophie de l’environnement et du développement -, les régions souffrant de stress hydrique grave restent relativement constantes, et malgré l’augmentation de la démographie, la proportion de la population mondiale vivant dans des conditions de stress hydrique reste à peu près la même.

Populations d’espèces d’eau douce : tendances régionales
Les espèces d’eau douce ont décliné plus rapidement que celles des autres habitats. La moitié environ des terres humides du monde ont été perdues et plus de 20 % des espèces d’eau douce connues ont déjà disparu. Au cours des trente dernières années, l’Indice des espèces d’eau douce a chuté de 50 %. Le WWF fait remarquer que le déclin relativement faible indiqué par l’Indice pour ce qui est de l’Amérique du Nord et de l’Europe est trompeur : la majeure partie des extinctions dans les pays industrialisés se sont produites avant 1970.

L’accès à l’eau
Plus d’un milliard de personnes n’ont pas régulièrement accès à une eau propre et salubre et 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d’un assainissement approprié. Plus de 2 millions de personnes meurent chaque année de maladies liées à l’eau, dont 6 000 enfants quotidiennement. La situation s’est améliorée, mais au rythme actuel d’investissement, l’accès universel à l’eau salubre ne pourra vraisemblablement pas devenir réalité avant 2025 en Asie, 2040 en Amérique latine et aux Caraïbes et 2050 en Afrique.




Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Message pour la Journée mondiale de l’environnement | L’eau, c’est la vie | Le siècle de l’eau | Retour aux sources | Renouvellement des engagements | Villes sans eau | Limiter la pollution | Personnalités de premier plan | En bref | Un nouvel ordre du jour | Et pas une goutte à boire | Des ponts sur l’eau | Publications et produits | Parcours d’obstacles | La dérive de la diversité biologique | Halte au gaspillage | L’eau : la priorité des pauvres | Puissance atomique

 
Articles complémentaires:
Dans le numéro Water, 1996
Dans le numéro Freshwater, 1998


AAAS Atlas of Population and Environment:
Freshwater
Freshwater wetlands
Mangroves and estuaries