Renforcement de la
suprématie du droit

 
Kofi Annan
Secrétaire général des Nations Unies

“Nul n’est au-dessus des lois et nul ne doit non plus être privé de leur protection....

Le respect de la légalité est un principe qu’il faut d’abord appliquer chez soi. Or, dans bien des endroits, il demeure un vain mot. La haine, la corruption, la violence et l’exclusion ont libre cours. Les plus vulnérables n’ont aucun recours réel, et les plus puissants manipulent la loi pour garder le pouvoir et s’enrichir toujours plus....

Au niveau international, tous les Etats, les forts et les faibles, les grands et les petits, doivent disposer d’un ensemble de règles équitables et savoir que les autres s’y plieront. Heureusement, cet ensemble de règles existe. Du commerce au terrorisme, du droit de la mer aux armes de destruction massive, les Etats se sont dotés d’une impressionnante collection de normes et de lois. C’est une des plus grandes réalisations des Nations Unies.

Mais malheureusement, cet ensemble de normes et de lois présente beaucoup de lacunes et de points faibles. Trop souvent, il est appliqué de façon sélective et arbitraire. Et il n’a pas le pouvoir qui fait d’un assortiment de lois un système juridique efficace....

Au niveau national, la loi ne sera respectée que si chacun a l’impression d’avoir son mot à dire dans son élaboration et son application, et il en va de même dans notre communauté mondiale. Aucune nation ne doit se sentir exclue. Chacun doit considérer le droit international comme sien et avoir le sentiment qu’il protège ses intérêts légitimes.

La légalité théorique ne suffit pas. Les lois doivent être mises en pratique et imprégner tous les aspects de notre vie....

Partout dans le monde, les victimes de la violence et de l’injustice attendent. Elles attendent que vous teniez votre parole. Quand l’inaction se dissimule derrière des mots, elles s’en rendent compte. Quand les lois qui devraient les protéger ne sont pas appliquées, elles s’en rendent compte aussi.

Je crois sincèrement que nous pouvons rétablir et faire régner l’Etat de droit partout dans le monde. Mais en fin de compte, cela dépendra de l’emprise que le droit a sur notre conscience. L’Organisation des Nations Unies a été bâtie sur les cendres d’une guerre qui avait infligé d’indicibles souffrances à l’humanité. Aujourd’hui, nous devons à nouveau examiner notre conscience collective et nous demander si nous faisons tout ce que nous pouvons.

Chaque génération doit poursuivre les efforts inlassables qu’a déployés la précédente afin de renforcer l’état de droit pour tous, seul moyen de garantir la liberté de tous. Nous devons veiller à ce que la nôtre fasse sa part.”


Extrait du discours prononcé à l’Assemblée générale le 21 septembre 2004 à New York.

ONU photo : Mark Garten


Ce numéro:
Sommaire | Editorial K. Toepfer | Renforcement de la suprématie du droit | Des partenaires du droit | La justice manque parfois de vision | La force de la loi | Une question de jugement | Un droit de l’énergie | Personalités de premier plan | Etat de droit ou loi de la jungle ? | En bref : l’Etat de droit | Sebastião Salgado | L’environnement et la souveraineté | Une seule planète, des mondes différents | La sagesse de la Nature | La corruption n’est pas inéluctable | Conflits et coopération | Un point de repère général | Pour autonomiser les pauvres | Le climat juridique | Petit et efficace | L’élaboration d’un cadre
 

Articles complémentaires:
La mondialisation, la pauvreté, le commerce et l’environnement 2003
Sommet mondial sur le développement durable 2002