Eric Mulet  

 

 
         
 

eur nom - Tinariwen - signifie « espaces vides » et il s'inspire du désert, d'où sont originaires les membres du groupe. Touaregs nomades du nord-est du Mali, ils se sont rencontrés au début des années 1980, durant une période d'exil et de bouleversements politiques. C'est dans un camp de réfugiés qu'ils ont commencé à jouer ensemble. Ils ont créé leur propre style musical - un mélange rythmique et envoûtant de leurs diverses traditions. Ils chantent, ils frappent dans leurs mains, et les morceaux revisitent tour à tour le rock, le reggae et le blues. Les conflits se sont atténués, mais la musique de Tinariwen évoque toujours une soif de justice qui parle aux publics du monde entier. TUNZA a rencontré le groupe au Mali, lors de l'enregistrement de son troisième album dont la sortie est prévue en 2006.

Q Il est clair que le désert exerce une forte influence sur les chansons que vous écrivez. Aujourd'hui, vous vous produisez dans le monde entier. Avez-vous besoin de retourner dans le désert pour composer de nouveaux morceaux ?

R Notre musique s'est toujours inspirée du désert, de notre expérience du désert et de l'expérience de notre peuple. Quand on était jeunes, on vivait à Tamanrasset en Algérie. Avec nos potes, on partait pour le désert avec nos guitares et du thé, pour discuter, pour faire de la musique, pour être ensemble. C'est pour cela qu'on nous appelait « Kel Tinariwen » - les garçons du désert. Mais c'est vrai, nous avons besoin du désert pour composer. Nous aimons voyager, mais c'est dans le désert que nous nous sentons chez nous, et ça, ça ne changera pas.

Q Qu'évoque pour vous le désert ?

R Le désert, c'est la famille, les amis, notre peuple, nos coutumes et notre mode de vie. Mais c'est aussi la liberté. Il y a tant d'espace, tant de ciel. Personne ne vous embête. Tu peux partir en voiture et t'installer n'importe où pour boire du thé, jouer de la musique, faire la cuisine en plein air. C'est une existence paisible qui nous est indispensable.

Q Quels sont les instruments traditionnels que vous utilisez ?

R Nous n'avons pas vraiment d'instruments traditionnels. En fait, l'idée de Tinariwen est justement de faire la transition entre les instruments traditionnels et les instruments modernes. La guitare a toujours été notre instrument principal, et dans le désert, il y a des tas de gens qui considèrent notre musique comme de la « guitare ». Il arrive qu'Ibrahim joue de la flûte de berger, qui est très mélodieuse et rappelle un peu le vent du désert. Et sur le nouvel album, nous avons utilisé le luth traditionnel, le teherdent. Si par la suite nous revenons davantage à nos racines, nous pourrions utiliser d'autres instruments traditionnels comme le imzad ou le tindé, tambours qui sont à la base de toute notre musique et nous ne les avons pas oubliés.

Q Vous avez toujours utilisé votre musique pour faire passer des messages, pour motiver et pour distraire votre public. A votre avis, qu'est-ce qui passe le mieux avec la plupart des gens ?

R Oui, c'est vrai, nous avons cherché à faire passer des messages. Mais nos chansons parlent toujours de nos propres expériences et de celles de gens que nous connaissons. Dans un sens, elles sont toutes personnelles. Mais il nous est arrivé de traverser des situations très difficiles influencées par la politique - et influençant aussi la politique. Dans nos chansons, nous parlions de notre destin et des leçons à tirer pour faire face à la réalité qui nous entourait. Quand nous sommes en tournée à travers le monde, les gens ne comprennent pas notre langue, le tamashek. Mais s'ils apprécient nos mélodies, nos rythmes et notre musique, c'est un bon début ! Nous souhaitons aussi que le public apprenne quelque chose du désert et de notre culture, et qu'il voie que nous sommes comme tout le monde - des gens qui essaient de faire de leur mieux dans des circonstances difficiles.

Q En tant que peuple du Sahara, vous possédez une vision unique de son écosystème si riche et si vulnérable. Quelle est selon vous la chose la plus importante à savoir concernant le désert ?

R Quand les gens parlent d'« écosystème », on a souvent l'impression que c'est un concept exotique qui ne les concerne pas vraiment et dont ils peuvent se passer. Dans le désert, le nomade comprend que son environnement, c'est sa vie. Les deux sont inséparables. Nous sommes tous nés dans des familles nomades et même si nous vivons aujourd'hui dans des maisons et en ville, nous continuons à respecter le désert. Nous savons que c'est lui qui a fait de nous ce que nous sommes, et au bout du compte, nous y retournerons. Il faut aussi que les jeunes comprennent que tous les trucs de la vie moderne, comme l'électricité, les voitures, les lecteurs CD et l'Internet, sont des choses très fragiles. Qui sait combien de temps elles dureront ?

 
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