Après tout,
« nature » est un mot féminin...

 
 Ana Lorena Gudiño Valdez


Essence même de toutes les entités qui constituent l’univers, la nature a créé, géré, distribué et même régénéré tous les écosystèmes de la biosphère. Elle guide l’adaptation des espèces lorsque celles-ci sont soumises à un changement environnemental ou fortement touchées par des modifications artificielles résultant de l’exploitation humaine.

Au cours de ce processus d’évolution, le monde a connu d’innombrables peuplades, tribus, ethnies, cultures et empires. Certains étaient gouvernés par des matriarcats : dans de nombreuses communautés, des groupes de femmes assumaient de lourdes responsabilités. C’étaient elles qui se chargeaient de la survie de leur peuple, trouvaient moyen de leur procurer à boire et à manger, l’aidaient à grandir et à se développer, s’occupaient des malades et faisaient face aux éventuelles épidémies. En bref, ces femmes guidaient le développement de leur peuple, quelque en soit le coût.

On parle beaucoup de l’interaction entre « l’homme » et la nature, qui fait bien évidemment référence au rapport existant entre l’humanité et l’environnement, mais il faut cependant faire une distinction en ce qui concerne le rôle fondamental joué par les femmes – en termes d’utilisation, de gestion, d’exploitation, d’administration et, bien entendu, de protection des ressources naturelles.

Tout comme la nature se charge de gérer, distribuer et résoudre les problèmes d’ordre environnemental, les femmes sont quotidiennement confrontées à la nécessité de gérer, distribuer et résoudre tout problème se présentant au sein de la famille dont elles assurent le bien-être.

Imaginez une femme, le visage anxieux, qui marche sous le soleil accompagnée d’une fillette, en portant deux lourds réservoirs d’eau. La petite – dont l’avenir est déjà tout tracé – commence à copier les gestes de sa mère. Lorsqu’elles seront de retour à la maison, elles devront rationner le précieux liquide pour répondre aux besoins de toute la famille. Je ferme les yeux et je vois une femme qui travaille aux champs, une autre qui sert le repas, une autre encore qui s’occupe des malades. j’ouvre les yeux et je vois mon pays – nul besoin de chercher plus loin, car ces réalités sont les mêmes sur tous les continents, surtout là où la pauvreté, les épidémies et la faim font partie de la vie quotidienne. Responsables de la santé et de l’alimentation de leur famille, les femmes sont parfaitement conscientes des difficultés que cela représente. C’est là que l’éducation doit commencer à accorder leur valeur véritable aux choses que nous consommons ou que nous utilisons.

Les femmes donnent la vie et il faut qu’elles sachent que leurs actions quotidiennes ont un profond impact sur leur environnement naturel, socio-économique et culturel : qui donc se charge de gérer l’eau, l’énergie et les produits alimentaires au niveau le plus fondamental ? Ce sont les femmes qui doivent promouvoir la protection de nos ressources – que ce soit dans les grandes villes des pays industrialisés ou dans les communautés les plus marginalisées. Jour après jour, elles font face au coût élevé des aliments et des médicaments lié à la pénurie de ressources, et à la mauvaise qualité de l’eau et aux maladies provoquées par le manque d’assainissement. Elles vivent actuellement dans des conditions environnementales épouvantables et en subissent directement les conséquences. Et c’est justement cela qui les pousse souvent à aller de l’avant, à militer et à prendre des mesures pour trouver une solution à ces problèmes.

Le moment est venu de reconnaître la valeur véritable de la participation des femmes aux questions environnementales et aux objectifs de développement durable. Mais n’oublions pas que c’est une responsabilité qui doit être partagée et assumée équitablement par les femmes et par les hommes


Ana Lorena Gudiño Valdez est diplômée de biologie de l’Université nationale autonome du Mexique, coordinatrice nationale pour Rescue Mission Planet Earth et membre du Réseau environnemental des jeunes du Mexique.

Photo : O. Minera/PNUE/Topham


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Il reste du chemin à parcourir | Un consensus pratique | L’autonomisation des femmes | Des stratégies également efficaces | Personnalités de premier plan | Tranquillité d’esprit | Les jeunes filles sont l’avenir | L’énergie au service du changement | En bref : Les femmes, la santé et l’environnement | Aishwarya Rai | Une opportunité sans précédent | Publications et produits | Un héritage chimique | Une invasion toxique | Autonomisation d’abord | Des citoyennes engagées | Une perspective féminine | Après tout, « nature » est un mot féminin... | Une voix unique

 
Articles complémentaires:
Culture, values and the environment 1996
La pauvreté, la santé et l’environnement, 2001
Sommet mondial sur le développement durable, 2002
Eau, assainissement et humanité, 2003


AAAS Atlas of Population and Environment:
Population and natural resources