Passons aux choses
SERIEUSES

 Eileen Claussen
appelle à ce que des mesures soient immédiatement prises pour créer une stratégie d’avenir énergétique sans danger pour le climat

La consommation énergétique et le changement climatique sont inextricablement liés. Les choix faits aujourd’hui dans les débats sur la politique énergétique à travers le monde auront un impact direct et à très long terme sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre. On considère souvent que les objectifs de l’énergie et ceux de la politique climatique ne sont pas compatibles. En réalité, il existe entre eux de nombreux points de convergence. En matière de fourniture et de sécurité énergétiques, nombreuses sont les politiques réalisables et avantageuses qui peuvent aussi réduire les émissions futures de gaz à effet de serre. Pourtant, la tâche n’est pas facile : il faut que nous réduisions considérablement nos émissions émanant des combustibles fossiles et que nous commencions vraiment à développer les technologies et les énergies de substitution qui nous permettront d’atteindre des réductions réelles et constantes des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Nous sommes confrontés à un problème bien réel. Le climat de la Terre est en train de subir des changements importants potentiellement dangereux, et les activités humaines sont largement responsables de cette situation. La communauté scientifique s’accorde désormais à penser que les émissions de gaz à effet de serre sont en train de s’accumuler dans notre atmosphère, provoquant une hausse des températures ambiantes de surface et le réchauffement des océans. Si cette tendance se poursuit, la Terre continuera à se réchauffer durant le 21e siècle : on table actuellement sur une augmentation mondiale de 1,4ºC (2,5ºF) à 5,8ºC (10,4ºF) d’ici à 2100. Par ailleurs, une hausse du niveau des mers et une modification de la pluviométrie – augmentation de la fréquence des inondations et des sécheresses notamment – sont également attendues.

Pour éviter les conséquences les plus graves, il nous faudra modifier radicalement nos sources d’énergie et nos infrastructures d’ici le milieu du siècle. Comment alimenterons-nous notre économie ? Comment les pays en développement et les pays industrialisés parviendront-ils à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre tout en atteignant leurs objectifs de croissance ? Et au quotidien, comment nous rendrons-nous sur notre lieu de travail ? Dans quel genre de bâtiments travaillerons-nous ? Quel type de voitures et de camions conduirons-nous ?
Pour éviter les conséquences les plus graves, il nous faudra modifier radicalement nos sources d’énergie et nos infrastructures d’ici le milieu du siècle
Des mesures positives sont en voie de réalisation. De nombreux pays s’apprêtent à ratifier le Protocole de Kyoto, et plusieurs programmes de négociation des émissions de gaz à effet de serre sont en cours. Le Programme britannique de quotas d’émission négociables (ETS), qui prévoit la réduction des émissions et permet leur échange au plan national, est entré officiellement en vigueur en avril 2002, et l’Union européenne a mis en place un système d’échange des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Aux Etats-Unis, malgré le rejet du Protocole par l’Administration Bush, des lois ont été votées par le Congrès et dans certains Etats en vue de limiter les émissions. Les sénateurs John McCain (Républicain, Arizona) et Joseph Lieberman (Démocrate, Connecticut), par exemple, ont proposé de légiférer en faveur d’un programme d’échange des émissions de gaz à effet de serre applicable à l’ensemble de l’économie. Il est improbable que ce projet de loi soit voté rapidement, mais il a permis d’engager un débat devenu indispensable sur la manière dont les Etats-Unis comptent faire face à leurs obligations en qualité de premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.

Les grandes sociétés américaines, et notamment certains membres du Business Environmental Leadership Council (BELC) du Pew Center, sont de plus en plus nombreuses à constater qu’il est dans leur intérêt commercial de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de participer à l’élaboration d’un avenir sans danger pour le climat. Les 38 membres du BELC comptent près de 2,5 millions d’employés et totalisent des revenus de 855 milliards de dollars. Ils ont adopté diverses stratégies pour réduire leurs émissions. Alcoa, société présente dans plus de 40 pays, par exemple, est en train de mettre au point une nouvelle technologie de fusion de l’aluminium, qui pourrait lui permettre de diminuer de moitié ses taux d’émission de 1990 au cours des neuf prochaines années.

