Un avenir
PLUS RADIEUX

 Leonard Good
décrit les initiatives de plus en plus efficaces prises dans le monde entier en faveur d’une énergie non polluante et du développement durable

Poumon de l’économie mondiale, l’énergie est la condition indispensable au développement. Dans le monde industrialisé, sa consommation élevée est désormais synonyme de consumérisme et de modernité, tandis que dans les pays en développement, son usage accru sert à couvrir les besoins humains les plus fondamentaux. En fournissant suffisamment de lumière pour prolonger le jour, en apportant l’énergie nécessaire à la cuisson des repas et en alimentant une pompe permettant d’éliminer les longues et pénibles marches en quête d’eau, une quantité modique d’énergie commerciale permet de libérer des millions de personnes du carcan de la pauvreté. La disparité flagrante existant au niveau de la consommation énergétique par personne est un triste rappel de l’ampleur des inégalités devant l’accès aux services fondamentaux – dans les pays les moins développés, la consommation énergétique par personne ne représente que 1 % de celle des nations industrialisées.

Le défi de l’énergie au service du développement se résume principalement à deux questions distinctes mais connexes : l’accès à l’énergie et l’impact environnemental. Il est crucial d’étendre les approvisionnements à ceux qui ne bénéficient pas encore de sources énergétiques modernes. Quelque 2 milliards de personnes n’ont pas l’électricité, et elles doivent donc se contenter de sources limitées de kérosène, de charbon ou d’autres combustibles de qualité médiocre. Il faut que les pays en développement produisent plus d’énergie, pour atténuer la pauvreté et répondre à une demande croissante.

Cependant, la consommation accrue d’énergie commerciale s’accompagne d’impacts environnementaux considérables. On estime que chaque année la pollution ambiante locale provoque 4 millions de décès prématurés, principalement chez les jeunes enfants exposés à des combustibles de cuisson polluants. Les coûts économiques de la pollution de l’air représentent plus de 350 milliards de dollars par an, soit 6 % du produit national brut des pays en développement. A cela vient s’ajouter le risque mondial de changement climatique associé à l’accumulation de gaz à effet de serre issus de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Malgré leur consommation par personne relativement modeste, les pays en développement affichent la croissance économique et démographique la plus rapide : dans quelques décennies, il est probable que leurs émissions de gaz à effet de serre seront supérieures à celles des pays industrialisés. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) est convaincu que l’accélération du passage à une énergie efficace et renouvelable s’accompagnera d’énormes avantages socio-économiques et environnementaux.

Principale source de financement de l’énergie renouvelable dans les pays en développement, le FEM joue un rôle prépondérant – en compagnie du PNUE, du Programme des Nations Unies pour le développement et de la Banque mondiale – dans la dissémination des technologies énergétiques non polluantes. En l’espace de douze ans, son portefeuille de projets liés aux énergies non polluantes est passé à plus de 1,6 milliard de dollars de subventions, accordées à des initiatives représentant une valeur totale de plus de 10,6 milliards de dollars.

En Inde, par exemple, l’énergie renouvelable est en plein essor. Les incitations fiscales sur les investissements mises en place par le Gouvernement, les financements commerciaux et les réglementations favorables ont tous contribué à cet essor. Dès l’année 2000, près de 1 200 MW de capacité éolienne étaient installés dans le pays, pratiquement entièrement par le secteur privé. Des dizaines de fabricants intérieurs sont apparus, qui exportent déjà des turbines de haute technicité à vitesse variable. Le FEM a participé au financement de 41 MW issus d’installations de turbines éoliennes et de 45 MW de capacité mini-hydraulique dans le pays, dans le cadre de son projet de développement de l’énergie renouvelable. Quant à l’Agence indienne de développement de l’énergie renouvelable, renforcée par l’assistance dont ont bénéficié ses projets, elle a financé encore 360 MW de centrales éoliennes et 130 MW de centrales mini-hydrauliques.

De même, le FEM a eu un impact considérable en matière de développement de l’énergie solaire pour la production d’électricité et d’eau chaude dans des pays aussi différents que la Chine, le Pérou et le Ghana. Au Sri Lanka, le Projet de fourniture de services énergétiques est une des initiatives solaires les plus performantes du monde : notre contribution a permis d’approvisionner en électricité des villages qui n’étaient pas desservis par le réseau national. Fin 2002, près de 20 000 foyers sri lankais disposaient déjà de systèmes individuels d’électricité solaire grâce à une formule novatrice de microfinancements facilitant l’obtention de prêts bancaires aux familles rurales désireuses de s’équiper. Au Maroc, un projet du FEM facilite l’achat de chauffe-eau solaires moins onéreux que les modèles conventionnels et qui permettent d’économiser de l’énergie. Des organismes gouvernementaux et des sociétés privées ont été formés pour promouvoir, évaluer et installer des chauffe-eau solaires chez les particuliers et dans les entreprises, et 80 000 mètres carrés de collecteurs d’eau chaude solaire sont déjà installés.

