LES ARCHITECTES
des énergies nouvelles

 Francis Yamba
présente un programme qui permet d’accéder au développement durable en soutenant les entreprises qui proposent des solutions énergétiques novatrices dans les pays en développement

Alors qu’il habitait à Lusaka, Fredrick Musonda remarqua deux choses : les besoins croissants en matière de charbon de bois – le combustible le plus courant – étaient assurés par la « carbonisation » d’arbres locaux dans des fours en terre rudimentaire et inefficaces. Et la scierie locale qui transformait les troncs des plantations d’eucalyptus locales se contentait de brûler les déchets résultant de ses activités. Il décida donc de créer une société qui fabriquerait du charbon de bois à partir des déchets de scierie dans des fours plus efficaces.

Il s’agissait d’un pas important dans un pays où la demande pour le charbon de bois – actuellement de 900 000 tonnes par an – augmente de 4 % par an. Cette croissance et l’inefficacité des méthodes de production aggravent le déboisement – et l’érosion des sols, la pollution de l’eau et la perte de biodiversité qui accompagnent celui-ci – conduisant les Zambiens sur la voie d’un avenir énergétique non durable.

La nouvelle société, baptisée KBPS, ayant réussi à desservir son marché initial, monsieur Musonda essaya en vain de développer son entreprise. Comme c’est souvent le cas dans les pays en développement, il n’arriva pas à bénéficier des financements classiques nécessaires. C’est alors qu’il entendit parler de l’AREED (Initiative africaine de développement rural), un programme du PNUE très novateur soutenu par la Fondation des Nations Unies et par E+Co, un investisseur américain à but non lucratif. En partenariat avec des sociétés locales, l’AREED offre une formation commerciale et de modestes capitaux de démarrage aux entreprises qui cherchent à proposer des services énergétiques améliorés et rentables aux populations rurales du Ghana, du Mali, du Sénégal, de Tanzanie et de Zambie.

Monsieur Musonda fit appel à l’AREED pour planifier son expansion commerciale et pour trouver le capital initial destiné à financer celle-ci. L’AREED s’intéressa au projet parce que l’entreprise pouvait permettre de résoudre et un problème énergétique et un problème environnemental, en produisant du charbon de bois à partir des déchets d’une activité renouvelable. KBPS montrait qu’il était possible de fabriquer du charbon de bois sans pour autant aggraver le déboisement, et le projet possédait un fort potentiel de duplication.

Par ailleurs, la production de charbon de bois emploie une main d’œ:uvre importante et des fours plus efficaces peuvent limiter les dommages environnementaux, notamment en faisant baisser de près de 33 000 tonnes les émissions de dioxyde de carbone.
Un programme axé sur l’entreprise ... peut être le chaînon manquant du développement durable
Monsieur Musonda travailla avec le responsable de projet local du Centre pour l’énergie, l’environnement et l’ingéniérie de Zambie et un responsable des investissements de E+Co afin de structurer une entreprise commercialement viable et rentable avec un minimum de risques. Ils calculèrent que KBPS devrait construire 15 fours en briques supplémentaires, spécialement conçus pour être plus efficaces que les fours en terre traditionnels. Cela permettrait à la société de produire environ 2 000 tonnes de charbon de bois dès la première année – soit environ 1 % de la demande totale dans la zone ciblée, chiffre qui passerait à 3 000 tonnes de charbon de bois dans les quatre années suivantes.

L’équipe élabora ensuite un plan d’exploitation complet pour guider l’expansion de KBPS, et l’AREED prêta à la société environ 75 000 dollars sur cinq ans à 12 %. Lorsqu’elle reçut la dernière tranche de son prêt en février 2003, KBPS avait bâti dix nouveaux fours et d’autres étaient en cours de construction. La production de charbon de bois est actuellement d’environ 960 tonnes par an.

La société se trouva cependant confrontée à plusieurs nouveaux défis qui nécessitèrent de modifier la stratégie commerciale initiale. L’AREED était là pour soutenir les services post-investissement, qui sont des éléments cruciaux dans la conception des programmes qui associent les dimensions commerciales au développement durable. Elle continuera à épauler KBPS dans sa mise en œ:uvre.

KBPS est l’une des 15 entreprises que l’AREED a aidées au moyen de services de développement et de capitaux de démarrage de près d’un million de dollars. Ces sociétés proposent des services énergétiques allant de l’efficacité énergétique industrielle à l’électricité solaire en passant par la fourniture de gaz de pétrole liquéfié.

Suite au succès rencontré par l’AREED, un programme similaire baptisé B-REED a été mis en place au Brésil. Il a déjà investi dans des sociétés fournissant des pompes d’irrigation solaires et créant du chauffage au bois à partir de plantations, pour la fabrication de briques. Un autre programme, CREED, en partenariat avec The Nature Conservancy, vient de démarrer dans le Yunnan, province chinoise isolée et à la biologie très diverse.

Ces initiatives montrent qu’un programme axé sur l’entreprise – et soutenu par des services de développement commercial et un modeste capital de démarrage procuré par des partenaires locaux et internationaux – peut être le chaînon manquant du développement durable.


Francis Yamba est Directeur du Centre pour l’énergie, l’environnement et l’ingénierie, Zambie.

Ressources complémentaires : Open for Business: Entrepreneurs, Clean Energy and Sustainable Development, une publication de 32 pages du PNUE décrivant les programmes REED ; The REED Report, septembre 2003, quatre pages résumant l’actualité récente de REED



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Articles complémentaires:
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’energie et l’environnement, 2001
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Climate and Action, 1998


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