Pourtant, ces efforts sont loin d’être suffisants. Il nous faut associer une vision à long terme d’un avenir sans danger pour le climat aux stratégies à court terme qui nous permettront de réaliser cette vision. En dernière analyse, nous devrons réduire de manière drastique nos émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre, pour nous protéger, et protéger l’économie mondiale et l’environnement. Il faut que nous transformions fondamentalement notre façon d’alimenter l’économie mondiale et abandonner les antiques combustibles fossiles au profit de sources d’énergie plus efficaces et renouvelables. Il faudra que la société fasse des efforts concertés, à court et long termes, pour chercher des opportunités et concevoir des mesures permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Il faut en particulier que nous trouvions moyen de répondre à la demande croissante en matière d’électricité. Aucune solution simple ne se profile à l’horizon. L’avenir pourrait s’envisager ainsi : utilisation accrue du gaz naturel (à condition d’augmenter l’offre et de créer les infrastructures nécessaires) ; augmentation progressive de la part des énergies renouvelables (les progrès réalisés en matière d’énergie éolienne sont assez encourageants) ; accent sur la production distribuée et sur la production combinée de chaleur et d’électricité ; maintien (au moins) de la part actuelle du nucléaire ; et enfin, utilisation du charbon, si nous parvenons à maîtriser la capture et la séquestre du carbone et à le viabiliser économiquement.
Il faut dès maintenant commencer à identifier les mesures nécessaires pour passer à une nouvelle économie mondiale sans danger pour le climat
Il faut dès maintenant commencer à identifier les mesures nécessaires pour passer à une nouvelle économie mondiale sans danger pour le climat. Certaines stratégies à court terme pourraient considérablement réduire les émissions de gaz à effet de serre sans modifier radicalement nos technologies ou nos modes de vie. En améliorant l’efficacité énergétique, par exemple, on peut à la fois réaliser des économies et réduire les émissions. A plus long terme, nous ne pourrons pas atteindre notre vision de l’avenir – ni même profiter de la myriade d’améliorations à plus court terme bénéfiques d’un point de vue environnemental et économique – si nous n’adoptons pas de solides politiques de réduction des gaz à effet de serre. Les politiques suivantes pourraient être envisagées :

  • Déclaration obligatoire et publication des émissions de gaz à effet de serre – au moins en ce qui concerne les sources majeures – les sociétés qui prennent déjà des mesures pour limiter leurs émissions étant assurées de bénéficier de crédits dans le cadre des futurs régimes obligatoires.

  • Association d’incitations financières, de normes technologiques et d’autres politiques et programmes pour développer l’utilisation des énergies renouvelables et des combustibles et technologies de substitution – et des véhicules à moteur, appareils et bâtiments moins énergivores.

  • Expansion des infrastructures et de l’offre de gaz naturel, et promotion des techniques charbonnières de pointe, avec capture et élimination du carbone.

  • Programmes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre associés à des mécanismes commerciaux souples, tels que l’échange des émissions.

Plus de 100 pays s’étant désormais engagés vis-à-vis du Protocole de Kyoto, cet accord crucial entrera peut-être bientôt en vigueur. Si c’est le cas, les marchés comprendront que les émissions de gaz à effet de serre coûtent cher, et cela constituera une déclaration de volonté multilatérale de relever un défi fondamentalement mondial. Ce ne sera cependant qu’un premier pas. En l’absence des Etats-Unis, le Protocole ne couvrira que 40 % des émissions mondiales, et ce uniquement pour les dix prochaines années.

Que le Protocole entre ou n’entre pas en vigueur, le défi restera le même : faire participer les principaux pollueurs mondiaux à des initiatives à plus long terme qui mobilisent avec équité et efficacité les ressources et technologies nécessaires pour protéger le climat mondial. En toute probabilité, l’accord efficace indispensable – incluant non seulement les Etats-Unis mais aussi les pays en développement – ne sera pas Kyoto. Et cela prendra du temps.

Pour le moment, le défi le plus urgent est celui des Etats-Unis. Plus les dirigeants américains attendront pour aborder sérieusement le problème du climat, plus le climat mondial et l’image de ce pays dans le monde en souffriront. Au bout du compte, ce n’est qu’en réduisant considérablement nos émissions issues des combustibles fossiles que nous aborderons le problème du climat. Pour être efficaces, il faut que nous commencions à relever dès maintenant ce défi.


Eileen Claussen est Présidente du Pew Center on Global Climate Change.

Ce numéro:
Sommaire | Editorial | La cle du développement | Le défi de l’énergie | L’energie végétale | Bioénergie : bien faire et faire bien | Une nouvelle énergie pour le développement | Personnalités de premier plan | Place au changement | Une croissance soucieuse | Une énergie verte | En bref : l’énergie | Des Reves Durables | Un avenir plus radieux | Un pétrole plus « vert » | Ciel bleu pour Honda | Publications et produits | Une nouvelle énergie pour vaincre la pauvreté | Les architectes des énergies nouvelles | Passons aux choses sérieuses | L’Islande brise la glace | Je voudrais voir 100 % d’énergie renouvelable


Articles complémentaires:
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’energie et l’environnement, 2001
Transport and Comunications, 2001
Disasters, 2001
Climate and Action, 1998
Climate Change, 1997
UNEP 25, 1997



AAAS Atlas of Population and Environment:
Natural Resources
Air Pollution
Climate Change


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