Au nom de ceux que l’on
n’entend pas

 
Suvecha Pant

En tant que jeune journaliste de moins de vingt ans, je considère que je dois servir d’intermédiaire entre le public et le Gouvernement, dans l’espoir de résoudre la crise de l’eau et de l’assainissement dont souffre mon pays. Les médias sont un puissant outil, capable de faire pression sur le Gouvernement pour qu’il mette en place des programmes susceptibles de remédier à ces problèmes.

Les maladies infectieuses d’origine hydrique sont la principale cause de morbidité et de mortalité chez les pauvres. A travers le monde, quelque 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à une eau salubre et 2,4 milliards ne disposent pas d’un assainissement suffisant.

Chaque jour, quelque 6 000 enfants meurent de maladies provoquées par le manque d’eau potable, un assainissement insuffisant et une mauvaise hygiène – et cela me met en colère. Les maladies diarrhéiques ont fait plus de victimes chez les enfants au cours des dix dernières années que tous les conflits armés depuis la Deuxième Guerre mondiale. Environ 88 % des cas de diarrhées – dont on estime qu’ils représentent 4,3 % du fardeau mondial total des maladies – sont imputables aux approvisionnements en eau insalubre, et au manque d’hygiène et d’assainissement : les enfants sont les premiers touchés. Par ailleurs, les prévisions pour 2025 indiquent que le nombre de personnes vivant dans des pays souffrant d’une pénurie d’eau sera multiplié par six, passant alors à 3 milliards.

Je considère que l’accès à l’eau potable et à l’hygiène est un droit humain dont nous privons les populations les plus pauvres. La communauté mondiale consacre une part trop peu importante à l’eau et à l’assainissement par rapport aux besoins. Les réseaux d’assainissement restent le privilège des résidents riches des grandes villes. En l’absence de systèmes d’égouts, les habitants des bidonvilles et les populations rurales font leurs besoins à l’air libre. Il faut mettre au point des toilettes, « modernes » bien sûr, mais également adaptées aux coutumes sociales des populations. Le simple fait de se laver les mains peut permettre de réduire d’un tiers les maladies diarrhéiques.

Dans ma région, l’Asie du Sud, qui abrite un tiers de la population mondiale, l’accès à l’eau constitue un problème majeur. L’eau potable est l’apanage des populations riches des villes. A la campagne, les gens marchent pendant des heures pour atteindre le puits le plus proche, et en ville, les habitants des bidonvilles considèrent l’eau propre comme un véritable luxe.

Grâce au journalisme, j’espère faire entendre la voix des plus démunis. Je m'efforce de parler des problèmes des populations déshéritées, dont les voix sont souvent étouffées et ignorées. Souvent, les besoins des riches citadins éclipsent ceux des habitants des bidonvilles ou des campagnes. En matière d’eau et d’assainissement, les médias peuvent aider à redresser la balance entre les villes et les villages.

Je suis convaincue qu’il vaut mieux prendre dès maintenant quelques mesures modestes plutôt que de planifier un pas de géant pour l’avenir : il faut préconiser les bonnes pratiques et les innovations en matière d’eau et d’assainissement. Il existe tant de manières pratiques et simples de résoudre le problème. Je veux toucher les populations, par mes articles et par mes émissions de radio – le média le plus efficace au Népal. Si je peux aider ne serait-ce qu’une personne à mieux vivre, je serai satisfaite


Suvecha Pant est coordinatrice de la page scientifique et journaliste au Kathmandu Post, Népal. Elle est également journaliste et présentatrice en anglais à Kantipur FM96.1, une station de radio nationale.

Photo : Eduardo Augusto Mayaert/PNUE/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | L’action pour demain | Des idées à concrétiser | Une main lave l’autre | Personnalités de premier plan | De fragiles ressources | La concrétisation d’une rêve | L’eau, outil de lutte contre la pauvreté | En bref : Eau et assainissement | Quand la musique devient magie – Angélique Kidjo | Objectif : assainissement | Dans une ville comme Mumbai | De haut en bas | Produits et publications | De l’eau pour une terre assoiffée | Les parcs source de paix | Au nom de ceux que l’on n’entend pas

Articles complémentaires:
Water, 1996
Culture, Values and the Environment, 1996
Fresh Water, 1998
The Environment Millennium, 2000
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
L’eau douce, 2003