Une nouvelle énergie
pour le développement

 M. Kannappan
présente le programme de l’Inde destiné à faire bénéficier ses villages de sources d’énergie renouvelables et à devenir un leader mondial des technologies nouvelles

En Inde, l’éventail énergétique associe les sources commerciales et traditionnelles. Trente pour cent de l’énergie utilisée provient de sources renouvelables comme la biomasse et les déchets animaux. Plus de 65 % de la population qui n’a pas accès aux réseaux de distribution énergétique modernes est tributaire de la biomasse, des déchets animaux et du kérosène pour cuisiner et s’éclairer. En 2001-2002, la consommation de combustibles traditionnels était estimée à 140 millions de tonnes d’équivalent pétrole. Les projections indiquent qu’en 2011-2012, leur part baissera de 3 points à 27 %.

Depuis 20 ans, les programmes indiens en faveur de l’énergie renouvelable se sont développés, en volume, en maturité et en portée. Au départ, l’effort national était surtout dirigé vers la constitution de capacité et vers la recherche et le développement, principalement dans des laboratoires nationaux et des instituts d’enseignement. Cependant, à partir des années 1980, l’accent a été mis sur des démonstrations à grande échelle et sur des activités d’expansion subventionnées. L’Inde s’est alors surtout attachée à fournir des services énergétiques aux zones rurales, grâce au biogaz, à l’amélioration des appareils de cuisson et à l’énergie solaire. Les programmes entrepris ont permis une sensibilisation de la population, ils ont favorisé les expériences de terrain et permis de mettre en place un vaste réseau d’institutions et d’organisations non gouvernementales touchant jusqu’aux travailleurs les plus modestes. A l’heure actuelle, l’accent est mis sur la commercialisation : le secteur privé participe à la production d’énergie issue du vent, de la petite hydraulique et de la combustion/gazéification de la biomasse, et les industries s’intéressent à l’énergie solaire et à d’autres formes d’énergie renouvelable.

l’énergie éolienne, la biomasse et la petite hydraulique contribuent à environ 3,5 % de la capacité installée pour l’électricité. Sur un potentiel d’énergie renouvelable estimé à environ 80 000 MW à partir de sources exploitables commercialement, plus de 4 000 MW sont déjà exploités à ce jour. Les systèmes d’éclairage au biogaz et solaires équipent désormais respectivement 3,5 millions et 1 million de foyers. De nombreuses technologies sont actuellement en passe d’être viables économiquement. Une modeste capacité de production s’est implantée dans le pays et des mécanismes institutionnels ont été mis en place pour faciliter le déploiement des technologies liées aux énergies renouvelables.

Jusqu’ici, l’expansion en Inde de ces diverses technologies a été favorisée par diverses politiques et mesures d’accompagnement. Prêts à conditions de faveur, tarifs douaniers allégés, exemption des taxes douanières et de la TVA, et amortissement accéléré de 80 % accordé aux projets commerciaux sont autant de mesures d’incitation.

Certaines initiatives peuvent bénéficier de subventions, notamment celles qui concernent les zones rurales, comme l’amélioration des fourneaux à bois, les installations de biogaz, et les lanternes et systèmes d’éclairage domestiques solaires.

l’Inde est confrontée à un formidable défi : elle doit approvisionner en énergie plus de 600 000 établissements humains éparpillés sur plus de 300 000 kilomètres carrés, abritant une population d’un milliard de personnes – qui continue d’augmenter et dont on estime qu’elle devrait se stabiliser à environ 1,6 milliard dans 40 ou 50 ans. La tâche est rendue encore plus ardue par la faiblesse du niveau de vie, 75 % environ de la population vivant au-dessous du Seuil international de pauvreté de 2 dollars par personne et par jour, aux taux PPP (Parité de pouvoir d’achat). La faiblesse du pouvoir d’achat explique les faibles niveaux de consommation énergétique et électrique par personne.

