EDITORIAL
En direct du bureau de
Klaus Toepfer
Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE

Si vous avez un moment et si vous vous demandez s’il est vraiment utile d’inscrire d’importants sites et aires protégées au Patrimoine mondial de l’UNESCO, je vous invite à vous rendre à la page 149 de notre dernier Avenir de l’environnement mondial. Vous y trouverez une série d’images satellite du parc national d’Iguazu, en Argentine, à la frontière du Brésil – couvrant la période 1973 à 2000 – qui constituent un argument de poids.

A droite de la ligne noire qui marque la limite du parc – dans l’aire protégée de ce site du Patrimoine mondial – une bonne partie de ce qui reste de la forêt du Paraná est encore intacte et abrite 68 espèces de mammifères, 38 de reptiles et 18 d’amphibiens, dont beaucoup sont menacées ou vulnérables. Sur la gauche – dans la zone non protégée – l’abattage à grande échelle et le défrichement ont progressivement dénudé la forêt. La croissance actuelle des aires protégées à travers le monde est une des grandes réussites du mouvement en faveur de l’environnement. Depuis la création en 1872 du parc national de Yellowstone aux Etats-Unis, le nombre d’aires protégées est rapidement passé à plus de 102 000, couvrant plus de 18,8 millions de kilomètres carrés, soit plus de 12,6 % de la surface terrestre de la planète. Cela représente une superficie supérieure à celles de l’Inde et de la Chine confondues. Les aires protégées couvrent une surface plus importante que celle des terres arables cultivées. Quant aux sites du Patrimoine mondial naturel bénéficiant d’une protection spéciale, ils sont désormais au nombre de 149 à travers le monde.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là et il reste encore beaucoup à faire. Actuellement, moins d’un pour cent seulement de l’environnement marin bénéficie du statut d’aire protégée. Compte tenu de l’importance des zones côtières pour la pêche et le tourisme, il est urgent de palier cette lacune – la création d’un système efficace d’aires marines protégées d’ici à 2015 fait d’ailleurs partie des cibles et calendriers clés du Plan de mise en application du Sommet mondial pour le développement durable 2002.

Parmi d’autres questions cruciales à l’ordre du jour, le cinquième Congrès mondial sur les parcs qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud au mois de septembre se penchera sur la manière d’améliorer les financements de façon à optimiser la gestion des aires protégées, notamment dans les pays en développement. Les participants focaliseront également leur attention sur l’Afrique et sur la composante environnementale du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Ils aborderont le problème considérable posé par les espèces étrangères envahissantes comme la jacinthe d’eau, le chou du Nil et l’herbe de Kariba : certains experts estiment que les dégâts provoqués par ces espèces dans les terres humides africaines – qui nuisent aux pêches, par exemple – pourraient chaque année se chiffrer en milliards de dollars.

Le Centre mondial de surveillance de la conservation du PNUE apportera une importante contribution dans deux domaines : la Liste des Nations Unies des Aires protégées et un projet d’évaluation sur l’état des Aires protégées mondiales.

Nous craignons que les aires protégées deviennent des îles dans une mer de dégradation environnementale, même là où, comme dans bien des régions, elles permettent de conserver efficacement les voies d’eau, la faune dont les populations locales sont tributaires pour leur alimentation et leur médecine, et d’autres « services liés à l’écosystème ».

Le défi consiste à relier les aires protégées à l’ensemble des efforts faits en matière de développement durable, de façon à ce que les bonnes gestions ne restent pas des cas isolés mais qu’elles fassent au contraire école dans les terres situées hors des parcs et réserves. Dans ce domaine, il faudra sensibiliser davantage le public et bâtir des partenariats plus dynamiques et plus forts entre les populations locales et les communautés, y compris les peuples indigènes, les autorités locales régionales et nationales, les bailleurs de fonds et les organisations comme le PNUE et l’Union mondiale pour la nature (UICN).

Il convient de ne pas sous-estimer la capacité des aires protégées à lutter contre la pauvreté et à assurer un développement durable.

Au Costa Rica, par exemple, les aires protégées génèrent chaque année plus de 300 millions de dollars en revenus touristiques. Et à Sainte-Lucie, trois ans à peine après que les zones de pêche de l’île ont été classées « zones de non pêche » en 1995, les réserves halieutiques importantes pour le commerce ont doublé dans les eaux adjacentes, générant de précieuses exportations pour le pays et représentant une source considérable de protéines pour la population.

La Fondation des Nations Unies – dont l’organisation sœ:ur Better World Fund (le Fonds pour un monde meilleur) a généreusement parrainé ce numéro de Notre Planète – est devenue la première organisation de financement à focaliser explicitement ses travaux sur la diversité biologique sur certains sites du Patrimoine mondial. Les nouvelles ressources et le regain de dynamisme mis au service de leur sauvegarde permettent d’espérer que les expériences couronnées de succès comme celle du parc national d’Iguazu se multiplieront



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Photo : UNEP


Ce numéro:
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Articles complémentaires:
Ce numéro: Sommet mondial sur le développement durable, 2002
Ce numéro: Biological Diversity, 2000
Ce numéro: Culture, Values and the Environment, 1996


AAAS Atlas of Population and Environment:
Biodiversity
Ecosystems