Un nouvel
ordre du jour

 
Richard Jolly
décrit d’anciennes idées erronées et de nouvelles directions en matière d’assainissement et d’hygiène

Depuis quelques années, de remarquables progrès ont été faits en matière d’eau et d’assainissement. Ils s’amorcèrent à la fin des années 1990. Puis, en septembre 2000, lors du Sommet du millénaire des Nations Unies, la cible consistant à diminuer de moitié d’ici à 2015 la proportion de personnes ne bénéficiant pas d’un accès suffisant à l’eau fut choisie comme un des huit Objectifs de développement pour le millénaire. Deux ans plus tard, l’eau était une des cinq grandes questions à l’ordre du jour du Sommet de Johannesburg sur le développement durable – avec l’énergie, la santé, l’agriculture et la diversité biologique. L’eau fut une des réussites du Sommet – les autres réalisations ayant reçu un accueil plus mitigé. Il fut convenu de faire diminuer de moitié d’ici à 2015 la proportion de personnes n’ayant pas accès à un assainissement adéquat.

Dans l’intervalle, de nouveaux engagements ont été pris et élaborés dans le cadre de nombreuses interactions dynamiques successives – lors de trois Forums mondiaux de l’eau ; par une Commission mondiale de l’eau ; et par le lancement de WASH, une campagne mondiale en faveur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène pour tous.

Mais malgré ce nouvel élan, la tâche reste énorme. Et certaines idées erronées ne facilitent pas les choses :

1. « L’assainissement et l’hygiène sont moins importants que l’eau ». Du point de vue de la santé et de la sécurité, les faits sont différents. La connaissance et la pratique d’une hygiène de base réduisent plus la mortalité que l’eau salubre ou l’assainissement seuls. Ces trois éléments sont nécessaires, mais l’équilibre doit être revu. L’assainissement et l’hygiène sont trop souvent considérés comme des sujets tabous à ne pas mentionner en société.

2. «Les buts ne marchent jamais ». Malgré les rumeurs indiquant le contraire, la cinquantaine de buts socio-économiques fixés par les Nations Unies depuis quarante ans ont eu un impact mesurable, ayant été atteints par un grand nombre de pays. La Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement des années 1980, par exemple, a été à l’origine de très nombreuses initiatives, au niveau national et international. Bien que les années 1980 aient été catastrophiques sur le plan économique pour bien des pays, le nombre de personnes des pays en développement ayant accès à l’eau salubre et à un meilleur assainissement fit plus que doubler. D’importantes améliorations furent également obtenues grâce à des technologies à faible coût et à la découverte des secrets de la maintenance et de la durabilité.

3. « C’est une question de matériel et on ne peut pas faire grand chose pour promouvoir l’assainissement et l’hygiène ». Là encore, les contre-exemples sont nombreux. La stimulation de la demande, la sensibilisation et l’incitation à l’action reposent sur des techniques éprouvées. Rien qu’en encourageant les gens à se laver les mains, on pourrait sauver un million de vies.

4. « Il n’y a pas de financements disponibles et ceux qui n’ont ni eau ni assainissement sont trop pauvres pour apporter une contribution ». Des centaines d’exemples montrent l’énorme énergie, les efforts et les ressources que les pauvres sont prêts à déployer pour avoir accès à l’eau et à un meilleur assainissement lorsque l’occasion s’en présente.

5. « Cela n’intéresse pas les pauvres et les communautés pauvres, qui ont d’autres priorités de survie ». En réalité, les pauvres sont extrêmement motivés, à la fois parce qu’ils veulent économiser le temps passé à collecter l’eau, et pour des raisons de dignité et de sécurité. C’est notamment vrai des femmes et des fillettes – ce qui explique que les questions relatives à l’eau et à l’assainissement soient souvent négligées ou minimisées lors de discussions ou situations dans lesquelles les hommes sont majoritaires.

Que peut-on donc faire pour accélérer la réalisation des objectifs ? La priorité ne consiste pas seulement à fournir un supplément de ce qui existe déjà, mais à fixer de nouvelles directions et un nouvel ordre du jour, comme le propose la campagne organisée par WASH.

D’abord, il faut que les gouvernements stimulent et soutiennent les initiatives locales, au lieu d’essayer de tout faire eux-mêmes. Il faut mobiliser toutes les parties prenantes – populations et communautés, secteur privé, petites entreprises, bailleurs de fonds publics et privés, organismes internationaux – et le gouvernement à tous les niveaux, notamment au niveau local. C’est l’action au niveau local qui est la plus importante. Les communautés doivent s’attacher à définir les priorités, à prendre des mesures et à rechercher activement le soutien des autorités locales.

