Le vert,
couleur de la paix

 

Lorsque Dieu a créé le monde, il n’a pas fait d’erreurs. La Nature était sa plus belle réalisation. Il a créé un écosystème parfait, avec de splendides forêts vertes, de magnifiques paysages et un habitat naturel où différentes espèces d’animaux étaient heureuses de vivre. La Bible en parle comme du Jardin d’Eden : sa beauté et sa gloire naturelles montrent combien Dieu valorisait l’environnement. Il faisait de sa protection sa priorité absolue.

De ma petite enfance, je me souviens des merveilleux sites naturels de Sierra Leone. Les forêts tenaient les promesses de Dieu. Les vallées, collines et montagnes étaient splendides. La variété des espèces animales rendaient les paysages particulièrement intéressants : babouins, singes et reptiles de toutes sortes contribuaient à la beauté de ce merveilleux environnement. A l’époque, la Sierra Leone était un pays dont on pouvait être fier.

En grandissant, ces souvenirs s’effacèrent comme s’il s’agissait d’un rêve. L’environnement ne comptait plus pour moi. La majeure partie de mon adolescence fut dominée par une guerre dévastatrice qui décima d’innombrables choses. Les vertes forêts disparurent. Elles perdirent leur couleur, brûlées par les bombes ou déboisées par les citadins en quête de bois de feu.

La destruction fut telle qu’elle fit fuir tous les animaux. Effrayés par le bruit des balles et des bombes, ils partirent se réfugier dans d’autres régions ou pays. A l’époque, nous qui étions enfants ne remarquions pas que notre environnement avait perdu toute sa beauté, bien que les pertes provoquées par la guerre menaçaient jusqu’à nos logements. Parfois, la vie et la propriété étaient détruites au hasard. Les enfants se retrouvaient sans espoir pour l’avenir, la plupart d’entre eux ayant perdu leurs parents et beaucoup d’autres se trouvant enrôlés de force. Quel passé sinistre et indélébile !

Aujourd’hui, ces images appartiennent au passé. Reste à savoir comment redresser cette terrible erreur humaine. j’assiste à la réhabilitation de l’environnement, comme c’est le cas aux abords de mon village de Regent. Avec l’aide d’organisations non gouvernementales et de services gouvernementaux, les forêts retrouvent peu à peu leur beauté. La Journée mondiale de l’environnement 2004 a été particulièrement remarquable : tous les habitants, y compris les enfants, ont participé au reboisement. Grâce aux nouveaux arbres, l’environnement de Regent retrouve progressivement son aspect d’origine. Les animaux reviennent – des éléphants et d’autres espèces qui avaient disparu auraient été aperçues à certains endroits.

La régénération remplace donc la dégénérescence du passé. La réhabilitation a rendu espoir et confiance à la population. Les gens organisent eux-mêmes des initiatives de mobilisation commune. Les politiques gouvernementales dissuadent les populations de couper des arbres pour le bois de feu ou la construction. Pour mes amis et moi, l’effet psychologique produit par la réhabilitation de l’environnement est un symbole du renouveau d’une Sierra Leone dont nous puissions être fiers.

Tandis que l’environnement retrouve son identité perdue, il guérit les traumatismes de la guerre. Il incite à tourner la page. Il donne de l’espoir et des défis à relever à ceux qui pensaient que tout était perdu. Si les forêts peuvent retrouver leur aspect initial après une guerre dévastatrice, les hommes peuvent eux aussi se reconstruire. Le développement durable est en train de transformer l’héritage négatif de la guerre en un avenir plus radieux


Max B. Katta, 23 ans, Sierra Leone.

Photo : Banson


Ce numéro:
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