LA CLE
du développement

 Gerhard Schroeder
considère que les solutions énergétiques durables sont essentielles pour lutter contre la pauvreté, prévenir les crises et conflits et sauvegarder les ressources naturelles

Un tiers environ de la population mondiale ne jouit pas d’un accès suffisant aux ressources énergétiques. A l’aube du 21e siècle, l’amélioration de cet état de choses est l’un des grands défis des politiques futures. L’Allemagne participe aux initiatives prises pour promouvoir les ressources énergétiques durables dans le monde entier. Nous avons notamment exprimé cet engagement lors du Sommet mondial de Johannesburg en septembre 2002, en annonçant des programmes concrets, porteurs d’un message très fort pour la communauté internationale. Les approvisionnements énergétiques durables sont essentiels pour lutter contre la pauvreté, pour prévenir les crises et conflits et pour sauvegarder les ressources naturelles.

Pourtant, nous sommes encore loin du but. Le quart de la population mondiale qui vit dans les pays industrialisés du Nord consomme trois quarts des ressources mondiales. Par ailleurs, ces pays sont responsables de trois quarts des émissions de dioxyde de carbone – dont on connaît l’impact sur le climat mondial. Au cours des prochaines décennies, la consommation énergétique des pays en développement devrait également connaître une forte hausse. Les niveaux d’efficacité énergétique de ces pays sont faibles – comme le sont aussi ceux de certains pays industrialisés. Cela explique en partie le danger toujours plus réel que constituent les émissions de dioxyde de carbone pour le climat mondial. Pour présenter les choses de manière simple, disons que les approvisionnements énergétiques durables nécessitent forcément d’une part d’améliorer l’efficacité énergétique et d’autre part d’utiliser des énergies renouvelables.

Par conséquent, les pays industrialisés et ceux en développement assument une responsabilité commune : les pays industrialisés doivent adopter de nouvelles approches au sein de l’industrie et de la société, s’efforcer de conserver l’énergie et développer l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. D’autre part, il faut donner l’opportunité aux pays en développement de se bâtir un avenir durable leur permettant de se libérer de la dépendance à long terme de sources d’énergie moins durables. C’est pour ces raisons que les Etats participant au Sommet de Johannesburg ont convenu que la lutte contre la pauvreté doit être étroitement liée à l’accès à l’énergie durable. L’Union européenne et plusieurs pays additionnels ayant une vision similaire ont adopté des calendriers et cibles pour augmenter la part des énergies renouvelables.

Le Gouvernement fédéral a également annoncé à Johannesburg qu’il transformerait sa coopération avec les pays en développement en partenariat stratégique dans le cadre d’un programme d’Energie durable pour le développement. Au cours des cinq prochaines années, 1 milliard d’euros seront consacrés à cette initiative – 500 millions pour les énergies renouvelables et 500 millions pour améliorer l’efficacité énergétique. En fournissant ces fonds, nous aiderons les pays en développement à rendre l’énergie plus efficace et moins menaçante pour le climat.

En Inde, par exemple, un projet financé par l’Allemagne favorise le développement des conseils en énergie, l’introduction d’audits énergétiques et l’utilisation de technologies peu gourmandes en énergie. Dans ce pays, l’énergie est à la fois rare et chère. Les méthodes de production à forte intensité énergétique ne font qu’augmenter les frais des entreprises. En adoptant des procédés plus efficaces, l’industrie et les petites entreprises pourraient économiser de 10 à 20 % de leurs coûts énergétiques. Au niveau de l’impact sur le changement climatique, cela permettrait de réduire de 15 millions de tonnes les émissions annuelles de dioxyde de carbone. Plusieurs usines pilotes sont en train de témoigner de l’efficacité de ces mesures. Elle montrent que la conservation d’énergie permet non seulement de protéger notre climat mais qu’elle améliore aussi la compétitivité des entreprises.
Les pays industrialisés et ceux en développement assument une responsabilité commune ... la lutte contre la pauvreté doit être étroitement liée à l’accès à l’énergie durable
J’ai lancé une invitation à une conférence internationale sur l’énergie renouvelable qui se tiendra à Bonn en juin 2004. « Renewables 2000 » se concentrera sur les stratégies et mesures permettant de soutenir activement les énergies renouvelables en ôtant tout ce qui freine leur expansion et en développant des marchés pour ces énergies à travers le monde. Nous souhaitons que cette conférence débouche sur des engagements et sur des cibles nationales et régionales, sur l’adoption d’un programme d’action international et sur l’élaboration de directives concernant les bonnes politiques dans le secteur énergétique. j’espère qu’elle parviendra à dynamiser l’expansion et le développement mondiaux des énergies renouvelables.

Les approvisionnements énergétiques durables sont un objectif de longue haleine. L’Allemagne joue son rôle à cette fin. Aujourd’hui, nous sommes déjà en tête des pays industrialisés en termes d’efficacité énergétique, mais nous nous sommes fixé des normes encore plus élevées dans notre stratégie énergétique nationale. D’ici à 2020, nous entendons doubler nos niveaux de productivité énergétique de 1990.

l’Allemagne progresse également de manière satisfaisante en ce qui concerne l’expansion de l’énergie renouvelable – l’énergie éolienne jouant un rôle majeur dans ce domaine. Un tiers de l’énergie éolienne mondiale est aujourd’hui produite dans notre pays. Par ailleurs, l’importance économique de ce secteur est en hausse : il emploie déjà quelque 130 000 personnes ici, en particulier dans de petites et moyennes entreprises. Le Gouvernement fédéral voudrait augmenter la part de l’énergie renouvelable dans la production énergétique et la faire passer de 12,5 % d’ici à 2010, doublant ainsi la part qu’il possédait en 2000.

Ainsi, nous sommes en train d’élaborer un modèle de croissance et de prospérité qui est durable parce que celles-ci ne s’obtiennent pas aux dépens de l’environnement, des générations futures ou des pays en développement. Car comment pourrions-nous demander aux pays en développement d’utiliser sagement les ressources dont ils disposent si nous, pays les plus riches du monde, n’étions pas prêts à participer aux premiers efforts ? Tous les pays, développés et en développement, doivent avoir pour objectif commun d’associer le développement économique et la réduction de la pauvreté à la protection des ressources naturelles.


Gerhard Schroeder est le Chancelier allemand.

Ce numéro:
Sommaire | Editorial | La cle du développement | Le défi de l’énergie | L’energie végétale | Bioénergie : bien faire et faire bien | Une nouvelle énergie pour le développement | Personnalités de premier plan | Place au changement | Une croissance soucieuse | Une énergie verte | En bref : l’énergie | Des Reves Durables | Un avenir plus radieux | Un pétrole plus « vert » | Ciel bleu pour Honda | Publications et produits | Une nouvelle énergie pour vaincre la pauvreté | Les architectes des énergies nouvelles | Passons aux choses sérieuses | L’Islande brise la glace | Je voudrais voir 100 % d’énergie renouvelable


Articles complémentaires:
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’energie et l’environnement, 2001
Transport and Comunications, 2001
Climate and Action, 1998
Climate Change, 1997


AAAS Atlas of Population and Environment:
Natural Resources
Air Pollution
Climate Change


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