La concrétisation
d’une trêve

 
Poul Nielson
décrit les mesures pratiques susceptibles de diminuer de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau salubre et à l’assainissement

Un verre d’eau du robinet. Un luxe ? En réalité, quelque 1,1 milliard de personnes rêvent d’avoir accès à une source d’eau potable et ils sont environ 2,4 milliards à ne pas disposer d’un assainissement adéquat. Pourtant, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement n’est pas un luxe. Il fait souvent la différence entre la vie et la mort. La moitié des lits d’hôpitaux du monde sont occupés par des victimes de maladies d’origine hydrique. Chaque jour, on estime à 6 000 le nombre d’enfants qui décèdent des suites du manque d’hygiène et d’assainissement. Ajoutons à cela la pression croissante exercée depuis cinquante ans sur les ressources en eau douce du monde et la dégradation progressive de la qualité de l’eau dans de nombreuses régions, et l’ampleur du défi à relever ne fait plus aucun doute. Mais depuis que la communauté mondiale s’est réunie pour élaborer un ordre du jour commun sous forme d’Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), ce défi est clairement établi : diminuer de moitié d’ici à 2015 le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable et à un assainissement basique.

Pour relever ce défi, un effort collectif sera nécessaire. L’UE a donc lancé une initiative en faveur de l’eau lors du Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable (SDD) de 2002, regroupant toutes les parties prenantes en vue d’une réalisation efficace des engagements pris pour les OMD. C’est dans ce cadre que la Communauté, les Etats membres, la société civile, les institutions financières et le secteur privé œuvrent ensemble avec plusieurs objectifs :

  • Renforcer les engagements politiques vis-à-vis de l’amélioration de l’accès à l’eau salubre et à l’assainissement dans le contexte de l’atténuation de la pauvreté.

  • Renforcer les accords de gestion publique de l’eau en favorisant les partenariats public/privé, et renforcer la capacité institutionnelle aux niveaux régional, national et local.

  • Améliorer la coordination et la coopération en organisant des activités liées à l’eau, en introduisant des approches concernant l’ensemble du secteur et des procédés multilatéraux, et en favorisant la coopération Sud-Sud.

  • Encourager la coopération régionale et locale sur les questions de gestion de l’eau, y compris à l’échelle des basins fluviaux.

  • Trouver des financements supplémentaires en développant de nouveaux mécanismes de financement souples et innovateurs susceptibles d’attirer de nouveaux partenaires.

Ces douze derniers mois, les partenaires se sont attachés à traduire les nombreuses bonnes intentions de Johannesburg en véritable pas en avant, et l’initiative commence à porter ses fruits. Durant ces phases initiales, les efforts se sont concentrés sur la mise en place des structures dans lesquelles les résultats seront produits. Ceci nécessite des évaluations approfondies – pays par pays, région par région – indiquant clairement les stratégies et les mesures requises pour combler les lacunes identifiées et veiller à ce que les conseils et le soutien technique nécessaires soient disponibles pour que le projet reste en bonne voie. Un forum multilatéral de discussion et d’échanges a été créé ainsi que des groupes de travail régionaux entre l’Europe et les pays partenaires – en Europe de l’Est, dans le Caucase et en Asie Centrale, dans la Méditerranée, en Amérique latine et en Afrique – pour dynamiser le processus.
Si nous parvenons à obtenir des améliorations notables dans l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le monde, les bénéfices seront multiples – mais si nous échouons, le prix à payer sera élevé
En Afrique, le processus s’inscrit dans le cadre d’un nouveau partenariat UE/Afrique pour l’eau et l’assainissement, issu lui aussi du SDD. Cela nécessite une étroite collaboration entre l’UE et le Conseil ministériel africain sur l’eau (AMCOW) et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Les premières initiatives ont notamment consisté à entreprendre des évaluations des besoins en matière d’eau, d’assainissement et de gestion intégrée des ressources en eau en Afrique, au niveau national et transfrontière.