Voici les grands objectifs nationaux dans ce contexte :

  • fournir une énergie fiable grâce à un éventail énergétique diversifié et durable qui tienne compte de l’aspect sécuritaire ;

  • exploitation commerciale rapide du potentiel énergétique renouvelable ;

  • éradication et élimination de la pauvreté énergétique dans tout le pays ;

  • faire en sorte que l’énergie soit accessible et abordable, et veiller aux aspects sécuritaires ;

  • électrifier tous les foyers situés dans des villages isolés d’ici à 2012 ;

  • d’ici 2007, faire appel aux énergies renouvelables pour électrifier environ 18 000 villages isolés qui ont peu de chances d’être reliés au réseau commercial d’ici à 2012 ;

  • d’ici à 2012, augmenter de 10 % la capacité énergétique grâce aux énergies renouvelables ;

  • 3 millions d’installations de biogaz de type familial et 7 millions de systèmes d’éclairage solaires d’ici à 2012.

l’Inde se prépare également à devenir un leader mondial des technologies énergétiques renouvelables et inédites. Les efforts déployés pour promouvoir l’énergie renouvelable s’inscrivent dans les préoccupations mondiales.

A l’heure actuelle, le mouvement en faveur de l’énergie renouvelable est surtout motivé par le changement climatique. Les préoccupations mondiales sont axées sur les nécessités suivantes :

  • restreindre les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’environ 60 % d’ici à 2050, afin de stopper le processus de changement climatique ;

  • restreindre et réduire les niveaux plus élevés de consommation de combustibles fossiles – sinon les hydrocarbures liquides ne seront plus accessibles pour beaucoup ;

  • s’efforcer de faire baisser le coût relatif des technologies énergétiques nouvelles et renouvelables grâce à un effort de recherche et développement continu et ciblé ;

  • améliorer l’accès à des ressources et services énergétiques fiables, abordables, économiquement viables, acceptables socialement et sans danger pour l’environnement.

Ces préoccupations mondiales devraient ouvrir la voie à une « économie sans carbone », qui se fonderait sur un éventail de carburants fournis principalement par les technologies énergétiques renouvelables ou vertes.
L’Inde est convaincue que la gestion efficace de l’énergie est essentielle pour atteindre les buts du développement durable
Pour réaliser le plein potentiel des énergies renouvelables, on accepte généralement qu’il sera nécessaire de développer et de déployer les technologies nouvelles et existantes. Nous avons suivi attentivement les développements technologiques et avons été à l’origine de la recherche et du développement de certains domaines de pointe. Voici comment nous envisageons le futur scénario technologique :

  • il sera plus diversifié qu’actuellement ;

  • il fera appel à un éventail polyvalent de combustibles, compte tenu des technologies nouvelles et émergentes comme la capture et le stockage du dioxyde de carbone ;

  • la production locale sera assurée grâce aux énergies de la biomasse, éolienne, hydraulique, etc.

  • la micro production sera assurée par des produits d’utilisation finale novateurs comme les piles à combustible, les photovoltaïques solaires, etc.

Toutefois, tout en progressant sur cette voie, l’objectif sous-jacent devra être de faire en sorte que les technologies énergétiques nouvelles et renouvelables soient accessibles, abordables, fiables et sans danger pour les utilisateurs.

l’Inde est convaincue que la gestion efficace de l’énergie est essentielle pour atteindre les buts du développement durable. Nous considérons que le développement et le déploiement des énergies nouvelles et renouvelables sont très importants pour la sécurité à long terme des approvisionnements énergétiques, pour la décentralisation des réseaux énergétiques (notamment au profit des populations rurales) et pour les avantages et la durabilité environnementaux. Dans ces conditions, on peut considérer le programme indien en faveur des énergies renouvelables comme une initiative ciblée visant à répondre aux besoins énergétiques du pays dans le respect de l’environnement.


M. Kannappan est le Ministre d’Etat indien en charge des Sources d’énergie non conventionnelles.

Ce numéro:
Sommaire | Editorial | La cle du développement | Le défi de l’énergie | L’energie végétale | Bioénergie : bien faire et faire bien | Une nouvelle énergie pour le développement | Personnalités de premier plan | Place au changement | Une croissance soucieuse | Une énergie verte | En bref : l’énergie | Des Reves Durables | Un avenir plus radieux | Un pétrole plus « vert » | Ciel bleu pour Honda | Publications et produits | Une nouvelle énergie pour vaincre la pauvreté | Les architectes des énergies nouvelles | Passons aux choses sérieuses | L’Islande brise la glace | Je voudrais voir 100 % d’énergie renouvelable


Articles complémentaires:
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’energie et l’environnement, 2001
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Climate and Action, 1998
Climate Change, 1997



AAAS Atlas of Population and Environment:
Natural Resources
Air Pollution
Climate Change


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