Ensuite, des plans et programmes sont nécessaires pour atteindre les buts. Il ne doit pas s’agir d’exercices bureaucratiques mais bien d’une planification participative, faisant intervenir toutes les parties prenantes pour élaborer des lignes directrices et définir le rôle de chacun. Cet exercice peut s’avérer positif tant pour le développement que du point de vue politique. L’amélioration de l’accès à l’eau peut se révéler une mesure gouvernementale particulièrement populaire, notamment auprès des femmes.

Enfin, de nouvelles priorités sont nécessaires si nous voulons tirer les enseignements du passé et nous engager sur de nouvelles voies. Voici quelques exemples :

La participation : En Inde et ailleurs, les femmes ont montré qu’elles étaient capables d’apporter une énergie et une vision nouvelles à cette tâche après avoir bénéficié d’une représentation importante au sein du gouvernement local. Au Soudan, les techniciennes diplômées font depuis longtemps la preuve de leur capacité à maintenir et réparer les profonds puits tubulaires – elles le font d’ailleurs mieux que les hommes qui, une fois formés, ont tendance à partir pour la ville en quête d’un emploi technique.

De nouvelles approches : Au Bangladesh, l’approche « Assainissement à 100 % » a montré de nouvelles manières de mobiliser les communautés rurales. Au lieu d’adopter une approche individuelle, un facilitateur appartenant à une organisation non gouvernementale travaille au niveau de l’ensemble du village pour identifier les besoins de celui-ci en matière d’assainissement. Les chefs du village, et un maximum de villageois, se promènent dans le village, s’arrêtant à chaque fois qu’ils rencontrent des excréments ou autres déchets pour en discuter. Si la personne responsable est parfois identifiée, le but est plutôt de comprendre les conséquences qu’il peut y avoir lorsque l’ensemble du village ne parvient pas à éviter les comportements considérés par tous comme inacceptables. On détermine et on discute des mesures permettant d’améliorer la situation, mais on laisse à chaque villageois le soin de trouver ses propres solutions. Ceci a débouché sur la conception de nouvelles latrines et dispositifs de traitement des déchets peu coûteux.

Mobiliser les enfants en tant qu’acteurs du changement : si les écoles, églises et mosquées parviennent à enseigner les principes de base de l’hygiène aux enfants, ceux-ci en parleront à leurs parents. Mais pour que cette approche soit efficace, il faut que l’école donne la possibilité aux enfants d’appliquer les concepts enseignés. Il est crucial qu’elle dispose de latrines séparées pour les filles et les garçons – un des objectifs de la campagne de WASH.

Créer un mouvement de dynamisation et de synergie : c’est possible, en liant les initiatives relatives à l’hygiène, à l’assainissement et à l’eau au soutien dont bénéficient les autres Objectifs de développement pour le millénaire, dans le cadre d’une vaste offensive nationale et mondiale de réduction de la pauvreté.

Le potentiel se résume facilement : le but est une meilleure hygiène; le point de départ est la création de la demande ; le moyen est la mise en place d’institutions responsables de soutien des communautés ; et la récompense est une meilleure qualité de vie pour plus de 2 milliards de personnes


Sir Richard Jolly est Président de WSSCCWater Supply and Sanitation Collaborative Council – et chercheur associé et professeur honoraire de l’Institute of Development Studies, Sussex, Royaume-Uni.

Photo : Zheng Fei/UNEP/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Message pour la Journée mondiale de l’environnement | L’eau, c’est la vie | Le siècle de l’eau | Retour aux sources | Renouvellement des engagements | Villes sans eau | Limiter la pollution | Personnalités de premier plan | En bref | Un nouvel ordre du jour | Et pas une goutte à boire | Des ponts sur l’eau | Publications et produits | Parcours d’obstacles | La dérive de la diversité biologique | Halte au gaspillage | L’eau : la priorité des pauvres | Puissance atomique

 
Articles complémentaires:
Richard Jolly: La nutrition
(La pauvreté, la santé et l’environnement) 2001
Dans le numéro Water, 1996
Dans le numéro Freshwater, 1998


AAAS Atlas of Population and Environment:
Freshwater
Freshwater wetlands
Mangroves and estuaries