Quand la musique
devient magie


Profil d’une star :
Angélique Kidjo


 

« Donnez l’eau, distribuez l’eau » chante Angélique Kidjo dans Engagement critique, un film à suspense 100 % africain. Ce message, proféré par sa chanson Goddess of the Sea, est fort à propos car ce film, qu’on a décrit comme un James Bond africain, aborde la question de l’accès à l’eau potable salubre.

Écrit par Tunde Babalola, un jeune scénariste nigérian, et inspiré de sa propre expérience de la pénurie d’eau de son enfance, ce film oppose la question de l’eau propre au sale métier de la politique. Filmé dans cinq pays africains, à grand renfort de cascades audacieuses et de courses-poursuites en voiture, il décrit le combat avec une clique d’hommes politiques et des hommes d’affaires véreux qui essaient de détourner des fonds prévus pour l’approvisionnement en eau des pauvres.

« J’aime bien le message de ce film, le fait que la passion et la conviction triomphent de la corruption, confie Angélique Kidjo à Notre Planète, c’est peut-être naïf, mais j’en suis persuadée ! »

Cette auteure-compositrice-interprète béninoise connaît tout des problèmes d’eau et d’assainissement. En 1996, elle chante au Festival de l’Eau à Stockholm et fait campagne depuis longtemps sur les thèmes du développement durable. Elle fait passer des messages percutants sur le VIH/sida auprès des jeunes Africains et travaille comme ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF.

Dans ses chansons, elle aborde des thèmes tels que les relations interraciales, les sans-abri, l’environnement et l’intégration. En 1996, elle chante à la cérémonie du prix Nobel de la paix et à la session spéciale sur l’enfance de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2002.

Sa préoccupation majeure est l’éducation qu’elle considère comme un facteur clé pour l’avenir de son continent. « L’éducation est ma priorité parce que les questions sociales, politiques et les problèmes d’assainissement n’évolueront pas tant que les gens n’auront pas pris conscience du monde qui les entoure, de leurs droits et de la valeur de leur vie. C’est pourquoi de nombreux problèmes de santé sont dus à l’ignorance, et au manque de ressources financières bien sûr. »

« Presque tout le monde s’accorde pour trouver que la souffrance des enfants, dans certaines parties du monde, est insupportable et scandaleuse. Changer l’avenir des enfants, c’est la seule manière de changer le monde. En tant qu’artiste, on veut faire bouger les choses, mais on ne sait pas comment s’y prendre parce qu’on n’arrête pas de voyager et de travailler. J’ai vu la présence de l’UNICEF dans tellement d’endroits où elle est nécessaire, et je sais que l’argent est dépensé pour les enfants. »

Née dans une famille de neuf enfants à Ouidah, un village de la côte béninoise, Angélique Kidjo parle de la sécurité qu’elle a ressentie dans la solidarité et la vie communautaire du village. Sa musique vibre encore aux rythmes tribaux et pop de sa culture ouest-africaine. Élevée dans le catholicisme et la religion vaudou, elle raconte que ces influences lui ont appris le respect de la nature, sans laquelle nous n’existerions pas.

Sa mère possède une troupe théâtrale où Angélique se produit pour la première fois à l’âge de six ans. Plus tard, à cause de l’instabilité politique du pays, sa famille part s’installer à Paris. Angélique y étudie le jazz et le droit. C’est là également qu’elle fait la connaissance de son mari et collaborateur, Jean Hebrail.

Elle envisage de devenir avocate des droits humains mais décide qu’elle pourrait avoir plus d’impact au travers de sa musique. « Je chante sur scène depuis ma petite enfance, mais mon rêve était de contribuer à un monde meilleur, dit-elle. D’ailleurs, mon professeur de droit m'avait dit que je manquais de diplomatie pour faire juriste ! Je suis beaucoup trop passionnée. »

« J’aime écrire des chansons d’amour, j’en fais parfois, mais beaucoup de mes paroles s’inspirent de l’injustice sociale. Je trouve qu’être originaire d’un pays très pauvre remet toujours les choses en perspective. »

« Je ressens vraiment, qu’avec la musique, on peut créer un lien magique entre les personnes d’horizons très différents. »


Photo : Angélique Kidjo


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | L’action pour demain | Des idées à concrétiser | Une main lave l’autre | Personnalités de premier plan | De fragiles ressources | La concrétisation d’une rêve | L’eau, outil de lutte contre la pauvreté | En bref : Eau et assainissement | Quand la musique devient magie – Angélique Kidjo | Objectif : assainissement | Dans une ville comme Mumbai | De haut en bas | Produits et publications | De l’eau pour une terre assoiffée | Les parcs source de paix | Au nom de ceux que l’on n’entend pas

Articles complémentaires:
Water, 1996
Fresh Water, 1998
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
L’eau douce, 2003