Les sociétés énergétiques dynamiques en quête d’opportunités d’investissement dans les pays en développement s’attachent de plus en plus à garantir des avantages économiques et environnementaux. Sur trois continents, le FEM travaille en partenariat avec elles afin de partager les risques inhérents à l’expansion des marchés de l’énergie renouvelable et des produits présentant une bonne efficacité énergétique, accélérant ainsi la transition vers l’énergie non polluante. En Chine, un nouveau programme de transformation du marché des réfrigérateurs moins énergivores est déjà en train de modifier la structure fondamentale du marché grâce aux nouvelles normes adoptées. En Pologne, un autre programme a eu un impact considérable sur le marché des lampes fluorescentes. La baisse des prix – rendue possible par des subventions aux fabricants et associée à une vaste campagne médiatique – a permis de vendre plus de 1,2 million de lampes en trois ans, faisant passer la proportion de foyers polonais les utilisant de un sur dix à un sur trois. Le projet a fait la preuve des avantages financiers et commerciaux de l’éclairage à haut rendement énergétique, et il a permis d’économiser de vastes quantités d’énergie et de réduire les émissions de
Environ 15 % de l’énergie consommée dans le monde est déjà issue de sources renouvelables
A travers le monde, de nombreuses initiatives favorisent l’éclairage efficace énergétiquement, et les technologies solaires, éoliennes, géothermiques, de la biomasse et de la petite hydraulique qui permettent de produire de l’électricité, et d’assurer le chauffage, la réfrigération, l’éclairage et d’autres activités productives. A l’heure où environ 15 % de l’énergie consommée dans le monde est déjà issue de sources renouvelables, l’avenir semble très prometteur. Plus d’un million de foyers dans le monde en développement sont désormais alimentés à l’énergie solaire, et la capacité éolienne est passée de zéro à plus de 1 700 MW – de quoi alimenter plus de 5 millions de foyers standard. L’Inde possède déjà 40 000 lampes de rue solaires. L’Inde et la Chine ont prévu de se doter de plus de 10 millions de systèmes solaires supplémentaires dans les années à venir, l’Argentine en prévoit 60 000 nouveaux et la République d’Afrique du Sud 300 000.

Les stratégies de promotion de l’énergie non polluante du FEM soulignent la nécessité de disposer de modèles commerciaux durables, de partenariats nationaux et de leviers financiers. L’industrie de l’énergie durable représente aujourd’hui plus de 10 milliards de dollars par an et elle connaît une croissance à deux chiffres. Trente sociétés majeures – dont BP et Shell International – ont annoncé qu’elles prévoyaient d’investir de 10 à 15 milliards de dollars dans l’énergie renouvelable à travers le monde dans les cinq prochaines années. Les organismes de développement ont multiplié les initiatives pour favoriser le développement du marché en s’employant à faire tomber les barrières commerciales, et certains marchés de l’énergie renouvelable dans les pays en développement – au Kenya, par exemple – sont apparus sans aide au développement explicite, principalement grâce aux initiatives privées. Nous continuerons à stimuler ce genre d’investissement novateur et à jouer un rôle prépondérant dans la promotion de l’énergie non polluante.


Leonard Good est Président-Directeur général du Fonds pour l’environnement mondial.



Le Fonds pour l’environnement mondial rassemble 175 gouvernements membres – en partenariat avec le secteur privé, les organisations non gouvernementales et les institutions internationales – en vue d’aborder de complexes problèmes environnementaux mondiaux tout en favorisant les initiatives nationales de développement durable. Il a déjà attribué des subventions à concurrence de 4,5 milliards de dollars et favorisé des financements supplémentaires à hauteur de 14,5 milliards de dollars pour plus de 1 200 initiatives dans plus de 140 pays en développement. En août 2002, les pays bailleurs de fonds ont promis 3 milliards de dollars supplémentaires – la plus importante dotation de l’histoire du FEM – pour lui permettre de développer et d’accélérer ses travaux.



Ce numéro:
Sommaire | Editorial | La cle du développement | Le défi de l’énergie | L’energie végétale | Bioénergie : bien faire et faire bien | Une nouvelle énergie pour le développement | Personnalités de premier plan | Place au changement | Une croissance soucieuse | Une énergie verte | En bref : l’énergie | Des Reves Durables | Un avenir plus radieux | Un pétrole plus « vert » | Ciel bleu pour Honda | Publications et produits | Une nouvelle énergie pour vaincre la pauvreté | Les architectes des énergies nouvelles | Passons aux choses sérieuses | L’Islande brise la glace | Je voudrais voir 100 % d’énergie renouvelable


Articles complémentaires:
Fonds pour l’environnement mondial, 2002
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’energie et l’environnement, 2001
Transport and Comunications, 2001
Disasters, 2001
Climate and Action, 1998
Climate Change, 1997
UNEP 25, 1997



AAAS Atlas of Population and Environment:
Natural Resources
Air Pollution
Climate Change


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