Profil: Cesaria Evora
‘La diva aux pieds nus’



On l’appelle « la diva aux pieds nus », et il est vrai que Cesaria Evora aime se produire pieds nus en hommage aux pauvres du Cap-Vert, le petit Etat insulaire en développement où elle est née, où elle vit et qu’elle évoque dans ses chansons.

Elle naît en 1940, dans la pauvreté. Son père meurt peu de temps après son septième anniversaire et sa mère, cuisinière de métier, a beaucoup de mal à élever ses sept enfants. Cesaria est d’ailleurs confiée à l’orphelinat local où elle apprend à chanter dans la chorale.

A seize ans, elle se produit dans les bars de sa ville natale, Mindelo, sur l’île de São Vicente, pour quelques escudos ou quelques verres. Elle adopte les mélopées pénétrantes de la musique locale, la morna (terme dérivé de l’anglais « mourning » (deuil) – et dont les racines remontent à l’époque où le Cap-Vert, situé à 560 kilomètres au large de l’Afrique de l’Ouest, était un poste important pour la traite des esclaves. La musique de Cesaria Evora s’articule autour de thèmes comme la souffrance, la mélancolie et l’exil.

« Mes chansons parlent d’épreuve et de nostalgie, d’amour, de politique et d’immigration – et de réalité », explique-t-elle. « Nous chantons notre terre, le soleil, la pluie qui ne vient jamais, la pauvreté et les problèmes : la vie des Cap-verdiens, en somme. »

La quarantaine venue, après de longues années d’obscurité, la chance lui sourit enfin. Elle est invitée à donner une série de concerts à Lisbonne, où elle rencontre Jose da Silva, un jeune Français originaire du Cap-Vert. Il devient son producteur et la persuade de partir pour Paris pour y enregistrer son premier album, « La diva aux pieds nus ». Le succès est immédiat.

Après avoir été nominée six fois, elle vient de remporter un Grammy Award, et la France l’a faite Officier des Arts et des Lettres.

Mais ses chansons continuent à traduire ses racines. « La pauvreté a toujours été irréelle pour vous, alors comment pouvez-vous juger la situation dans notre pays ? » argumente-t-elle dans la chanson « Tudo Tem Se Limite ». Dans « Jardim Prometido », elle se montre plus optimiste et chante : « Le Cap-Vert est vert dans nos cœ:urs. Pleines d’amour, nos mains reverdiront la terre. »

Après avoir longtemps résisté à ce que son nom soit associé aux organismes humanitaires, elle a accepté l’année dernière de devenir Ambassadrice contre la faim pour le Programme alimentaire mondial – elle est la première artiste africaine à assumer ce rôle – après avoir constaté l’impact du Programme d’alimentation scolaire du PAM au Cap-Vert. « j’ai vu de mes propres yeux comment la nourriture incitait les enfants à fréquenter l’école », a-t-elle déclaré. « Nos enfants doivent être instruits si nous voulons que notre continent prospère, mais comment peuvent-ils apprendre s’ils se rendent à l’école la faim au ventre ? »


La mer est le foyer de la nostalgie

En fin d’après midi, au soleil couchant
Je marchai sur la plage de Nantasqued
Elle me rappela celle de Furna
Bouleversée, je pleurai
La mer est le foyer de la nostalgie
Elle nous sépare de pays lointains
Elle nous sépare de nos mères, de nos amis
Que nous ne sommes pas sûrs de revoir
J’ai pensé à ma vie solitaire
Sans personne de confiance à mes côtés
J’ai regardé les vagues mourir doucement
Bouleversée par mes sentiments

Cesaria Evora, ‘Cabo Verde’, 1997, Nonesuch Records, Warner Music Group


Photo : Joe Wurfel-Lusafrica


Ce numéro:
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Articles complémentaires:
Culture, Values and the Environment, Values and the Environment, 1996
Small Islands, 1999
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001