Renforcée, la coordination est désormais en bonne voie et une approche cohérente et rentable de la planification et de la mise en œuvre des programmes liés à l’eau est en train de voir le jour. Ces efforts sont indispensables pour maximiser les ressources disponibles et il ne faut donc pas sous-estimer leur utilité. Toutefois, à elle seule, la coordination ne permettra pas de fournir l’eau salubre et l’assainissement à ceux qui en ont besoin. Comme toujours, la disponibilité des fonds reste une condition sine qua non de l’action. Dans le cadre du 9e Fonds européen de développement, 555 millions d’euros (633 millions de dollars) ont déjà été attribués à 14 pays ACP pour des projets liés à l’eau. La Commission reconnaît cependant qu’il faudra consentir un important effort supplémentaire pour l’eau et l’assainissement si nous voulons réellement essayer d’atteindre les OMD.
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement fait souvent la différence entre la vie et la mort
En début d’année, nous avons par conséquent proposé de créer une facilité d’investissement de 1 milliard d’euros (1.14 milliard de dollars) dans le cadre du Fonds de développement européen, afin de favoriser l’accès à l’eau salubre et à l’assainissement pour les populations des pays ACP. L’initiative a été suivie d’une proposition concrète présentée au Conseil de l’UE début 2004. Cette facilité servira d’abord de catalyseur – en stimulant de nouvelles initiatives et informations, en optimisant les capacités de recherche et de gestion dans les pays ACP et en fournissant la source de financement souple qui est souvent le maillon manquant dans le financement des programmes d’eau durables.

La facilité d’investissement s’appuiera sur trois grands principes :

  • Gouvernance : Elle apportera son concours aux pays ACP faisant montre d’un réel souci d’élaboration de politiques nationales efficaces de gestion de l’eau. Les fonds issus de la facilité seront investis dans des mesures susceptibles de construire ou renforcer les cadres réglementaires et institutionnels considérés comme indispensables pour que le pays bénéficiaire attire d’autres fonds.

  • Propriété : La facilité sera un instrument régi par la demande et favorisant la réalisation d’initiatives existantes comme le partenariat stratégique UE-Afrique. Au niveau national, l’accent sera mis sur la réalisation des stratégies du pays en matière de réduction de la pauvreté intégrant pleinement l’eau et l’assainissement en qualité de domaines prioritaires.

  • Innovation et souplesse. La facilité d’investissement devrait produire un effet de levier maximum en offrant des subventions créatives associées à d’autres sources de financement pour financer les infrastructures fondamentales. Elle pourrait représenter le capital de départ indispensable pour faire démarrer les projets et assurer le développement d’un environnement propice à l’investissement. Et elle devrait être un outil de création des partenariats public/privé nécessaires pour augmenter le financement.

Si nous parvenons à obtenir des améliorations notables dans l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le monde, les bénéfices seront multiples, notamment en matière d’atténuation de la pauvreté, de développement durable et de prévention des conflits. Mais si nous échouons, le prix à payer sera élevé. Nous avons pris des engagements très clairs. Il faut maintenant qu’ils se reflètent dans les politiques et budgets des pays en développement et dans la réponse de la communauté internationale pour produire les fonds nécessaires. La Commission réaffirme ses engagements. Grâce à l’initiative en faveur de l’eau, à l’initiative d’investissement et à d’autres efforts en train de voir le jour, il existe une possibilité réelle de réduire considérablement le nombre de personnes qui rêvent de n’avoir qu’à ouvrir le robinet pour se servir un verre d’eau


Poul Nielson est le Commissaire européen à l’aide humanitaire et au développement et le Directeur du bureau de coopération de EuropeAid.

Photo : K. C. Limarga/PNUE/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | L’action pour demain | Des idées à concrétiser | Une main lave l’autre | Personnalités de premier plan | De fragiles ressources | La concrétisation d’une rêve | L’eau, outil de lutte contre la pauvreté | En bref : Eau et assainissement | Quand la musique devient magie – Angélique Kidjo | Objectif : assainissement | Dans une ville comme Mumbai | De haut en bas | Produits et publications | De l’eau pour une terre assoiffée | Les parcs source de paix | Au nom de ceux que l’on n’entend pas

Articles complémentaires:
Water, 1996
Fresh Water, 1998
The Environment Millennium, 2000
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
L’eau douce, 2003